SCENE IV
Jacques-Cartier. — Onondaha. (Suite.)
Onondaha. — Seigneur, cinquante lunes ont passé sur ma tête et le grand Manitou à été favorable au chef des sauvages. Depuis que j’ai dressé ma tente sur ces bords, nous avons suspendu les corps de bon nombre de nos frères au-dessus des wigwams. On dit que les étoiles qui tremblent à la voûte du ciel sont les âmes de ceux qui nous ont laissés. Parle, et instruit les peaux rouges. Le visage pâle a appris la science et les secrets de guerre des mortels.... Mais quel est donc ce Dieu que tu adores ? cet arbre de la forêt que tu viens de planter, est-il un objet de crainte pour nos femmes et nos enfants ?... J’écoute.
Jacques-Cartier. — Chef illustre ! le manitou a compté les cheveux blancs de ta tête, mais il aime ton cœur confiant. Avant de t’appeler parmi les esprits, il veut t’instruire de la religion. C’est lui qui dirige les astres brillants qui éclairent le ciel bleu.... C’est lui qui a fait ces belles choses qui t’entourent. L’âme de tes ancêtres se promène là-haut
dans la demeure du Dieu que tu viens de saluer.... Cette croix que tu vois à côté près de ta hutte est le gage qui te donnera une place avec tes pères, si tu as la croyance en celui que l’homme pâle adore.... Baise ce signe précieux et apprends à la tribu à connaître la bonne nouvelle que je t’apporte.
(La tribu se retire et le chef indien invite Jacques-Cartier à visiter la bourgade et l’enceinte fortifiée. Ce dernier se dirige du côté de la montagne voisine. Arrivé au pied du coteau, Jacques-Cartier jetant ses regards sur le panorama magnifique qui s’étend à ses pieds est saisi d’admiration. Il contemple en silence les beautés du paysage et commence à entrevoir l’avenir du pays. Ses amis l’entourent silencieux ; puis Jacques-Cartier adresse l’invocation suivante au Canada et à la France, — (avec enthousiasme :)
u O belle et riante vallée ! Et toi Mont Royal à la u tête orgueilleuse et superbe î Oui ! terre du Cau nada ! je vous salue !... Que tu es belle dans ta u splendeur virginale, grande nature de ma patrie u adoptive !... j’aime les doux reflets de ta robe de u verdure, sol fécond destiné à nourrir les nomu breux enfants que la France va te donner ! ! Comu bien tu es magnifique, toi surtout ô St. Laurent u que nos chants de gloire ont nommé il y a un u instant le roi des eaux ! Des rives étrangères nous u sommes partis et ici nous sommes venus portés u sur tes ondes calmes et profondes, jusque sur les u bords enchanteurs où se reposent maintenant mes u regards !....
u Mais combien longtemps durera ce silence u qui m’entoure ! La voix de l’homme civilisé n’a “ pas encore retenti sous le dorne luxuriant de la u forêt ou dans les gorges ombreuses de la monu tagne.... Seul le cri de la bête fauve a répondu à a l’appel du farouche iroquois. L’oiseau perdu dans u le feuillage épais dort tranquille et sans crainte u sur son nid d’amour.... Qui donc emportera sur u la brise embaumée le soufle de la civilisation à u cette terre déserte ?”
u 0 France chérie ! Regarde à travers l’immenu site la contrée lointaine que nous foulons de nos u pieds. Je t’offre cette conquête.... Oui ! terre de u St. Malo, pays de mes chers aïeux. A toi, cette u fille nouvelle, perle de mes affections. Noble pousu sière du hameau natal ! Non, je ne veux pas t’ouu blier... Mais si le sort loin de vous m’entraine ; u eh bien ! oui, près de Mont Royal, je viendrai u fixer ma dernière demeure ; car, c’en est fait, au u nom de mon Roi et Maître, tu m’appartiens, ô u Canada et tu seras glorieux parmi les peuples de u la terre ! ”...
u Mais qu’eutends-je ? L’oiseau s’est éveillé dans u son nid de mousse ; la forêt s’émeut et tressaille. . . u Quelle est donc cette sourde clameur qui monte u de là-bas ?... Adieu, oui ! je pars ;...je te baise, terre u royale. Encore une fois adieu ! (se tournant vers Ct quelques uns de ses compagnons de voyage qu’il u laisse).
u A vous tous aussi adieu, ou plutôt au revoir, u chers amis. Au nom de notre vieille France, u soyez fidèles à la terre du Canada. Votre souvenir u m’accompagnera là-bas.... Adieu ! !...
(Ses compagnons l’embrassent et vont le conduire jusqu’au rivage. Ils agitent leurs mouchoirs, puis reviennent sur le milieu de la scène.)