‹ Jacques-CartierChapitre 8 sur 25 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le chevalier ffaoul Dézery et les autres compagnons de Jacques-Cartier et Onondaha.

Le chevalier Raoul Dézery, ( après avoir jeté un dernier et long regard sur le vaisseau , prenant la parole). — Pars, braveJacques-Cartier.... Oui, tu es digne de ta noble et sublime mission. Que nos vœux propices te suivent jusque vers les rives aimées de France ! Et vous, compagnons, venez au pied de la croix que ses mains ont plantée ce

matin, venez invoquer l’étoile des mers pour les voyageurs. ,

(Tous se découvrent, Raoul tenant la main de Onondaha récite l’invocation suivante en face de la croix).

“ O Dieu, qui commandez à la tempête, enu voyez un soufle généreux qui conduise les hardis c' marins dans un port sûr. Vers l’inconnu vous “ ayez dirigé leurs pas; votre toute puissance saura u hien les ramener sur la route de la terre natale. u Pour étendre le règne de la France et celui du u Christ nous avons entrepris le chemin de l’exil, de “ l’isolement et des sacrifices... Veuillez, Seigneur, à u cette heure difficile de nos travaux, ne pas retirer “ votre protection à de pauvres serviteurs qui peuu vent devenir les vains jouets des enfants de la u forêt et la pâture des bêtes sauvages.. ..Nos corps u sont entre vos mains ; épargnez leur les misères ■c de la faim. De notre âme éloignez aussi les touru ments de l’ennui et de l’abattement, afin que reveu ^ant sur ces plages, Cartier trouve une colonie “ d’hommes forts et courageux, capables de conti- “ nuer l’œuvre consacrée à son Dieu et à son Roi.

Onondaha. — Grand Manitou, tu viens d’entendre la prière de mon frère, l’homme pâle. Elle est tendre comme le chant de l’oiseau de nos bois Conduis la barque des voyageurs dans un endroit propice. Donne du courage aux autres compagnons que l’illustre chef a laissés sous nos wigwams afin que leurs cœurs ne tremblent pas en attendant les cris farouches des animaux. Des visage rouges ils n’ont rien à craindre, car les esprits sont venus apprendre à l’indien qu’il faut aimer le Dieu des Français. Je me tais.

(Raoul et le Chef suivis des autres retournent vers la scène).

Raoul Dézery. — Maintenant, mes amis, ouvrons nos cœurs à l’espérance. Le Dieu des forts est avec nous. Dans quelques mois le roi de France

écoutant la voix du dévouement et du sacrifice, confiera de nouveaux trésors et de nouveaux colons à la mer et une flotille superbe viendra aborder sur ces rivages. Oh ! mille fois bénie la Providence qui nous envoie de telles consolations au milieu de nos craintes et des dangers qui nous environnent...

En attendant le retour de nos compagnons, il nous faut, amis, songer à établir la petite colonie et pourvoir aux premiers besoins de notre existence. Voici à notre droite une vallée magnifique où nous pouvons dresser des tentes et cette forêt épaisse qui nous entoure et ce fleuve géant qui coule à nos pieds fourniront, je l’espère, des moyens de subsistance suffisants pour nous mettre à l’abri de la nécessité....

Mais avant de commencer demandons quelques renseignements au Chef de la tribu.

(Raoul et le Chef conversent à voix basse, puis Onondaha reprend.)

Onondaha. — Ami, ne te soucie pas de ces choses maintenant. Sous nos huttes tu couleras quelques jours pour reposer ton corps des fatigues du voyage. Le gibier abonde à deux distances de nos flèches rapides et l’œil de l’indien est exercé à saisir le vol trompeur de l’oiseau. Pour te nourrir des poissons de la rivière, nos filets jamais ne sécheront à la porte de nos cabanes. Tu auras tout en abondance et pour te faire oublier les ennuis de l’absence, sur les nattes blanches tressées par nos femmes nous t’inviterons à t’asseoir et à fumer avec nous le calumet de la paix.

Raoul Dézery. — Merci, chef magnanime, de ta bonté ; le Français n’oubliera jamais ce que tu fais pour lui. Il accepte avec plaisir les promesses de ta fidélité. D’ailleurs, tu le sais, le marin qui a quitté ces bords m’a confié à son départ le soin de

cette terre ; ta soumission honore ton cœur. Je veux rester quelque temps auprès de toi et partager ta couche.

Amis, l’heure est avancée ; allons goûter maintenant les plaisirs de l’hospitalité et prendre quelque repos. Demain au lever de l’aurore, l’Indien nous conduira dans la campagne voisine et là je choisirai le site de notre demeure et chacun de nous se mettra à l’œuvre.

Grand Chef, je vous suis :

Et nous compagnons, puissions-nous ensemble, nous souvenant de la France, nous rendre dignes de notre Roi et assurer sur la terre du Canada le règne du Dieu des chrétiens.

FIN DU 1er ACTE .

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