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depuis longtemps ouvertes à la civilisation ; la mer mystérieuse annoncée à Cartier s'est trouvée fort éloignée ; le passage qui devait y conduire des vaisseaux n'existait que dans les récits des sauvages. Mais, grâce à l’industrie et à la persévérance de l’homme, une route d’un autre genre sera bientôt tracée, elle servira à rapprocher les deux océans, et à transporter les richesses de l'orient vers les contrées de la vieille Europe.”
Les prévisions de notre grand historien sont aujourd’hui confirmées. Montréal n’est plus qu’à six jours de l'océan Pacifique, grâce à la construction de cette immense voie ferrée qui traverse le nord de l'Amérique, d’un océan à l’autre. Les Canadiens font ce long trajet en huit jours, en deux fois moins de temps qu'il en à fallu à Cartier pour remonter le fleuve, de Stadaconé à Hochelaga.
Cartier nous apprend que le Mont-Royal était distant de la ville d’un quart de lieue. Les sauvages qui l'avaient accompagné, lui apprirent bien des choses sur la géographie du pays dont il avait une vue d’ensemble incomparablement belle. En lui montrant les montagnes du nord, ils lui dirent que le long de ces dernières hautours où la vue s’arrêtait, il y avait une grande rivière ‘“ qui descen.l de
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l'occident comme le dit fleuve.” ‘“ Nous estimions, écrit Cartier (1), que c’est la rivière qui passe par le royaulme du Saguenay (2), et sans que leur feissions aucune demande et signes, prindrent la chaîne du sifflet du cappitaine qui estoit d'argent, et ung manche de poignard, lequel estoit de laton jaulne comme or: lequel pendoit au costé de l’ung de noZz Compaignons maryniers, et montrerent que cela venoit d'amond le dict fleuve, et qu'il y à des Agojuda, qui est à dire mauvaises gens; lesquelz sont armez jusques sur les doigtz, nous monstrant la façon de leur armeures, qui sont de cordes et de boys lassez et tissues ensemble, nous donnant à entendre que les dicts Agojuda menoient la guerre continuelle, les ungs contre les autres.” D'après l'abbé Ferland, les naturels du pays d'Hochelaga appartenaient à la grande famille huronne. Leur chef s'appelait Agouhanna comme celui de Stadaconé. Cette opinion semble confirmée par le fait que tous les mots sauvages conservés par Cartier, appartiennent à la langue des Hurons. Taignoagny et Domagaya, tous deux de la tribu de Honguedo,
(1) Brief Récit, p. 27 4.
(2) C’est la rivière des Outaouais, Cartier reconnut plus tard son erreur,
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semblent très familiers avec le langage parlé à Stadaconé. Dans une étude approfondie sur ce sujet (1), M. William Dawson dit qu'il est probable que les aborigènes de Montréal étaient, au temps de Cartier, da race algonquine. “Cartier, écrit M. Daw:on, indique évidemment comme identiques les langues parlées à Stadaconé et à Hochelaga. Plusieurs mots qu'il eite, décidemment sont les mêmes, ou n'ofirent qu’un vocabulaire pour ces deux endroits. Cela s'accorde parfaitement avec ce que disent expressément les ÆRelations des Jésuites, que cetto tribu, dont Iles ancêtres avaient habité Montréal, parlaient la langue alsonquine et à l’époque de Cartier et en 1642. Ce peuple était en même temps politiquement et socialement uni aux Alzonquins du bas du fleuve. De plus, les habitants d’'Hochelaga informent Cartier que le pays au sud-ouest était habité par un peuple ennemi, redoutable à la guerre; ce peuple peut être les Hurons, ou les Iroquois, ou tous les deux; et, ce qui s'accorde avec cette supposition, c'est que les Jésuites apprennent en 1642, que les Hurons avaient détruit ce village ; que ce peuple avait autrefois été l'ennemi des Algonquins, quoique a'ors il fat en paix avec lui.”
(1) Canadian Naturalist,
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L'abbé Faillon a complètement démoli la thèse de M. Dawson, qui, du reste, s'écarte absolument de l'opinion généralement entretenue par nos historiens, entre autres par le P. Lafitau, qui a décrit les mœurs des sauvages américains, et Nicholas Perrot, aussi bien renseigné sur les usages et traditions des indiens que versé dans la connaissance de leurs divers idiomes. Lescarbot, Du Creux et les écrivains des Xelations, croient que les Algonquins ont possédé les pays d'Hochelaga et de Stadaconé, mais qu'ils en furent chassés par les Hurons-[roquois. C’est ce qui ressort du langage tenu par les deux Algonquins en 1542, lorsque M. de Maisonneuve célébra pour la
première fois, à Ville-Marie, la fête de l’Assomption. ‘Les Hurons, nos ennemis, s'écrièrent-ils, ont chassé nos ancêtres de cette contrée.”
Dans les vocabulaires que l’on retrouve à la suite des deux premières relations, Cartier cite environ cent soixante mots, désignant les objets les plus usuels. Ces mots, qu'il avait évidemment recueillis à Stadaconé, où il passa plusieurs mois, et à Gaspé, par l'intermédiaire de Taignoagny et de son frère, dérivent du huron et non de l’algonquin. Ainsi Agouhanna Seigneur, se dit Okima en algonquin. Le mot
Canada se traduit en algonquin par Otenas, les deux signifiant ville, village.
Quand 72 ans plas tard Champlain vint au Canada, le nom de Stadaconé était inconnu des nouveaux habitants, et ce lieu était appelé par eux Québec, mot d'origine alwonquine. Les Algonquins avaient do ie succédé aux Hurons qui résiduient à Stediconé,au temps de Jacques
* Cartier (1).
Cette d'gression terminée, nous allons suivre le Capitaine et retourner avec lui à Stadaconé. Il quitta Hochelaga, le 3 octobre, anxieux du sort de ses compagnons qu’il avait laissés sur l’'Emérillon. Le lendemain il apergçut le gallion auquel il n’était rien arrivé de fâcheux. En revenant il essaya de remonter le Saint- Maurice, mais il dut renoncer à ce dessein, à cause du peu de profondeur de cette rivière.
IL la nomma rivière de Fouez. Après avoir planté une croix sur une des îles de son embouchure, il reprit sa course vers le havre de Sainte-Croix où il arriva heureusement le 11 d'octobre.
Donnacona vint au-devant de Cartier et lui fit promettre d'aller visiter sa bourgade, dès le
(1) Voir Note B, ch. VI.
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et lui dès le
lendemain. Celui-ci ne manqua pas de s'y rendre, et il se fit accompagner de ses gentils. hommes et de cinquante de ses compagnons.
La réception fat cordiale. Cartier distribua des couteaux aux hommes et des bagues d’étain aux femmes et aux filles, Il fit une inspection minutieuse des habitations, La bourgade lui parut bien approvisionnée pour l'hiver.
Donnacona montra ensuite à ses visiteurs “les peaulx de cinq testes d'homme, estandues sur du boys, comme paulx de parchemin (1).” [l leur raconta que, deux ans auparavant, doux conts des siens, hommes, femmes et enfants, s'en allant porter la guerre à Ionguédo ou (raspé, ils avaient été attaqués durant la nuit, dans une île vis-à-vis le Saguenay, par les Toudamans. Ceux-ci mirent le feu, pendant qu'ils dormaient, à un fort où ils s'étaient retranchés. Les gens de Donnacona furent to 1s tués, à l'exception de cinq, qui réussirent à s'échapper.
“ Une tradition, dit Ferland (2), conservée parmi les familles sauvages de Gaspé et de Ristigouche, porte qu’autrefois un grand
(1) Brief Récit, p. 29 a st à.
(2) Ferland, I, p. 35.
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