CHAPITRE ZX
Episodes de la vie de Cartier
SON MARTAGE
Jusqu'à présent nous nous sommes arrêté à décrire la vie agitée de Jacques-Cartier, ses courses aventureuses par-delà les mers,dans le but de conquérir de nouveaux pays à la France et de travailler, dans sa sphère d'action, au salut des âmes. Pendant les dix années qu'il a consacrées à cette œuvre éminemment patriotique, l’illustre découvreur semble avoir oublié sa famille, son épouse chérie, tout enfin, pour aller à la conquête d’un monde inconnu.
Entrainé nous-même par le désir bien légitime de faire connaître la partie la plus tourmentée de sa carrière, nous avons négligé,—un peu trop peut-être, — de rapporter les divers épisodes qui se rattachent, non au navigateur intrépide se frayant, à travers mille obstacles, un chemin sur les mers, mais au Malouin
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paisible, vivant dans le calme et le bonheur au milieu des siens, goûtant toutes les joies du foyer, à côté d’une femme distinguée par la position et ornée des plus belles vertus,
Cetto personne de qualité, que Jacques Cartier avait su distinguer parmi ses compagnes de Saint-Malo, était Catherine Des Granges où Des Granches. Kllo appartenait à une famille beaucoup plus considérable que celle de Cartier, puisque son père Jacques Des Granges était connétable où gouverneur de Saint-Malo. Il s'intitulait sieur de La Ville ès (rars, près Château-Malo. Il avait épousé Françoise Du Mast, dont il ent plusieurs enfants :— Guyon, sieur de Beauprest, fermier des menues coutumes du Chapitre en 1539, mari de Gillecte Chaton, vers 1517 ; —Katherine; — Pierres, né le 1 août 1507 ; —Collecte, mariée à Jehan de Cosmes ; —Alison, qui fut femme de Macé Jalobeit.
Tous les biographes de Cartier indiquent invariablement pour date de son mariage le mois d'avril 1519, comme paraît le faire croire la mention ‘ avril 1519 ” écrite entre lignes dans le Registre des mariages de Saint-Malo, un peu avant l'inscription de Jacques et de Catherine. Il y a lieu de croire cependant que ce fut en 1520, comme nous allons voir.
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‘A cette époque l’année commençait à Pâques. Or, celui qui enregistrait alors les publications de mariage,probablement messire Lancelot Rauffer, vicaire-curé, n'a pu iuscrire “ Avril 1519 ” qu’à partir du 24, jour de Pâques de cette année, et s’il eût en vue les six derniers jours de ca mois, nous lirions l’annotation ordinaire après Pâques. La date se réfère plutôt au premier jour d'avril appartenant encore à 1519 suivant l’ancien style, mais à 1520, suivant le nôtre. La publication de trois bans signalée au Registre par la marque ordinaire 000, dut commencer ce jour même 1‘ avril 1520, dimanche des Rameaux, et le mariage avoir lieu dans la semaine de la Quasimodo, ” c’est-à-dire vers le 2 (1) ou le 3 de mai (2).
Quoi qu’il en soit de cette date, peu importante après tout, il paraît exact de dire que Cartier était âgé d'environ 29 ans, quand il s'engagea dans les liens sacrés du mariage avec la fille du connétable de Saint-Malo.
Celle-ci n'offre rien de remarquable dans sa vie. Nous la voyons figurer très souvent dans les registres comme marraine de plusieurs enfants de sa famille. Le 30 juillet 1528 elle assista en cette qualité,au baptême de Catherine
(1) M. de Séchelles indique le 2.
(2) Joïüon des Longrais, page 11.
du Brezil, petite sauvagesse amenée de l’Amérique du Sud,
Jacques Cartier, lors de son premier voyage, donna le nom de Catherine à plusieurs endroits qu'il avait visités. C’est d’abord un havre qu’il désigne sous ce nom qui lui rappelle le souvenir de sa femme : ‘ Nous convint entrer en un havre nommé Sainte-Catherine.” Puis une île : ‘* je nomme cette île Sainte-Catherine.” Plus loin, il veut laisser à la postérité le nom de famille de cette absente chérie : “ Tronvâmes des terres à montagnes moult hautes et effarables, entre lesquelles il y a une apparaissante être une granche, et pour ce nommasmes nous ce lieu les monts des Granches.” IT est permis de croire que cette dernière désignation devait servir, dans son idée, à un double objet.
Avant son départ pour le troisième voyage, Cartier crut prudent de faire ses dispositions testamentaires. Il institua comme ses héritiers Jacques Des Granges, Jehanne Cartier sa sœur, et leurs descendants, et laissa la jouis-
sance de la seigneurie de Limoilou à s me, au cas où il décèderait le premie” 4ocument fut passé devant maîtr -nauld et
LeBret, en date di 19 mai 1041. Linsinuation n’en fut faite que le 12 novembre suivant, par Jacques Des Granges, devant
l’Alloué. Mais, redoutant à bon droit Îles dangers de lhivernage qui s’annonçaient toujours grossissants, il chargea son beaufrère Macé Jalobert de lettres de procuration, aux fins de l'enregistrement de sa donation testamentaire.
Au mois de mai 1546, le connétable de Saint-Malo n'existait plus. Il s'agissait de régler sa succession et de nommer un tuteur à ses enfants. Les créanciers et autres intéressés sont convoqués devant le lieutenant, dans une audience du 18 mai 1546. Catherine Des Granges comparaît par son mari. Celui-ci, ayant refusé la charge de tuteur et curateur aux enfants mineurs, (ruillaume et Jacquette, âgés respectivement de 13 et de 16 ans, l’alloué consent à l’accepter provisoirement, à condition que l’aïeulle maternelle des enfants déclinerait péremptoirement cette charge.
Catherine Des Granges mourut au commencement d'avril 1575, ayant survécu à son mari de près de dix-huit années. Le 9 mars 1569, quelque temps avant sa mort, elle avait fait donation deses biens à Me Jean Le Gobien, sieur des Douets, procureur des cours de Saint-Malo, sénéchal de Châteauneuf. Son père Pierre Le Gobien, sicur des Douets et de Frotu, était alloué de la juridiction. Ce dernier était cousin germain de Catherine Des Granges,
et devait être fils d’une sœur de Jacques Des Granges.
La testatrice allègue que durant les années qu’elle passa avec son mari, et même après sa mort, elle a reçu plusieurs plaisirs et libéralités du dit J. Le Gobien, tant dans des procès que dans d’autres affaires, sans aucun dédommarement.
‘“ Pour ces causes, en considération mêmes de lignage et parentelle..........., la dite Des Granges de son propre mouvement, sans aucune induction ni contrainte, a donné et donne au dit Le Gobien acceptant pour lui, ses hoirs et cause ayans, savoir :
‘ La propriété d’une moitié de jardin, étable et sou y étante, situé en cetted. ville jouxte la rue de Buhen, joignant d’un côté une maison neuve et jardin derrière appartenants à Marie Goubin.…. ; quelle moitié de jardin, étable et sou appartient en propriété à lad. Des Granges par indivis, et l’aultre moitié aux héritiers de sondict mari au moien de l’acquest en faict par lad. Des Granges et sondict feu mari, lesquelz héritiers doibvent avoir l’usufruict du tout du jardin jusqu'au deceis de lad. Des Granges...
Laquelle promet pour elle et ses hoirs sur l’hipothecque de ses biens porter
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bon et suffisant garantaige aud. Le Gobien de lad. présente donation... Ce que dessuz a esté par led. Le Gobien accepté et par lad.
Des Granges ainsi voulu, corsenty, promis et
juré sur l’ipothecque de es biens sans aller
au contraire en mille manière...
Pour laquelle Des Granges, qui a dict ne sçavoir escrire, a signé à sa requeste Jacques Odiepvre à ce présent; fin, à led. Le (Grobien signé.”
L'héritage de Catherine Des Gran ges ét ie modeste. Après sa mort, nous constatons qu'une saisie fut apposée sur ses biens meubles et ses héritages. .
Cet acte prouve une fois de plus que Jacques Cartier n'avait pas d'enfants, puisqu'il n’en mentionne aucun. Il nous apprend en outre que sa femme ne savait pas écrire. Rien d'étonnart, car l'instruction, même la plus élémentaire, était peu répandue à cette époque, surtout chez les personnes qui n'étaient pas tenues à vaquer aux affaires. Jacques Cartier avait reçu une bonne instruction pour le temps, et sa signature que nous avons sous les yeux, toute ornementée de fions et de paraphes, annonce un certain mérite calligraphique.
Nous terminerons cette courte notice biogra.
phique sur la compagne du découvreur, en attirant l’attention sur le fait qu'il y eut plusieurs Catherine Des Granges, toutes contemporaines de la fille du connétable de Saint- Malo. Voilà pourquoi il ne faudrait pas appliquer à la femme de Jacques Cartier toutes les mentions de Catherin. Des Granges qui sont aux registres.
Pendant le premier quart du XVIe siècle, il y avait à Saint-Malo : Catherine Des Granges, femme de Martin de Saint-Cyre.
Après 1554, nous trouvons une Catherine Des Granges, fille de François et de Gillecte
Le Filleurs et petite fille de Guyon Des Granges.
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