‹ Jacques Cartier [microforme]Chapitre 45 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Note A.--Amepa.—(Quelques uns ont cru que l’ameda était le sassafras, et d’autres l’aubépine, mais, Cartier, dans son troisième voyage, parlant de l’aubépine blanche, d’ar-

bustes et d'arbres forestiers, nous dit que l’'ameda a trois brasses de plus haut que la généralité des autres arbres.

Il est assez généralement admis que l'épinette blanche, dont les vertus antiscorbutiques ne peuvent être mises en doute, est cet arbre dont parle Cartier et que les sauvages appelaient amedda ou a”wmedda, suivant les manuscrits de la Bibliothèque Impériale. A ces propriétés certaines, ce balsamique précieux en joint une autre que Cartier met au jour dans son récit, Plusieurs de ses gens qui souffraient de la vérole depuis cinq ou six ans, et qui usèrent de la fameuse décoction pour le scorbut, furent guéris radicalement.

La grosse vérole ou mal de Naples est originaire, paraît-il, de l’îlede Saint-Domingue. Cette affection terrible dans ses symptômes comme dans ses conséquences, dont les Indiens de l'île furent les premières victimes, se communiqua de proche en proche aux blancs.

Le manque d’eau, de nourriture convenable, l'exposition aux émanations de vapeurs sulfureuses dans les mines où travaillaient comme des esclaves les malheureux Indiens, furent cause que leur sang se corrompit. Des pustules faisaient explosion sur toutes les parties de leur corps, et le virus qui s’en échappait était

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aussi facilement communicable que le poison variolique. La femme d’un Castillan découvrit par hasard un remède considéré à cette époque comme très utile, sinon prur enrayer complè.

tement, du moins pour auitiger les ravages multiformes de cette contagion dégoûtante.

C'était le guaïac qu’on n’emploie plus guère de nos jours. Le mercure et l’iodure de potassium l'ont détrôné avoc beaucoup de raison.

C’est au sujet du mal de Naples que Voltaire laissa échapper ces deux vers qui laissent deviner l’état de corruption de son époque :

Sous nos lois, il est vrai, l'Amérique est rangée Mais son mal nous détruit, l'Amérique est vengéc.

Note B.—Le ronr JaAcques-CarrTier.—Le fort Jacques-Cartier fut construit, comme on sait, par le Découvreur du Canada, à son deuxième voyage, dans l’automne de 1535. Il ne saurait y avoir de doute sur le lieu approximatif où ce fort fut élevé. Tous Îles historiens, en commençant par le Frère Sagard, récollet, eont d'accord à dire que ce fat à l'embouchure du ruisseau Lairet, qui vient se jeter dans la rivière Saint-Charles, du côté nord. Voici comment s'exprime ce Frère dans son Histoire du Canada :

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‘“ Et en l'an de grâce 1627, les Récollets prêtèrent aux Jésuites une charpente pour estre employée au bastiment qu'ils avaient commencé au delà de la petite rivière (Saint- Charles), à sept ou huit cens pas de nous en un lieu que l’on appelle communément le Fort Jacques Quartier.” (1)

Les passages que l’on trouve dans les Voyages de Champlain sur ce sujet, sont beaucoup plus explicites que dans Sagard, quoique tous deux aient pu examiner sur place

les vestigrs de cheminée, les traces de fossés, les pièces de bois équarries, et les boulets de canon

dont parle le premier gouverneur de la Nouvelle-France. Mais laissons-lui la parole:

‘ Plus proche du dit Quebecq, y a une petite rivière (Saint-Charles) qui vient dedans les terres d’un lac (Saint-Charles) distant de notre habitation de six à sept lieues. Je tiens que dans cette rivière, qui est au Nort et un quart du Norouest de nostre habitation, ce fut le lieu où Jacques Quartier hyverna, d'autant qu’il y a encores à une Jieue dans la rivière des vestiges comme d’une cheminée, dont on a trouvé le fondement et apparence d’y avoir en des fossez autour de leur logement, qui estoit petit. Nous trouvasmes aussi de grandes pièces

(1) Sagard, ZZistoire du Canada, p. 867.

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de bois escarries, et quelques 3 ou 4 balles de canon. Toutes ces choses monstrent évidemment que ça esté une habitation, laquelle a esté fondée par des Chrestiens: et ce qui me fait dire et croire que c’est Jacques Quartier, c'est qu'il ne se trouve point qu'aucun aye hyverné ny basty en ces lieux que le dit Jacques Quartier au temps de ses découver tures... (1)

Dans l'édition de 1632 de ses voyages, Champlain nous fait le récit sommaire du deuxième voyage de Cartier et de son établissement sur les bords de la rivière Saint Charles. Ce passage est très important, car non seulement il corrobore le précédent, mais il nous donne à entendre que les Jésuites résidaient à cette époque à l'endroit même où Cartier avait hiverné en 1535-36.

“ Quartier ayant recogneu, selon son rapport, la difficulté de pouvoir passer les saults, et comme estant impossible, s’en retourna où estoiont ses vaisseaux, où le temps et la saison le pressèrent de telle façon, qu'il fut contraint Jd’yverner en la rivière Sainte- Croix (St-Charles), en un endroit où mainte nant les Pères Jésuites ont leur demeure sur le bord d’une autre petite rivière qui se

(1) Voyages de Champlain. Edition de 1613.

décharge dans celle de Sainte-Croix, appelée la rivière de Jacques Quartier, comme ses relations en font foy.”

On donnait souvent du temps de Champlain le nom de rivière Jacques-Cartier au ruisseau Lairet. Muis ce dernier nom devait seul rester, et dans le titre de seigneurie, accordé aux Jéruites par Henri de Lévi, duc de Ventadour, en date du 10 mars 1626, on se servait déjà du mot Lairet pour désigner la rivière Jacques- Cartier.

Dans les deux citations que nous venons de aire des Voyages de Champlain, nous trouvons la confirmation pleine et entière de l’assertion du Fière Sagard. Ces deux auteurs nous assurent que le fort Jacques-Cartier était situé sur les bords de Ja rivière Saint-Charles, à l'endroit où les Jésuites construisirent, pour leurs religieux, une résidence, qui, de même que le couvent des Récollets situé, comme on sait, du côté sud de la rivière Saint-Charles, portait le nom de Notre-Dame-des-Anges. Des opinions plus récentes, basées sans aucun doute sur Sagard et Champlain, établissent aussi que le fort Jacques-Cartier était au confluent de la rivière Saint-Charles et du ruisseau Lairet.

L'abbé Ferland dit que les Jésuites choisirent (en 1625), pour y placer leur établissement,

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un endroit très agréable... ‘C'était, dit-il, une pointe formée par la jonction de la petite rivière Lairet avec la Saint-Charles et alors connue sous le nom de Fort Jacques-Cartier.”

Le Père Martin, jésuite, a écrit dans sa Biographie du P. Isaac Jogues, premier apôtre des Iroquois : ‘ Notre-Dame-des-Anges, sur lo bo:d de Ja rivière Lairet, près de Québec, rappelle un souvenir bien plus ancien que la résidence des pères Jésuites. C’est là qu’en 1535 le grand explorateur du Canada, Jacques Cartier, éleva un petit fort pour passer l'hiver avec ses hardis marins.”

Le même Père jésuite écrivait quelques années plus tard dans sa Biographie du P. de Brébeuf, en parlant de la Résidence de Notre- Dame-des-Anges: “Ce lieu portait le nom de Fort Jacques-Cartier, en mémoire de ce navigateur célèbre, qui l’avait illustré quatre-vingt dix ans auparavant par son courage ot sa piété... IL était situé tout près du Couvent (des Récollets), mais de l’autre côté de la rivière Saint-Charles, au point où le Lairet lui verse le tribut de ses eaux.” (1)

L'abbé Faillon dit expressément que le nom de Jacques Cartier, donné autrefois à Ja rivière

(1) Ze ?, Sean de Brébeuf, par le K, P. Martin, p. 26.

Lairet, confirme la vérité de son hivernement dans co lieu et prouve aussi que là avait été construit le fort de bois dont parle Champlain:

Ces divers témoignages établissent clairement que le fort Jacques-Cartier était situé à l'embouchure du ruisseau Lairet, mais aucun ne nous apprend sur quelle rive il avait existé. Inutile de compulser les auteurs des premiers temps de la colonie pour trouver une solution: Aucun d'eux, ni Sagard, ni Champlain, n'appuie sur co détail, puéril peut-être pour l'époque où ils écrivaient, mais devenu de majeure importance, dès qu'il a été question d'ériger un monument à Jacques Cartier et aux missionnaires héroïques qui ont immor.

talisé ce coin de terre par le séjour qu'ils y ont fait. Car, on n’a pas oublié que c’est au Fort Jacques-Cartier que le Découvreur passa tout un hiver à lutter contre la maladie et contre les noirs complots des aborigènes.

Le commentateur de l'Edition canadienne des Voyages de Cartier, dit à la note 2 de l’appendice (1), en parlant du fort Jacques- Cartier :

‘On aperçoit encore aujourd’hui (1843) sur la rive gauche de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière Saint-

(1) Appendice, p. 109,

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Charles, des traces visibles de larges fossés ou espèces de retranchements.”

D’après cette note, le fort Jacques-Cartier devait donc occuper la rive gauche du Lairet. Nous ne devons pas, croyons-nous, tenir en ligne de compte ces traces visibles de larges fossés ou espèce de retranchements que l’on pouvait apercevoir en 1843 sur la rive gauche du Lairet, non plus que les traces de ronstruction que l’on a pu apercevoir sur l’autre rive. Quand on connait un peu ce qui s’est passé en cet endroit, on n’a pas lieu de s'étonner de trouver dans le sol des vestiges d’ancienne maçonnerie.

Il y avait autrefois beaucoup plus de vie et d'animation qu'aujourd'hui du côté nord de Ja rivière Saint-Charles, dans les environs du ruisseau Lairet. Jean Landron y avait fait construire une briqueterie vers 1680. On y remarquait à cette époque des résidences privées, entre autres celle de Jean Lenormand et des édifices appartenant à l’intendant Talon. La résidence des Jésuites dans ce voisinage, leurs métairies situées des deux côtés du ruisseau avaient attiré tout près de Jà des colons ou des censitaires, dont plusieurs allèrent plus tard grossir le groupe des habitants de Charlebourg. I] a done pu s’amonceler

des ruines à travers ces amas de construction qui dataient déjà, en 1843, de plus d’un siècle et demi.

Comme nous l'avons dit plus haut, il ne faut pas s’exagérer la valeur archéologique de ces traces de fossés ou de retranchements. Il vant mieux se rabattre sur des preuves moins risquées, quoique ne reposant pas sur des textes, ou des monuments anciens.

Pour nous, personnellement, il ne fuit pas l'ombre d’un doute que Cartier érigea son fort sur Jarive gauche ou estdu Lairet, Etvoici pourquoi: Cartier savait qu’il lui faudrait hiverner au Canada. La mascarade ridicule montée par les habitants de Stadaconé pour l'empêcher de se rendre à IHochelaga ; leurs ruses hypocrites, leur caractère dissimulé, tous ces défauts enfin qui sont particuliers aux sauvages et dont Cartier avait déjà récolté maintes preuves, lui étaient parfaitement connus. La plus simple prudence lui commandait donc de se mettre à l'abri de ces barbares. Pour cela il résolut de bâtir un fort à l'endroit le plus propice qu'il rencontrerait dans la rivière Saint-Charles, afin de protéger ses navires et son équipage. Songer à la rive sud eût été absurde, parce que c'eût été, comme on dit vulgairement, se mettre dans la gueule du loup, à cause des

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sauvages de la bourgade ae Stadaconé et ensuite, l’aurait-il voulu, il n’y pouvait trouver de havre sûr pour ses vaisseaux.

Cartier dut donc explorer la rive nord, et le premier comme l’anique endroit favorable qui s'offrit à sa vue, fut l'embouchure du ruisseau Lairet Comme c'était à l'époque des fortes marées d'automne; ses vaisseaux pouvaient y entrer facilement et veni: même se placer sous les canons du fort. Pour bien comprendre ce point, il faut connaître la position exacte des lieux. Le ruisseau Lairet n’est qu’un mince filet d’eau à marée basse. S'il n'avait l’inconvénient de reposer sur un lit de vases profondes, un homme pourrait l’emjamber d'un bond. Mais quand la crue des eaux acquiert sa plus grande intensité, ce petit ruisseau devient une rivière, aussi large, à son ouverture, que la rivière Saint-Charles même à cet endroit. C’est dire que les berges du Lairet sont assez éloignées l’une de l’autre au lieu où elles rejoignent les bords de la rivière Saint Charles. D'un côté (à l’ouest, rive droite,) la berge est relativement basse et s'élève graduellement ; de l’autre (à l’est, rive gauche) c’est un joli promontoire, taillé presque perpendiculairement, formant une hauteur de 25 à 30 pieds au-dessus du niveau

de l’eau. Or, ce promontoire escarpé, situé sur la rive gauche du Lairet, offrait déjà une fortification naturelle dont l’importance ne dut pas échapper à l'œil observateur de Jacques Jartier. Là il bâtirait son fort et il conduirait, jusqu’au pied de cette petite citadelle, la Grande Hermine, la Petite Hermine et l’ Emérillon, son unique espérance pour pouvoir retourner dans s0n pays.

Ces trois vaisseaux étant ainsi en lieu sûr, à l'abri des tempêtes et des sauvages, le capitaine Cartier pouvait ensuite, du haut de son fort, commander tout le pays avoisinant. En occupant la rive gauche du Lairet, il pouvait garder l’accès au fleuve St-Laurent libre de tout obstacle pour le départ du printemps suivant. La rivière Saint-Charles mettait une défense naturelle entre son poste fortifié et les aborigènes de Stadaconé, les plus redoutables, à cause de leurs accointances avec ceux des bourgades échelonnées le long du Saint Lau:

rent. D'autre part, le ruisseau Lairet proté-

geait Cartier contre les agressions qui eussent pu venir de la petite bourgade de Stadin située vraisemblablement dans la direction du ruisseau St-Michel,

Cartier se trouvait donc à l’abri de tous côtés. La suite des évènements nous porte à

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croire que notre Découvreur sut bien choisir le poste qui convenait pour se fortifier. Durant l'hiver qui suivit, les sauvages venus par milliers à la rescousse de ceux de Stadaconé, sur la demande qui leur en avait été faite par le vieux chef Donnacona et le traître Taignoagny, n'osèrent pas aller l’attaquer, et ils s’en retournèrent chez eux, après avoir été co:1plètement déjoués dans leurs plans par les ruses de Cartier. Et, aussitôt qu’au printemps la rivière Saint-Charles se fut libérée de ses glaces, la flottille put facilement en descendre le cours jusqu’au Saint-Laurent, sans être inquiétée par les sauvages, qui n’avaiont pu faire aucun barrage, ni préparer aucun autre obstacle sérieux et cela précisement parce que le fort du prudent Capitaine occupait la riveest du Lairet etcommandait la plaine jusqu’au fleuve St-Laurent.

Note C.—La RIVIÈRE LAIRET.— La rivière ou plutôt le ruisseau Lairet, a porté différents noms. Du temps de Champlain on l’appelait la rivière de Jacques-Cartier. Mais ce nom fut changé en celui de Lairet sous le règne du premier gouverneur de la Nouvelle France, car le titre de seigneurie accordé aux jésuites par le Roi en l’année 1626, signale déjà la

rivière Lairet, et Champlain ne mourut que neuf anrées plus tard.

Le nom de Lairet a subi bien des métamorphoses depuis lors. On trouve: de la Rets, la Rey, Larrey, Layret.

Quelle est l’origine de co nom ? Il n’est pas possible de l’attribuer à François Lairet, un des p'emiers habitants de Charlebourg, qui ne vint au Canada que vers 1669. Nous ne connaissons pas d’autres personnes de ce nom arrivées au pays avant cette époque. Il nous faut donc avoir recours ailleurs. Nous avouons franchement notre ignorance sur ce point, laissant à d’autres le soin de l’éclaircir.

Note D.—TERRAIN DU MONUMENT CARTIER- Bréseur.—-Le terrain eur lequel ont été érigés la croix etle monument commémoratif Cartier- Brébeuf, fut acheté en vertu d’une décision prise par le comité de direction du Cercle catholique de Québec, dans sa séance du 21 juin 1886. L'acte fait et passé à cet effet devant Maître Michel Philéas Laberge, notaire. le 15 juillet 1886, porte les signatures suivantes : (eo. Holmes Parke, Annie E.

Parke, C. S. Parke, M. D., IH. Stanley Smith, Häarriett Smith, CI Vincelette, président du Cercle catholique, M. P. Laberge, notaire.

Cet acte comporte que ce petit coin de terre,

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de 146 pieds sur 52, faisait originairement partie du domaine seigneurial de Notre-Damedes-Anges, autrefois propriété des révérends Pères Jésuites.

Cette lisière de terre est bornée, d’un côté, par la rivière Saint-Charles ; de l’autre, par le ruisseau Lairet, à l’ouest ; par un petit chemin public, au nord; et enfin du côté de l’est par un lot de terre appartenant à la famille Parke, de qui le Cercle catholique a fait son acquisition pour un faible montant, qui fut payé par trois membres de cette institution, MM. Joseph Rosa, Damien Matte et Pierre Eugène Blais.

La seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, dont le terrain da monument fait partie, fut concédée, le 10 mars 1626, aux révérends pères de la Société ou Compagnie de Jésus, par le roi de France, environ un an après l’arrivée des premiers missionnaires Jésuites en ce pays. Le titre de concession porte la signature de Henri de Lévi, duc de Ventadour, pair de France, lieutenant-général pour Sa Majesté au gouvernement du Lan:gueldoc, et vice-roi de la Nouvelle-France.

La seigneurie de Notre-Dame-des-Anges conterait une lieue de front sur quatre lieues de profondeur, joignant du côté nord-est, la seigneurie de Beauport, et au sud-ouest, le

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comté d'Orsainville, par devant, le fleuve Saint-Laurent et la petite rivière Saint- Charles; et par derrière au bout de la dite concession les terres non concédées. Le titre officiel de concession, en bornant la seigneurie, donne comme limite-est la rivière Sainte-Marie (Beauport), et du côté-ouest, en remontant le cours de la rivière Saint-Charles, ‘le second ruisseau qui est au-dessus de la petite rivière dite communément Lairet, lesquels ruisseaux et la dite petite rivière Lairet se perdent dans le dite rivière Saint-Charles.” (1)

Bien que la pièce signée par le duc de Ventadour ait une portée officielle, il est permis de croire qu’elle est erronée. Le deuxième ruisseau au-dessus de la petite rivière Lairet et connu sous le nom de ruisseau du Berger, est situé trop loin pour servir de borne à la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges. (C’est évidemment le ruisseau Saint-Michel que l’on a voulu désigner. Ce dernier a été reconnu de tout temps comme limite-ouest du domaine des Jésuites.

Le 15 janvier 1637 la compagnie de lu Nouvelle-France ou des Cent-Associés confirma l'acte de concession royale de 1626, à la charge

(1) Cahiers &'Intendance, No, 2 à 9, folio 85,

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pour les Pères Jésuites de célébrer le premier mardi de décembre de chaque année une messe pour le repos de l’âme des associés défunts de la Compagnie. Les seigneurs de Notre-Dame.

des-Anges avaient déjà commencé à cette époque à faire défricher une partie de ces terrains, surtout près du ruisseau Lairet où ils avaient fixé leur résidence depuis 1620.

En 1646 les Jésuites entrèrent en possession définitive de leur seigneurie de Notre-Dame:

des-Anges, et les actes leur en furent expédiés le 24 juillet de cette même année (1). Le 6 août de l’année suivante, ils engagèrent un fermier pour en faire l'exploitation (2). Enfin, vers la fin de l’année 1649, Notre-Dame-des- Anges fut louée pour le prix bien modeste de cent écus sans aucune charge (3).

À partir de cette époque, nous ne connaissons rien de ben important relativement à cette seigneurie, si ce n’est que le 12 mai 1618 le roi de France Louis XIV accorda aux Pères Jésuites des lettres d'amortissement pour les terres et concessions qui leur avaient été données antérieurement par tout le pays.

En consultant les greffes des notaires de ce temps déjà reculé, nous avons trouvé, dans les

(1) Journal des Jésuites, p. 59.

(2) Zbidem, p. 93.

(3) Zoid,, p. 131.

minutes de maître Grenaple, un acte de vente, eu date Gu 23 septembre 1688, par François CUharon de la Barre à Etienne Landron, Pierre Ailemand et Jean Larchevêque. Ce fait indique que les Jésuites avaient commencé vers cette époque à faire des concessions taillées à même leur seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, puisque le lot dont il est question dans cet acte de vente, est précisément celui qui borne au sud-ouest le ruisseau Lairet.

Le 21 janvier 1691 Etienne Landron vendit sa part du terrain, qu'il avait acquis le 23 septembre 1688, à Aubert de la Chesnaye et à Jean Larchevêque. I’acte qui en fait foi fut pasré par Msître Gilles Rageot, notaire.

Depuis lors nous perdons la trace des propriétaires du terrain où s'élèvent aujourd’hui la croix et le monument commémoratif, jusqu’en 1745. Par une supplique des révérends Pères Jésuites, adressée aux juges de la Cour : de Prévôté de Paris, signée par le P. de la Bretonnière, procureur de leur maison et Faillant, notaire, en réponse à l’appel interjeté au Conseil Supérieur du Canada par Marie- Anne Barbel, veuve de feu Jean Louis Fournel, d’une sentence rendue au Siége de la Prévôté le 14 mars 1749, il est bien établi que les révérends Pères Jésuites reconnaissaient alors

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et depuis longtemps, la dite veuve Fournel comme propriétaire du terrain en question.

[ls l’auraient même reconnue comme telle par divers écrits en date de 1745, proluits en première instance, où ils déclaraient que la dite torre avait été concédée au père de l’appelante depuis un grand nombre d’années.

Jacques Barbel, père de Marie-Anne, veuve Fournel, était notaire royal, seigneur d’Argentenay et secrétaire de Bégon. Il mourut en 1740, et fut inhumé le 30 juillet dans l'église des Récollets.

À partir des héritiers Rarbel nous perdons oncore une fois la trace des personnes qui se sont transmises la propriété du lot de terre arrosé par le Lairet à son embouchure. Ce n'est qu'en 1811 que nous rcitrouvons un acquéreur, à la date du 29 mai, Un nommé William Holmes, médecin, vendit cette propriété en sa qualité de procureurde Jane Henry, veuve de David Lynd, et fille d’un mini:tro presbytérien, à Charles Smith, senior. L'acte de vente fut passé devant Maître Bélanger, notaire. Une déclaration apposée au pied de l'acte, le 17 janvier 1812, comporte que Holmes no connâissait pas les droits de propriété de la veuve Lynd, mais qu’elle faisait remonter ses titres à vingt années auparavant, c’est-àdire à 1791.

Charles Smith, senior, légua à son fils Charles le terrain en question, et ce fut on 184) que la famille Parke en devint propriétaire. C'est à elle que le Cercle catholique dut s'adresser pour faire l’achat de ce lot, qui n’est qu'une faible partie de la propriété des Parke. Une des conditions de la vente était que le Cercle ferait ériger, dans les deux années qui suivraient le contrat, un monument en fer ou en pierre, ou une croix fac-simile de celle qu'y arbora Cartier, le 3 mai 1536. La croix fut plantée dans lo délai fixé au printemps de l’année 1888, et le monument l’année suivante. (Voir Note B, ch. XIIL.)

Note E.—(ïasré.—Ce nom est écrit de plusieurs manières par les historiens et les auteurs de récits de voyages : Gaspey, G'achepé. Les Montagsais appelaient ce lieu Æongnedo ct Cartier le désigne sous le nom de Æonquedo.

L'étymologie de Gaspé la plus favorablement acceptée est celle qui fait dériver ce mot de Katsepion, qui signifie détaché. Les Français en ont fait Gachpay et puis Gaspé. Champlain écrit indifféremment Gachepay, Gaspey. L'opinion qui veut que Gaspé vienne de (Graspar (de Cortereal), par une corruption de Gaspar en Gaspa et puis (raspé, ne nous paraît pas fort rationnelle. [Il nous semble qu’on se fourvoie

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généralement à chercher l’étymologie de cer- {ains noms appliqués à des pays, des villes ou des caps par les sauvages, en dehors de l'idiôme employé par eux. Ne serait-il pas ridicule, par exemple de faire originer d’un nom français les mots: Québec, Canada, Saguenay, Hochelaga, Stadaconé ?

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