SAINT MALO
que Jacques Cartier fat contraint d'abandon.
ner au Canada en avril 1536.
“ La carcasse de ce navire, qui n'était que de 60 tonneaux, a été retrouvée après 300 ans d'abandon ; elle a été recouverte par un mètre
66 cent. de vase.” Souvenirs présentés par la Société Historique de Québec à la ville de Saint-Malo en 1845.
Bien que nous ne voudrions Pas nous inscrire en faux contre une opinion reçue et à laquelle une tradition, déjà vieille de près de cinquante
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années, a donné un cachet d’une plus grande respectabilité, nous est avis que le public a accepté un peu hâtivement les conclusions précitées. Le seul fait d’avoir trouvé une coque de vaisseau enfouie sous quelques pieds de vase, ne constitue point une preuve qu’elle appartint à la Petite Hermine. Quant aux vieux clous, carvelles, etc., la découverte qu’on en à faite, à trois cents ans d'intervalle, semblerait indiquer que les sauvages de Stadin no voulurent point accepter le cadeau que Cartier. leur en avait fait avant son départ pour la France ; ce qui est peu probable, car nous lisons dans la relation du second voyage: ‘ Et pour ce qu'ils furent avertis que ceux de Stadin allaient et venaient entour nous, et que leur avions abandonné le fond du Navire que laissions pour avoir les vieux clous...”
Quand on connait l’avidité des sauvages de cette époque pour ces ferrailles, qu’ils estimaient plus précieuses que l’or et l’argent, on se demande comment il avait pu se faire que les habitants de Stadin eussent négligé d’extraire du navire que Cartier leur avait abandonné, tout ce qui pouvait leur servir, vicux clous, carvelles, etc. D’après le texte même de læ relation, on serait porté à croire qu'ils se mirent à la besogne, même avant le départ des
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autres vaisseaux. Les sauvages de Stadaconé, voyant que ceux de Stadin restaient autour des navires de Cartier, furent deux jours sans s'approcher d’eux, contrairement à leur habitude. Ces allées et venues des sauvages de Stadin ne pouvaient avoir d'autre motif que de travailler à l'extraction des clous et fiches qui liaient les unes aux autres les pièces de charpente. Comment peut-on supposer, après un tel travail, que la Petite Hermine ait pu conserver assez de solidité pour résister pen dant trois siècles, non seulement à la décomposition, mais surtout à la dislocation de sa charpente ?
Si encore on eût trouvé la Petite Hermine à l'endroit même où les sauvages la dépouillèrent, c’est-à-dire à l'entrée du ruisseau Lairet! Mais non, C’est à cinq cents pas plus loin, à l'embouchure d’un autre ruisseâu, beaucoup plus rétréci que l’autre, et où la marée montante ne pouvait pas facilement la transporter, et les sauvages encore moins. Il va de soi que si les flots montant; de la rivière Saint-Charles devaient remuer ce fond de navire, ce ne pouvait être qu’en l’enfonçant en amont de la rivière Lairet. En supposant qu'il aurait suivi la marée descendante, après avoir remonté le cours du Lairet, il aliait se pordre dans le Saint-Laurent.
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Nous sommes loin du ruisseau Saint-Michel, comme on voit, et cependant l’on a affirmé, que la Petite Hermine était allée s’enfouir dans l'embouchure de ce ruisseau, qui aujourd’hui ne pourrait pas donner passage à un navire de 60 tonneaux. Etait-il plus large du temps de Cartier ? Nous l’ignorons, mais nous ne le croyons pas, vu que les berges de ces ruisseaux ne se modifient pas sensiblement.
Champlain, dont les récits sont toujours circonstanciés, nous parle de l'endroit où Jacques Cartier se fortifia et mit ses vaisseaux en hivernement, de manière à ne laisser aucun équivoque sur les travaux accomplis à l’embouchure du ruisseau Lairet, non par des indigènes, mais par des chrétiens. Or, il est impossible de retracer le passage en ces lieux avant Champlain d’autres Européens que Jacques Cartier au temps de ses découvertures et ses compagnons (1).
Champlain a tout vu de ses yeux: fossés, débris de fortifications, vestiges de cheminée et de logement, et bien qu'il semble établi que ce fut l’endroit où Jacques Cartier hiverna, il n’aperçut pas de carcasse de navire.
Le Frère Sagard Théodat parle de l'endroit appelécommunément le Fort de Jacques-Cartier,
(1) Voir Note B, chap. VII.
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mais aucunement de la Petite Hermine ou de tout autre vaisseau abandonné en cet endroit.
Que conclure de là ? [Il nousserait agréable de croire à la résurrection d’un des vaisseaux qui servirent à la découverte du Canada, mais en présence des arguments qui s’y opposent, nous sommes un peu tenté de regimber contre les idées reçues. Mais nous ne le ferons pas, car il nous manque une preuve qui détruirait du coup les conclusions admises depuis quarantecinq ans. Si jamais il nous arrive de placer, à l’aide de l’histoire, une coque de navire rovêta. ‘ lo caractère d'antiquité voulu, nous aurons débrouillé ce point archéologique qui est loin d’être clair. C’est un travail à faire et qui se fera peut-être un jour.
Note B. -LESs CRIMINELS EN DESTINATION POUR LE (ANADA.—Dans les Notes Historiques et Documentaires qui suivent les Motes pour servir à l'Histoire, à la Bibliographie et à Ja Cartographie de la Nouvelle France, M. Harisse publie plusieurs pièces concernant les tran-portations au Canada. Ce sont notamment les Lettres patentes en faveur de Roberval des 15 janvier et 7 février 1541 ; un pouvoir délégué par le même Roberval à Paris le 27 février à ‘ Raoul de Auxilhon, seigneur de Senneterie en la sénéchaussée de Carcassone, d'extraire
des prisons les prisonniers appelans ou condamnés à mort pour les mener ” des lieux où ilz seront prins jusques ès prisons de Sainct Malo de l'Isle en Bretaigne, et ce dedans le Xe d'avril prochain venant, ès mains dud.
sieur de Roberval ; ur Arrêt du Parlement ce Rouen du 9 maïs 1541 confirmant les pouvoirs de Roberval à ce sujet et les rendant exécutoires dans son reesort; le même Arrêt mentionne Ja présentation des Lettres de
oberval à Bordeaux età Toulouse. Il spécifie une réserve quant aux prisOpnicrs détenus pour crime d’hérésie, lèse Majesté au premier chef, faulce monnaie et antres crimes trop énormes.
Quant à Ja mise à exécution de ces Arrêts, il est assez curieux d’en connaître les détails.
Le 19 mai 15H, le geôlier de la ville do Fijac en Carey se préseute devant l’alloué de Saint- Malo avec huit hommes et cinq femmes sortis des prisons de Toulouse et de Bordeaux. Le Petit Levrier les avait transportés de Dieppe à St-Malo. Ces prisonniers sont :
Lorans Bonhomme, âgé de 25 ans, chaussetier, de Merville, près Toulouse —prisonnier pour un baptement, mais non encore condamné ;
Moundyne Boyspye, fiancée à François Guay, âgée de 18 ans, non accusée d'aricun cas, maïs voulait suivre son futur mari au Canada.
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François Guay, âgé de 27 ou 28 ans, de St-Léonard, près Limoges. Il déclare qu'il n’a pas l'intention de faire le voyage au Canada, parce qu’il est malade du mal Saint-Méen (la gale).
Pierre Thomas, âgé de 45 ans, de Vauzelle, près Toulouse, mis à la chaîne pour avoir laissé échapper un prisonnier du nom de Barbery.
Jehan de Lavau, âgé de 36 ans, de la ville de Grenade près Toulouse, accusé d’avoir volé une robe et un anneau d’or.
Casseth Chapu, âgée de 40 ans, native de Toulouse, prisonnière pour assaut et batterie.
Bernard de Mirepoix, âgé de 30 ans, du cô‘é de Roudèx, près de la ville de Mezière, accusé de meurtre.
Pierre le Canbegeur, de l'Isle en Dodon, en (rascogne, accusé de meurtre,
Anthoinette de Parradis, âgée de 25 ans, accusée comme complice avec ron mari d’avoir fondu des pièces de monnaie.
Jehanne de la Veerie, de Toulouse, accusée d’avoir vendu sa fille, et condamnée à mort.
Mariette de La Trappye, de Muret, près Toulouse, accusés d'avoir: tué son gendre.
Pierres, accusé d'homicide, et condamné à perdre la tête.
Pierre Esteve, de Montgaillard, accusé de baptement.
Le geôlier Gaillard remet ses prisonniers entre les mains d’une commission de bourgeois délégués par la Communauté de Saint-Malo, et il leur déclare qu'il veut aller an voyage du Canada.
Inutile d'ajouter que la colonisation du Canada, qui n’acommencé que 72 ans plus tard, n'a pas été faite par ces malfaiteurs.
Note C.-—Monr pe DonNNACONA ET DES AUTRES SAUVAGES.-— Les sauvages que Cartier avait amené: avec lui en Francs en 1536 furent présentés au Roi. [ts furent instruits dans la religion cathoïïque qu'ils embrassèrent tous, et daus laquelle ils moururent les uns après les autres, dans la province de Bretagne où ils résilaicat. Cartier fut le parrain de lun d’eax ; sa femme le fut d’un second, le 25 mars 1533. li y eut trois baptêmes de sauvages ce même jour: le filleul de Cartier, qui n’était autre que Donnacona lui-même, reçut le nom de François, en l’honneur sans doute du roi François I, alors glorieusement régaant.
Le changement de climat, de nourriture, de.
manière de vivre, abrégea les jours de ces habitants des bois, accoutumés à vivre au grand air et en pleine liberté. Quand Cartier revint au Canada pour un troisième voyage, ils étaient tous décédés, moins cependant la petite fille du chef d'Hochelaï.
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Note D.—Crarsegoura-Royaz — Quand Roberval arriva à l'embouchure de la rivière
du Cap-Rouge, il fitélever un fort sur la pointe du Cap qui commande le fleuve à cet endroit.
Il édifia au pied des magasins, dont une partie servait d'habitation. Cartier avait nommé ce lieu Charlebourg-Royal, Roberval le nomma France Roy.
Des excavations faites il y a près de trente ans, près de l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge, ont fait découvrir, à huit ou neuf pieds au-dessous de la surface du sol, un four à chaux encore rempli de pierres calcaires à demi-brûlées, L'on dirait que le travail aurait été tout à coup interrompu, car le bois réduit presque en charbon s'est conservé dans Île fourneau, comme si le feu eût été subitement éteint (1).
Note Ë.—HooneLar.—Cette bourgade que l’annotateur de l'édition canadienne des voyages de Cartier place à quinze Jieucs en haut de Québec, porte indiffé:emment les noms d’Hochelaï, Ochelay ou Achelacy. Ce village, fixé à quinze lieues de (Québec, d’après les calculs de Jacques Cartier lui-même, était tout probablement situé à la pointe du Platon, dans
(1) Ferland I, p. 44,
la paroisse de Lotbinière, voisine de Sainte- Croix. Il y a à cet endroit, un détroit de la rivière qui correspond assez bien à celui que mentionne l’auteur des Relations de voyages.
Note FF, —- LE TROISIÈME VOYAGE DE JARTIER AU CANADA.--Nous n'avons de ce voyage qu'un fragment de relation, dans une version anglaise, sarrêtant à la fin de sep.
tembre 1541, Ce fragment fut publié par Richard Hakluyt, dans Principal Navigations, London 1599-1600, vol IIT,p. 232-242, Il est intitulé : ‘ Le Troisème Voyage des Découvertes faites par le Capitaine Jacques Quartier, en l’année 1540, dans les pays de Canada, Hochelaga et Saguenay.”
Lescarbot, Champlain et Ramusio ne font aucune mention de cette pièce.
Note G.—JEAN Acrnonse.—t Né au pays de Xaintonge, près la ville de Cognac.” Thévet le qualifie de Capitaine et Pilote du Roy Francoys Premier. Il navigua dans toutes les parties du monde, et il fut un des premiers explorateurs des côtes du Brésil et des bouches de l’'Amazône. Jean Alphonse fut chargé comme pilote de diriger l'expédition de Roberval au Canada. ‘“ Ce fut Roberval, dit Hakluyt, qui envoya Alfonce, pilote très expert, Xaintongeois de nation, vers le Labrador, afin de
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[AGE DE s de ce lans une \ de sep.
iblié par vigations, 242, Il yage des > Jacques pays de
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exploraouches de ré comme berval au kluyt, qui
Xaintonr, afin de
trouver un passage aux [ndes Orientales, mais n'ayant pu réussir dans son dessein à cause de la glace, fut obligé de retourner avec le seul avantage d’avoir découvert le passage qui est entre l'île de Terreneuve et la grande terre du Nord.”
Plus tard Jean Alphonse fut emprisonné et il semble avoir péri dans un combat naval.
Nous Ini devons un ÆAoutier qui décrit le cours du fleuve Saint-Laurent depuis le détroit de Belle-Isle jasques ‘‘au Fort de France-Roy,” en 1542,