‹ Jacques Cartier [microforme]Chapitre 49 sur 58 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Note A.—LEs AUMÔNIERS DE CARTIER.—

Nous croyons la thèse favorable à la présence de deux aumôniers parmi l'équipage de Jacques Cartier suffisamment prouvée. Cependant on pourrait soulever plusieurs objections assez fortes, tirées du texte même du Brief Récit.

Les sauvages de Stadaconé suppliaient Cartier de les faire baptiser. Celui ci s’y opposait toujours, malgré leurs instances, parcs que, dis-1i, ne scavions leur intention et couraige, et qui ny avait qui leur remonstrast la foy pour lors, feust prins excuse vers eulx. Et dict à Taignoagny et Domagaya, qu'ils leur feissent entendre que retourneryons ung aultre voyage,

et apporterons des prestres et Au cresme, leur donnant à entendre pour excuse, que l’on ne peut baptiser sans le dict creme.”

Ce passage peut cependant être interprété de manière à confirmer notre opinion. Les aumôniers de la flotte ignoraient sans aucun doute la langue des sauvages. [ls ne pouvaient douc pas leur enseigner les préceptes de Ja foi avant de leur administrer le baptême. Cette sago précaution que Cartier voulait prendre pour ne pas laisser profaner ce sacrement, lui suggéra l’excuse contenue dans le Récit et que Taignoaguy et Domagaya furent chargés de transmettre aux gens de Donnacona. Comme s'il leur eût dit: Dans un prochain voyage je vous amènerai des prêtres qui pourront vous comprendre et vousexpliquer la religion catholique. La raison du saint chiême n'était qu'un prétexte pour se débarrasser de leurs ob-essions, car il aurait pu fort bien les baptiser avec de l’eau naturelle sans y joindre le saint chiême qui n’est pas nécessaire pour rendre le baptême valide. Si Cartier, dit Faillon, n’eût eu aucun prêtre avec lui, il ne se serait pas borné à alléguer à ces sauvages le défaut du saint chrême; il aurait surtout allégué l'absence de prêtres, et donné à entendre que, sans eux, on ne peut baptiser, comme il le fit an sujet du saint ch'ême.”

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Mais nous pouvons opposer au tr: ce précité un autre où il est dit expressément que des p'êtres fui-aieut partie de l'équipage. Voici : ‘ Lors le dict Taignoagny; etson compaiguon, deinandèrent audict Cappitaine s’il avait parlé à Jéins, et il respondist que ses prebstres y avoiert parlé.” Cette citation est assez explicite et peut facilement re passer de commentaire:

On pourrait encore faire lobjection suivante : “Si Cartier avait eu des aumôniers, ils auraient joué un autre 1ôle”” Franchement nous ne voyons pas quel 1ôle plus considérable ils pouvaient être appelés à remplir. fl n'y eüut,à uotieavis, qu'une seule circonstance où le Déconvreur aurait pu signaler le zèle apostolique de ses aumôaiers, c’est lorsque le mal de terre exerça ses ravages parmi ses COM. paguons, Peut-être furent-ils privés de cette douce consolation par la maladie elle-même.

Le silence du narrateur dans cette occasion est assez étrange, mais il ne prouve pas que Cartier fut dépourvu de prêtres.

L’objection, tirée du fait que Cüärtier lut l'évangile selon saint Jean aux sauvages de IHochelaga, ne nous paraît pas bien forte. Il aurait pu en effet confier cette tâche à un de ses aumôniers, mais il pouvait aussi se Îla réserver, afin d'en imposer davantage aux

sauvages à qui il avait su inspirer üne si grande confiance. Rien n'empêche non plus de croire que les aumôaiers étaient restés à bo.d des deux vaisseaux qu’il avait laissés dans la rivière Sainte-Croix avec la moitié de son équipage, ou encore de l’Emérillon, que la difficulté de la navigation l'avait contraint d'abandonner pendant quelques jours dans le lac Saint-Pierre.

Nous ne voulens pas taxer d’hérésie historique ceux qui ont prétendu ou croient encore que Cartier ne s'était pas fait accompagner de prêtres, mais nous croyons que les raisons qui militent en notre faveur sont de beaucoup plus fortes que les autres. Ils n’ont qu’un texte et encore sa valeur probante n'est pas d’une grande force. N’avons-nous pas, à part Le texte, la liste officielle de l'équipage où se trouvent insérés les noms de Dom Anthoiïins et de Dom Guillaume le Breton. S'il est vrai que l’on a omis d'ajouter leurs qualités, ils ont partagé le sort d’un grand nombre d’autres. Sur le rôle cn effet il n’y en a que seize personnes dont les fonctions ou l’état soient désignés. Ce sont le capitaine, le maître de Ja nef, le capitaine et pilote du galion, le maître du galion, le capitaine et le pilote du courlieu, le maître du courlieu, l’apothicaire, sept charpentiers, le barbier et le trompette.

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L'on ne dira pas que le rôle d'équipage mentionne la qualité de tous ceux qui pouvaient avoir des titres à une désignation spéciale, car outre les charpentiers, il y avait des cordonniers, des calfats, que le greffier Léveillé n’a pas mentionnés, probablement parcequ’il ignorait à quel corps de métier ils appartenaient.

CELAPITRE II

Note A.—Raué.—[lrancois Alfred, né à Rennes le 12 décembre 1825, fut un archéologue distingué. Il a publié de 1846 à 1854, plusieurs ouvrages scientifiques, parmi lesquels on cite: Classification des monnnaïes de Bretagne du IXe au À VIe Siècle; Notes sur quelques châteaux de l'Alsace, ete. Avec M. Michelant, il a donné la relation originale du Voyage de Jacques Cartier au Canada, en 1534.

M. Ramé est mort en 1887.

Note B.—LeEs coMeTEes DE CAR1TIER.—Le règlement des dépenses de la troisième expédition de Cartier donnèrent lieu à des démêlés avec Roberval d’abord. Tout finit cependant par s'arranger devant la Cour, comme nous avons vu dans le cours du récit. Le découvreur £e trouvait encore, tous comptes faits, créancier du roi pour un montant de 8638

livres quatre sols et six deniers tournois. Il avait reçu trente mille livres fournois par l'entremise de maître Jean Duval, trésorier de l'épargne. C’est ce qui ressort d’une vérification des comptes de Cartier faite par Etienne Gravé, notaire à Saint-Malo, le 26 novembre

Les successeurs de Cartier, parmi lesquels se trouvait Jacques Odieure, marchand «e Saint-Malo, se firent délivrer à cette date un transumpt authentique d’un fragment des comptes liquidés en 1544, afin d'appuyer leur demande de concession de privilèges au Canada, qui leur fat accordée le 14 janvier

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