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comptes pendants entre Roberval et Cartier. Elle nous fournit la preuve que tous les deux se trouvaient alors en France, ce qui achève de détruire la supposition qu'ils auraient hiverné en Canada.
32 ‘Afin que par vous monsieur Maistro Robert Legoupil..….. En tesmoing de co... avons signé ‘Je vingt unieme jour de juin, l'an de grâce mil cinq cens quarante quatre.” ! 21 juin 1544.
Etat de compte présenté par Cartier.
Ce document renferme deux pièces qui se tiennent : 1°. le compte avec détails et explications, et 2°, le vidimus de Legoupil. C'est dans le premier que Lescarbot a cru trouver l'indication d'un quatrième voyage de Cartier en Canada.
À la suite de cet écrivain, qui avait pu interroger les contemporains de Cartier, on a généralement admis ce quatrième voyage. La difficulté était d'en fixer la date. M. Ferland supposait qu'il avait eu lieu de l'automne 1543 au printemps 1544.
Notre confrère, M. Paul de Cazes, * atec beaucoup plus de vraisemblance, a pensé qu'il s'était accompli dans la saison ordinaire de ces lointaines expéditions, du printemps à l'automne 1543. Moi-même, m'appuyant sur les pièces n° 25 et 26, j'ai soutenu cette opinion devant la Société Royale. Mais M. ion des Longrais à mis en doute le voyage lui-même. L'hypothèse de M. Ferland ne peut en aucune manière être acceptée, parce que Jacques Cartier est présent à Saint-Malo le 17 février 1544°— nous venons de voir que Roberval était de retour le 11 septembre 1543 — : celle de M. de Cazes ne peut guère l'être non plus, parce que Cartier semble encore présent à Naint-Malo, quand on le croit sur l'Océan. Ecoutons M. des Longrais: ‘“ Le départ en avril on mai 1543, avec retour ‘“ en octobre ou novembre, aurait toutes les probabilités, si l'on n'était forcé, pour l’ad- “ mettre, d'éliminer une pièce qui semble accuser la présence de Jacques Cartier à Saint- ‘ Malo le 3 juillet 1548."
L'opinion d'un écrivain aussi éclairé, qui ne s’avance que preuves à la main, m'a forcé à examiner de nouveau et avec plus de soin le règlement de compte en question Il ne comporte pas la signification qu'on lui attribue depuis Lescarbot. Voici en effet ce que dit Cartier : ‘“ Et en ce qui est du tier navire mettrés pour dix sept mois qu'il a esté audict “ voiaige dudict Cartier, et pour huict mois ‘ qu'il a esté à retourner quérir ledict Rober- “ val audict Canada au péril de nauléaige que les autres deux, se (sic) seront deux mil “ cinq cents livres.” *
Il est simplement question du loyer d'un navire, qui a exécuté deux voyages. On mentionne la présence de Cartier dans le premier, on n'en parle pas dans le second, Quelle conclusion peut-on tirer de Jà pour affirmer qu'il aurait de nouveau traversé l'Océan à l’occasion de Roberval ? Aucune, il me semble, et tant mieux pour l'honneur de François Ier. Quand le découvreur du Canada parait pour la première fois dans l’histoire, il est chef et non subalterne: nous le voyons toujours à la tête des expéditions auxquelles il prend part. Son rôle, cette fois, aurait été réduit à celui d’un pilote vulgaire, sous les
| Ibid, p. 24.
* Mémoires de la Société Royale du Canada, 1884, sect. 1, p. 1. * Jacques Cartier, p.55. 4 Le nombre de mois ne se borne pas à la durée du voyage, mais doit se compter du jour que les personnes ou les navires étaient engagés.
ÿ Ramé, pp. 28, 29.
126 L'ABBÉ HOSPICEH VERREAU
ordres d’un simple lieutenant de Roberval. Sans doute, l’ingratitude attache presque toujours au nom de celui qui en est l’objet une auréolo qui est le couronnement d’autres gloires. Cependant, je le répète, je ne crois pas que Cartier ait eu cette épreuve à subir. C’est Senneterre qui a été chargé de toute l'expédition, et l'on vient de voir dans quels termes flatteurs. Ajoutons à cela la preuve qui résulte des registres examinés par M. des Longrais, et nous arriverons à la conclusion finale: Cartier n’a pas fait le quatrième voyage qu'on lui attribue.
Je passe maintenant à la seconde partie de ce mémoire. Les difficultés que nous présentait la date des années se trouvant éclaircies, il reste à examiner celles qui proviennent de l’indication inexacte des jours de la semaine, et du quantième du mois, ainsi que des fêtes de l'Eglise. Ces inexactitudes — en petit nombre, il est vrai — se rencontrent dans les voyages de Cartier, mais non dans les autres pièces énumérées plus haut. Nous allons done étudier les voyages en rapport avec le calendrier — calendrier civil d'abord, calendrier ecelésiastiqne ensuite. Le lecteur voudra bien se rappeler que si, dans le calendrier civil, le jour de la semaine et le quantième du mois se contrôlent l’un l’autre, c’est surtout à l'aide du calendrier perpétuel — si admirable de simplicité — placé en tête des livres liturgiques. La lettre dominicale étant donnée, on trouve immédiatement le jour de la semaine avec le quantième, et réciproquement. (Voir note E à la fin de ce mémoire.) Pour montrer la grande utilité de cette étude, je signalerai deux erreurs dont personne jusqu'à présent ne me semble avoir tenu compte.
La première rappelle la méprise où est tombée, il y a quelques années, une publication scientifique qui plaçait le mercredi des Cendres un vendredi, et le jour de Pâques un mardi. Cartier laisse le jour de Pâques au dimanche, il est vrai; mais il le recule au 24 mai. Parlant d'un ours blanc rencontré à l'ile aux Oiseaux, il ajoute : ‘ Le lendemain de “ Pâques qui estoit en May, voyageans vers la terre, nous le trouvasmes à moitié chemin, ‘ nageant vers icelle, ete.” !
Or, s’il y a une chose bien établie dans la science du calendrier, c’est que la fête de Pâques ne peut jamais arriver après le 25 avril, ni avant le 22 mars. Le 24 mai 1534 était le dimanche de la Pentecôte. Cartier, qui avait assisté aux solennités de Pâques à Saint-Malo, ne peut se tromper aussi étrangement. Au lieu du mot Pentecôte, plus ou moins abrégé, un copiste inattentif aura lu l’autre mot, tromp£ par la remarque — qui tombait en May — destinée à l’instruire. On peut se demander, il est vrai, pourquoi cette apparence de précision, puisque la Pentecôte arrive plus souvent dans le mois de mai que dans le mois de juin. Quoi qu'il en soit, Ramusio a traduit, à di seguente di Pasqua di Maggio, * et Hakluyt : and upon Whitsun Monday, soit que ce dernier ait fait la correction lui-même, soit qu'il ait puisé à une autre source que son devancier.
! Editions de Ternaux-Compan., de la Société lit. et hist. de Québec, et de Tross, 1865.
? En corrigeant les premières épreuves de ces pages, j'ai trouvé dans le dictionnaire itgien d'Alberti (Bassano, 1796) la définition suivante du mot Pasques : “ Giorno della resurrezione di Cristo: benche gli scrittori et l’uso “ abbiano allargata questa denominazione ad altre solennità.” D’après cela, Pasqua di Maggio peut avoir été chez les Italiens, comme Pâques aux roses chez nos ancêtres, une expression consacrée pour indiquer la Pentevôte. Je crois que nous avons là l'explication de la difficulté, et en même temps une nouvelle preuve que lédition de Raphaël du Petit- Val n’est qu'une retraduction de Ramugio.
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La Relation originale, publiée par M. Michelant,' évite l'erreur que je signale, mais elle tombe dans une autre peut-être plus ennuyeuse pour nous; du moins elle nous laisse incertains sur une date qui ne paraissait pas douteuse : l'ours blanc est rencontré “le lendemain qui est le jour de la Penthecouste.” Si cette phrase est la reproduction fidèle du texte, Cartier aurait quitté l'ile aux Oiseaux plus tôt qu'il n’est marqué dans les autres éditions, et il aurait pris trois jours pour se rendre à l'entrée du golfe des Châteaux?
La seconde erreur que le calendrier nous permet de constater — erreur répétée dans toutes les éditions —se rapporte à la date de la découverte de la baie des Chaleurs : “Jeudy, VIlle du mois... appareillasmes nos barques pour aller descouvrir ce golfe et “ courusmes en ce jour vingt cinq lieues en iceluy.”
En 1534, le 8 juillet indiqué dans le calendrier ecclésiastique par la lettre g tombait le mercredi. Il faudrait donc lire: “ Mercredi, le 8 juillet ” ou “ Jeudi, le 9 juillet.”
Ramusio n'a pas corrigé : “ Giovedi otto del detto mese.” Hakluyt dit simplement : “ Upon the 8th of the month.”