AVRIL
La glace couvre la rivière Saint-Charles, et environne les navires, Le scorbut se met dans l'équipage.
[Style romain]
Presque tout l'équipage, moins 10 hommes, en est attaqué,
Grand'messe célébrée dans la forêt. Cartier se fait pèlerin à Roc-amadour!,
Jusqu'à cette date, Cartier perd 25 hommes. Domaguya lui enseigne un remède,
15, Sumedi saint, Lau glace disparaît.
L'édition de Québec a imp:imé % jusqu'au dix-huitième jour d'avril," et Hakluyt: ‘from the “ midst of November until the midst of March."
Lis 21, Vendredi,
LT
16, Pâques, ler jour de 1536 pour
Cartier.
Domagaya, accompagné de sauvages étrangers, visite Cartier, annonce le retour de Donnacona.
Ce dernier revient de la chasse, accompagné d'un grand nombre d'autres sauvages étrangers.
Il devient assez difficile de suivre, jour par jour, ce qui se passe dans le camp de
Cartier et à Stadaconé.
vant.
«é Mai «6 «6 + (6 «e « «6
a une lacune évidente entre le samedi 22 et le vendredi suiel ne lacune évidente entre ] medi 22 et le vendredi sui
Cartier envoie examiner ce qui se passe à Stadaconé, I fait mander Taignoagny.
Taignoagny, maigré sa promesse, est deux jours Ë sans venir le trouver, Il se décide enfin à venir.
Mercredi. FÊre DE LA SAINTE Cartier plante une croix. Ilse saisit de Donna-
cona,
Cartier permet à l’agouhanna de parler à son peuple.
Les habitants de Stadaconé reviennent voir leur chef, et lui apportent des provisions.
Cartier sort de la rivière Sainte-Croix, et se rend au bas de l'île d'Orléans,
Il arrive à l’île aux Coudres; il y stationne jusqu'au 16.
L'édition de Québec met: ‘jusqu'au lundi, sixième dudit mois.” C'est une double erreur. Les manuscrits portent, dit-on, “jusqu’au lundi XVIe dudict mois.” Il y a encore là une erreur : le lundi tombait le 15. Cartier s'arrête jusqu’au 15 inclusivement, et part mardi, le 16, le lendemain de la visite des sauvages.
em tp
JACQUESECARTIER 138
os, ot envi- 16, Mardi, Cartier lève l'ancre et se rend à l'île aux Lièvres,
La tempête le force de revenir à l’île aux Coudres,
LL 21, Dimanche, Cartier reprend sa route, et gagne le passage de Honguedo, entre Antivcosti et Guspé,
se ? Lo lendemain, Il arrive à l'île de Brion,
Ici, encore, nous rencontrons une lacune.
ommes, en \ de 25, Jeudi, ASCENSION. Cartier gagne une île basse et sablonnouse, u
Lo Bref récit commet une erreur en disant : ‘Jeudi, 26 jour dudict moys, jour et feste do l'ascention (sic) nostre Seigneur,” L'Ascension, en 1536, tombait le 25 mai, L'édition de Québec est exacte ; Hakluyt, sans mentionner la fête, dit simplement: “On the 26th of the month.” L'orrour du Bref récit se continue au jour suivant; mais elle s'arrête à. La recension placée à lu fin du volume, n'indi-
Cartier se
mnmes. Do-
quant aucune variante dans les manuscrits, on doit conclure qu'ils ont aussi le 26. , L 26, VENDREDI. Il revient à l’île de Brion, Juin 1, Jeudi, Il nomme le cap de Lorraine et le cap Saint-
‘from the ae R UT t Paul. Suivant le texto imprimé, il serait ar-
rivé seulement à ce pr.
«6 4, Din. DE LA PENTECÔTE. Il aperçoit la côte de Terre-Neuve, Il nomme le havre du Saint-Esprit, étrangers, a 6, Mani, Il longe la côte jusqu'aux îles Saint-Pierre, Jonnacona. ‘4 1, Dim. N, BanNané, [Ls'y arrête jasqu'au 16, pagné d'un L 16, Vendredi. Il gagne le cup Raze, et entre dans le port de
angerx, Rognouse, [l fait les préparatifs du retour 4 19, Lunpt. Il se met en route pour traverser l'Océ n,
camp de | Le Û Juizzer @? Vendredi, Il rentre à Saint-Malo.
redi sui-
hsse à Sta- TROISIÈME VOYAGE, 1541.
23, Lundi.
Cartier part de Saint-Malo avec cinq navires.
eux jours “ 26, Jeudi, Ascension.
Juin AIT “ste Les vaisseaux, dispersés par la tempête, se réunissent à Quirpont.
e Donna- Aour 33, Mardi. Cartier arrive devant Québec. ie frite Il va reconnaître la rivière du cap Rouge. der à son sons ETTIE Il y conduit ses vaisseaux. . * 27, Jeudi. Il débarque son artillerie, et laisse deux vaisseaux voir leur : , au milieu du fleuve.
Fe SEPTEMBRE %, Vendredi. C'es deux vaisseaux retournent en France. « ‘credi tartior s , Û : n st se rond 7, Mercredi, Cartier se mot en route pour Iochelaga. à #1, Dimanche. Il arrive aux sauts de Lachine, met pied à terre , )
et monte le long du fleuve.
onne jus- Il repremd la route de Québec,
double F Il ya vement,
Le calendrier ecclésiastique est un élément précieux dans les études chronologiques comme celle-ci. L’indication d’une fête remplace quelquefois le quantième du mois, ou
le confirme d'abondance, Quelquelois aussi elle peut donner lieu à des discussions intéressantes, utiles à l'histoire civile autant qu'à l'histoire religieuse,
Cartier avait une foi vive : il mentionne souvent les fêtes de l'Eglise, soit pour rappeler qu'il a fait célébrer la messe par les prêtres qui l'accompagnaient, soit pour imposer aux endroits remarquables qu'il découvrait, le nom du saint ou du mystère honoré en ce jour.
Plusieurs noms cependant — nous le verrons plus loin — sont destinés à rappeler la patrie absente ou les souvenirs intimes de la famille,
Nous allons examiner successivement, en aussi peu de mots que possible, ces différentes indications,
1. Le 10 juin 1534, Cartier était au port de Brest : ‘‘ Le jour saint Barnabé, ..., nous allames .... oultre le dit hable."! La fête de S. Barnabé est célébrée le 11 juin.
2. Nous sommes en face d'un cap sur les côtes de Terre-Neuve : ‘ Et pour ce que s'es- “toait (sé) le jour de Monser saint Jehan, nommame le cap saint Jehan.” :
Tout le monde sait que cette fête tombe le 24 juin. En 1584 c'était un mercredi. 3. “ Le premier cap fut nommé le cap NS. Pierre, pour ce que le jour dudict sainet y ariuames.” *
C'est le 29 juin, un lundi.
4. ‘ Le quart jour dudict moys, jour saincet Martin rengeames ladite terre du Nord …… et la nouimames la couche sainet Martin.” ‘
I ne peut être question ici de la fête propre de N. Martin qui était une époque très importante pour nos ancêtres, parce qu'elle ramenait l'échéance des redevances seigneuriales et autres. Le 4 juillet, on célébrait le triple anniversaire de la consécration épiscopale du grand évêque de Tours, de la dédicace de sa basilique et de la translation de ses ossements.
5. “ Nous fusmes le jour de la Magdeleine o (avec) nos barques au lieu où [les sauva- “ ges] estoient sur l'orée de l'eau.” *
La fête de sainte Marie-Madeleine est célébrée le 22 juillet.
6. ‘‘ Le dit cap fut nommé le cap de K. Loys, pour [ce] que le dit jour estoit la fête “ dudit saint.” °
Ce passage nous présente une double difficulté, celle du quantième et celle de la fête.
D'après la Relation originale? nous sommes au mardi, 28 juillet, tandis que la première édition de M. Michelant * met le mercredi, c'est-à-dire le 29; c'est aussi la date dWnnée par Hakluyt et par Ramusio. L'édition de Québec * se contente de dire : “ deux “ jours après,” ce qui nous ferait remonter à lundi le 27.
Je crois que le 29 doit être mis de côté, d'abord à cause de la Relation originale, dont l'autorité, sans être absolue, l'emporte sur les autres; ensuite parce que le 29 était occupé par ia fête de saint Guillaume Pichon.
La Bretagne parait avoir eu un culte particulier pour ce saint, qui était un de ses
enfants ": dans quelques endroits bn jeunait la veille de la fête : le prénom de Guillaume l Rel. orig., p. 9. ? Ihid., p. 17.
% Ibid. p. 21. 4 Ibid. p. 28.
5 Ihid., p. 37. % Ibid., p. 44, T Ibid., p. 43. * Tross, 1865, p. 60.
* P,19, 10 Vie des Saints de la Bretagne Armorique, par le P. Albert Legrand,
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JACQUES CARTIER 138 revient très souvent, parmi les compagnons de Cartier, et parmi les bourgeois de Saint- Malo. On y a certainement honoré $, Guillaume le 29 juillet, jour fixé par le pape Innocent IV, dans la bulle de canonisation ; on en trouve la preuve dans le bréviaire du diocèse.' En 1535, Cartier, à pareil quantième, nomme Saint-Guillaume * un cap situé sur la côte nord du fleuve.
Quant à la difficulté que nous offre le nom de S. Louis, il est moins facile de la résoudre.
C'est le 25 août qui est assigné par Boniface VITE, à la fête du roi de France ; * mais une église particulière peut s'écarter de la règle générale et honorer certains saints à des jours qui lui sont propres, en vertu de privilèges où par suite de circonstances que la liturgie détermine, Tel a pu être le cas pour la fête de NS. Louis, dans le diocèse de Naint- Malo. Cartier peut aussi, comme pour S. Martin, faire allusion à une fête secondaire.
Quoi qu'il en soit, je ferai remarquer qu'à part la mention précédente, je n'ai rien trouvé qui justifie cette hypothèse,
Les traducteurs sont loin d'éclaircir la question ; ils semblent même avoir évité de traduire, Ramusio met simplement san/o AMuise et il est difficile de voir dans ce mot la forme vénitienne A/oysio, employée pour Luigi ou Ludovici. C'est plutôt le nom français Allouise transporté en italien. Hokluyt, de son côté, met Alvise.
Sans entrer dans la discussion étymologique de ces deux mots, ni chercher s'ils sont des formes populaires et locales du même nom — Louis — , je constate qu'on les rencontre tous les deux, le premier dans les comptes de Cartier” le second dans les Acta Sanctorum des Bollandistes et Acta sanctorum Belgit selecta. *
J'ajouterai enfin, pour ceux qui voudraient pousser plus loin les recherches, que la partie du manuscrit d'après lequel la Relation originale a été imprimée, est assez difficile à déchiffrer ? et il n'est pas impossible qu'on ait pris pour S. Louis le nom de tout autre saint. *
D'autres noms de saints, sans être donnés à la date exacte, y touchent de si près qu'il est impossible de s'y tromper.
1 Au moins dans l'édition de 1629.
# Bref récit, p. 7 recto.
% 11 paraît cependant qu’elle ne fut rendue obligatoire pour toute l'Eglise, et même pour toute la France, que par Grégoire XV. (Du Saussay, Martyrologium galticanum, t, 1, p. 552.)
* L'Eglise honore, le 19 juillet, un autre S. Louis, neveu du premier et évêque de Toulouse. Son culte — on le comprend — à toujours été moins répandu en France que celui de son oncle. .
# #11 detto capo fu chiamato capo di santo Aluise, perchioche in detto giorno era la sua festa.”
® Allouise Détiville, caution de Roberval, et sans doute Picard comme lui. Ramé, p. 26.
% Le vénérable Alvise, en latin Alvisus, évêque d'Arras, au 12e siècle, Cf. les Petits Bollandistes, Paris, 1888, t. 10, p. 526.
* Dans les cinq derniers feuillets (il y en a dix-sept en tout) “ l'écriture 8e lâche, les abréviations se multiplient, se compliquent, et la lecture, facile au début, devient sur la fin d'une difficulté extrème.” Préface, p. vr.
$ Par exemple, de $. Loup, connu sous les noms de Leu et Lop, évêque de Troyes au 5e siècle. Sa fête est marquée dans le martyrologe au 29 juillet. Le culte de ce grand saint devait être très répandu chez les Bretons à cause de ses vertus, et surtout à cause de la mission qu'il avait accomplie avec S, Germain, dans la Grande-Bretagne, pour détruire le pélagianisme. 11 n’est pas impossible de voir dans le nom de Montmorency, donné au cap voisin, une association d'idées locales : cap Saint-Leu, cap Montmorency. 11 y a dans la vallée de Montmorency, près de Paris, le joli village de Saint-Leu. Cartier paraît très enchanté du paysage qu’il a sous les yeux dans cette partie de l'ile d'Anticosti. Je donne cette hypothése pour ce qu’elle vaut; le découvreur avait encore une autre raison de rappeler le nom de Montmorency ; on le verra plus loin.
1. “ Le lendemain doziesme (jour de juin)... nous trouuames un bon hable qui fut “ nommé Saint Anthoine.” !
La fête du saint est marquée au 13 juin dans le martyrologe. Ce nom est le second imposé par Cartier : s’il rappelle le thaumaturge de Padoue, il fait en même temps penser à l’un des prêtres courageux dont nous voyons le nom dans le rôle de l'équipage.
2, “ Le lendemain, second jour de juillet ..... nous congneumes que c'estoit une baye …. Nous la noumasmes la baye Sainct Limaire.” [St-Lunaire]. ?
La fête de S. Lunaire — Leonarius — est marquée au ler juillet, mais elle pouvait être renvoyée au 2, à cause de l'octave de la fête de N. Jean-Baptiste, si chère aux Malouins. S. Lunaire était également honoré dans la Grande-Bretagne, sa patrie, et dans l’Armorique, théâtre de ses vertus.
Ici se termine à peu prés l'étude du calendrier ecclésiastique, suivi par Cartier dans le premier voyage ; mais il n’est peut-être pas inutile de poursuivre cette étude sous un autre point de vue, afin de mieux connaitre un homme qui fut plus qu'un marin ordinaire, plus qu'un gai compagnon, avide de plaisirs bruyants
Cartier évoquait des souvenirs de sa Bretagne quand il donnait aux lieux —havres, caps et rivières — les noms de $. Servan, K. Jacques, S. Julien, de Latte, des Colombiers, etc.
Le premier rappelait une paroisse située à quelque distance de Saint-Malo, et qui en forme aujourd'hui la partie la plus belle et la plus riche. $. Jacques avait plusieurs églises consacrées à son culte ; mais il est évident que Cartier voulait honorer son patron, en appelant de son nom une rivière belle et grande, où il pécha beaucoup de saumons. [l semble aussi avoir eu une dévotion particulière pour K. Julien, premier évêque du Mans. Ce vénérable thaumaturge était représenté dans un des vitraux peints qui ornaient la salle principale de la maison de Limoilon. Les Colombiers doivent répondre aux petites iles Colombiers situées à l'entrée de l’Arguenon, à l’ouest de Saint-Malo ; le promontoire, que les premières éditions appellent le cap de Lait, “ bien rogné par le bas et rond par le haut,” présentait sans doute à nos marins l'aspect du cap de Latte; qui s'élève à quelque distance des Colombiers.
Cartier n'avait garde d'oublier ce qu'il devait au roi de France. Un premier cap est nommé le cap Royal; un autre, le cap du Dauphin, ‘“ pour ce que c’est le commencement des bonnes terres ; ” un troisième, le cap d'Orléans, “ cap de terre moult beau,” dit Cartier.
Le dauphin était le duc François, qui devait mourir bientôt; ‘ son frère Henri n'était encore que duc d'Orléans ; devenu duc de Bretagne par la mort de son ainé, il donna à Cartier les lettres d'attache indiquées au n°8,
A l'amiral, son protecteur, il dédie une ile, l'ile de Brion, et un cap au connétable de France, Anne de Montmorency.’
1 Rel. orig, p. 10.
* Ibid., p.25. Le texte porte Limaire ; soit mauvaise lerture, soit faute d'impression : l'erreur est si évidente qu’il est inutile de s'y arrûter.
# J1 paraît qu’en celtique laës signifie élevé ; mais les traducteurs de Ramusio lisant capo del Latte nous ont donné, the cape of Milk, comme Hakluyt, et le cap de laict, comme R. de Petit-Val. Ce n’est pas la soule fois malheureusement qu'un nom géographique a été complètement changé, grâce à la trahison des traducteurs.
‘ En 1536.
* Montmorency et Chabot avaient été élevé avec François Ier au chateau d’Amboise, Leur vieille amitié allait bientôt se changer en haine.
able qui fut
st le second mps penser ve.
it une baye
pouvait être x Malouins.
s l’Armori-
tier dans le us un autre n ordinaire,
x—havres, des Colom-
nt-Malo, et
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peints qui it répondre nt-Malo ; le ar le bas et qui s'élève
nier cap est mencement dit Cartier.
fenri n'était
il donna à
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st si évidente Latte nous ont soule fois mal-
1rs.
e amitié allait
Le marin, qui nous paraît froid et impassible au milieu des tempêtes, se montre aussi sensible aux souvenirs de la famille qu'à ceux de la patrie.
C'est à son épouse! qu'il pense quand il s’agit de désigner la première des terres innommées qu'il rencontre à l'entrée du golfe.
Le nom de Granges donné à certaines montagnes de la côte ouest de Terre-Neuve peut aussi bien être destiné à honorer son beau-père qu'à rappeler une forme plus ou moins certaine, et je crois qu’on retrouve le souvenir de sa belle-sœur Alison des Granges dans le nom d'Alezay imposé à une ile, nom que je ne trouve nulle part ailleurs qu'ici” D'Alizon on a pu aisément faire A/ezay, grâce surtout à la forme particulière de l’# final dans l'écriture de cette époque.
LE
Le second voyage fournit pour le calendrier ecclésiastique beaucoup moins de dates que le premier.
Nous rencontrons d'abord celle du 28 juillet, dont nous nous sommes occupés plus haut.
1. “ Appareillasmes ...... le vingt neufiesme jour dudict moys (de juillet) .….. mismes “ voyles bas, le travers de deux ysles .….. .que nous nommasmes les ysles Nainet Guil- “Jaume.” *
2, “Le lendemain penultime jour dudict moys feismes courir à l'ouaist pour avoir “ congnoissance d'autres ysles nous les nommasmes les ysles Saincte Marthe.”
La fôte de sainte Marthe tombe aussi le 29 de juillet ; mais en Bretagne, elle pouvait avoir cédé le pas à celle de S. Cuillaume, pour les raisons que j'ai indiquées plus haut. Un ancien martyrologe * l'indique au 30 juillet.
3. ‘* Depuis ledict jour jusques à l'orloge vyrente feismes courir environ quinze lieues “Je travers d'un cap d'ysles basses que nous nommasmes les ysles Germain.”
S. Germain d'Auxerre était l'illustre compagnon de K. Loup et avait travaillé avec lui à la destruction du pélagianisme dans la Grande-Bretagne. Non nom est inscrit dans le martyrologe au 31 juillet: cette date justifie le choix de Cartier, puisqu'il découvrit les iles peu après minuit, du 50 au 31 juillet.
4. Le nom de SK. Nicolas ne parait pas se rattacher à une date précise, ? Cartier, en le rappelant comme ceux de NS. Julien et de K. Lunaire, obéissait à un sentiment de dévotion répandu dans la Bretagne, Une église dédiée au thaumaturge de Myre, à Montfort, dans le diocèse de Saint-Malo, était très célebre par un fait étrange qui s'y accomplissait tous les ans, s'il faut en croire la légende, et dont Cartier lui-même avait pu être témoin. *
5. I n'est pas nécessaire de mentionner les fêtes de S. Laurent et de l'Assomption, dont les dates sont assez connues,
! Catherine des Granges, qu'il avait éponsée en 1520, selon M, Joûüon des Longrais.
: Une commune de Louviers s'appelle Alisay,
? Bref récit, p. 7, recto.
‘ Ibid.
* Usuard, manuscrit des Chartreux d'Utrecht, cité par les Bollandistes, tom, 7 julii, ad, 50,
6 Bref récit, p. 7, verso,
? La fête (dics natalis) de S. Nicolas est marquée au 6 décembre; celle de la translation de ses reliques à Bari se faisait le 9 mai dans le diocèse de Saint-Malo,
S Cfr, Hist. miraculeuse de la canne de Montfort, dans Vie des S$. de Bretagne, par Albert Legrand, p. 831.
Sec, I, 1890. 18.
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me
6. Plus tard, parlant de trois iles situées à la rive sud du fleuve, “nous les nommas- “ mes, dit Cartier, les ysleaux sainct Jehan, parce que nous y entrasmes le jour de la decol- “ Jation dudict sainct.” !
C’est le 29 août.
7. “ Le septiesme jour dudict moys jour nostre dame apres avoir ony la messe, nous “ partismes de Ja dite ysle.” *
Ce passage, qui a embarrassé bien des lecteurs et trompé nos meilleurs historiens, nous fournit un exemple du soin avec lequel il faut contrôler les autorités — mème les plus grandes — quand on veut arriver à l'exactitude.
Pourquoi Cartier at-il célébré la nativité de la Sainte Vierge le 7 septembre, au lieu du 8, comine nous faisons avec toute l'Eglise ?
M. Faillon, dans une note, * nous dit: “ Le savant pape Benoit XIV fait remarquer “ que la fête de la nativité de Marie n'a pas toujours été célébrée le 8 septembre ; et en “effet, on la trouve marquée au 7 de ce mois dans plusieurs anciens martyrologes auxquels on se conformait encore en Bretagne au temps de Jacques Cartier.”
Malgré une affirmation aussi positive, j'ai voulu vérifier les preuves. Pour cela, j'ai été obligé de faire de longues et de nombreuses recherches, et de passer un temps considérable à fouiller plusieurs bibliothèques. Comme il est inutile de discuter la question ici, je renvoie le lecteur à la note E : il me suffira de dire que la conclusion de toute cette étude est que nous sommes en présence ou d'une omission ou d’une faute d'impression, parce que la fête de la nativité de la sainte Vierge était célébrée à Saint-Malo, comme partout ailleurs, le 8 septembre.
D'après Ramusio et d'après Hakluyt, qui l'a suivi, le quantième est exact: c’est la vigile de la fête et non la fête qui a été indiquée par Cartier.
I n'y a, ni dans le Bref rérit, ni dans les manuscrits examinés par M. Michelant, rien qui fasse croire à l'omission des mots veille ou vigile. Au contraire, l'audition de la messe, mentionnée ici, comme chaque fois qu'il s'agit d'une fête chômée, fait voir que Cartier quittait l'ile aux Coudres le jour même de la nativité de la Sainte Vierge, c'est-à-dire le 8 septembre, et qu'il y a erreur dans le texte original.
8. “ Nous nommasmes ledict lieu Saincte Croix, parce que le dict jour y arrivasmes, *
C’est le 14 septembre, comme tout le monde sait, et comme Cartier le dit plus loin.
Quant aux noms de K, Paul et de K, Pierre, donnés l'un le 1er juin et l'ontre le 4 juin, il est difficile de dire s'ils se rapportent à quelque date religieuse, et même s'ils rappellent le souvenir des deux grands apôtres. A Naint-Méen, diocèse de Saint-Malo, on célébrait, le 4 juin, la fête de K. Petrock avec solennité et octave.
kX
Je résume,-pour les mettre sous les yeux du lecteur, les résultats où nous ont conduits les notes précédentes.
Bref récit, p. HN, recto,
? Ibid, p. 12, verso.
% Hist, de la col, frane., t, 1, p 13.
“I settimo giorno di detto mese, la vigilia della Madona, dopo udita la messa, (Ramusio) : on the eve, (Haklurc.) 5 Bref récit, p. 14, recto,
les nommasr de la decol-
messe, nous
8 historiens, — même les
abre, au lieu
{ remarquer mbre ; et en res auxquels
our cela, j'ai mps considéquestion ici, e cette étude )n, parce que partout ail-
act: c’est la
chelant, rien de la messe, r que Cartier st-à-dire le 8
arrivasmes, * plus loin.
tre le 4 juin, Is rappellent célébrait, le
ont conduits
eve, (Haklur)
Fe
1°. 11 faut tenir compte du commencement de l'année pour mettre dans l’ordre chronologique les documents officiels qui concernent Cartier. Ces pièces doivent être étudices
avec plus de soin qu'on n’a fait jusqu’ présent ;
2°. Après le deuxième voyage, François Ier, songe encore à poursuivre les découvertes, et il en charge Cartier de nouveau ;
8°. Le roi parait ensuite renoncer à ce projet pour établir une colonie ; Cartier est mis de côté, et l’entreprise est confiée à Roberval ;
4. Les documents espagnols nous aident à comprendre le silence gardé en France sur les premiers voyages de Cartier, et nous expliquent pourquoi les Portugais avaient dirigé leurs découvertes vers le nord ;
5°. Cartier n'a pas fait le quatrième voyage qu'on lui attribue ;
6°. Les deux premiers voyages ‘contiennent certaines erreurs de quantième plus ou moins importantes ;
7”. Enfin, comme dernière conclusion, il faut admettre que la figure de Cartier gagne à être vue de près et étudiée en détail.
Elle rappelle ces statues antiques dont l'aspect général nous frappe par la correction des lignes plus que par la majesté de la forme. Ni l'on approche, la vie semble les transformer et leur donner une grandeur qui échappait aux premiers regards.
kyX
Cartier a-t-il compris toute l'importance de ses découvertes ? at-il prévu l'influence qu'elles auraient sur la puissance de la France et sur l'équilibre européen? Il est permis d'en douter. Nous-mêmes, qui en voyons le développement, nous ne faisons pour ainsi dire que commencer à en saisir les conséquences. Cependant, certains passages de son épitre à François Ier nous indiquent qu'il avait comme un pressentiment du rôle civilisateur que la France exerccrait dans cette partie du nouveau monde; et quelques années plus tard, un poète qui voulait illustrer, selon l'usage du temps, l'édition du premier voyage, ne craignait pas de dire :
O quels remparts je vois et quelles tours s'élever !
Quels fleuves à fons d’or dé nouveaux murs laver !
Quels royaumes s'enfler d’honorables conquestes !
Quels lauriers ombrager de généreuses tesies !
Ce langage devait paraitre aussi insensé que les vers sont détestables : pourtant chacun d'eux renferme une prophétie dont il ser/it facile d'indiquer aujourd'hui Paccomplissement.
NoTE A.
En Angleterre, au moins dans une partie du royaume, on suivait le style florentin ; mais on dirait que certains annalistes ont voulu augmenter les difficultés chronologiques: les uns, comme Nicolas Trevet, ont adopté le style romain; d'autres, comme Adam de Murimuth, ont fait commencer leurs années à la Saint-Michel; d'autres, enfin, comme Walter de Hemingburgh, ont admis les dites des différents styles, sans so soucier des embarras du lecteur. Ta double réforme du calendrier à eu lieu assez tard en Angleterre: c'est encore un fait qu'on ne doit pas oublier quand on étudie l'histoire des colonies anglaises parallèlement avec la nôtre. Il est vrai que la plupart des historiens ont exécuté
la correction des années; mais ils n’ont pas toujours tenu compte du retard des quantièmes de l’ancien style sur le style grégorien, Pourtant, il y a à encore une source d'erreurs. Comparez, par exemple, les dates de l'expédition de M. de Courcelle contre les Iroquois dans la Zelation de 1666, ot dans Documents relating to the history of the State of New York, t. 3, p. 118.
I n'est pas inutile d'ajouter que l'Angleterre renonça de la meilleure grâce au système suranné de son calendrier, malgré les préjugés religieux qu'on aurait pu soulever en cette occasion; mais ce fat presque deux siècles (en 1751) après la réforme opérée par Charles IX. A lord Chesterfield revient l'honneur d'avoir proposé cette mesure, en dépit des craintes du due de Newcastle, chef du gouvernement, et de l'avoir menée à bonne tin. Je ne puis résister au plaisir de citer une partie de la lettre où le noble lord rend compte à son fils de la séance du Parlement où sa mesure fut adoptée :
“ T determined to attempt the reformation ; [ consulted the ablest luwyers and the most skilful “ astronomers, and we cooked up a Bill for that purpose. But then my difficulty began; I was to bring in this Bill, which was necessarily composed of law jargon and astronomical calculations, to “ both which Lam an utter stranger, However, it was absolutely necessary to make the House of
Lords think that [knew someting of the matter; and also make them believe that they knew some-
“thing of it themselves, which they do not. For my own part, [could just as soon huve talked Celtic £ À 3 , J
or Slavonian to them, as astronomy, and they woald have understood me full as well ; so T resolved
to do better than speak to the purpose, and to please instead of informing them. LE gave them, ‘therefore, only an historical account of ealendurs from the Egyptian down to the Gregorian, amusing now and then with little episodes; but was particularly attentive to the choice of my words, to the harmony and roundness of my periods, to my elocution, to my action. This succeeded, and ever will succeed ; they thought Lintormed, because L pleased them; and many of them said that | had made the whole very clear to them ; when, God knows, E had not even attempted it. Lord Macelesfield, who had the greatest share in forming the Bill, and who is one of the greatest mathe-
maticians and astronomers in Europe, spoke afterwards with infinite knowledge, and all the elearness that so intricate a matter would admit of; but as his words, his periods, and his utterance, ‘ were not near so good as mine, the preference was most unanimously, though most unjustly, given to me. —Chesterjiell's Letters, vol, 3, lett. 215.
NoTE B.
On m'a demandé d'indiquer un moyen facile de trouver la date de Pâques pour une année quelconque avant la réforme grégorienne, parce que les ouvrages spéciaux sur le sujet ne sont accessibles qu'à un petit nombre de personnes, !
En me rendant à ce désir, je ferai observer qu'il est impossible d'entrer ici dans des explications scientifiques, On ne peut présenter qu'une espèce de procédé empirique, qui a le mérite, au moins, d'être peu compliqué.
Lau date de Pâques se calcule en fonction du cyele solaire et du cycle lunaire, * partant du fait que l'année de la naissance de Notre$eigneur, dans l'ère dionysienne, s'est rencontrée la neuvième du cycle solaire, et la premiére du cycle lunaire,
1°, Il faut d'abord trouver quel rang l'année donnée occupe dans chacun de ces deux cycles,
! La collection des Manuels-Roret renferme, paraît-il, un traité à la fois complet et simple, intitulé : Théorie du
calendrier et collection de tous les calendriers des unmées passées et futures. 1 y a en anglais, un ouvrage non moins simple et non moins complet : The book of Almanacs with an Index of References... compiled by A, de Morgan. Sec. R. AS. 1 OC P.S., London, 1851, in-12 oblong de 90 pages. Je dois communication de ce dernier volume à l'obligeance de M. S. E. Dawson, LD. Je m'en suis servi pour vérifier l'exactitude de mes dates.
J'indique ces deux ouvrages parce qu'ils sont encore dans le commerce et qu'ils sont d’un prix assez minime.
? Ilest inutile d'ajouter que le premier est de 28 ans, et le second de 19,
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stème suranné asion ; mais ce erfield revient ‘du gouvernetie de la lettre ptée :
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Pour le premier, on ajoute 9 au millésime, et l'on divise la somme par 28, Pour le second, on ajoute 1, et l'on divise par 19. Le resto, dans chaque opération, indique le rang cherché. Quand le reste est 0, on le compte 19 pour le besoin de la table de Pâques, qu'on verra plus loin.
Prenons pour exemple l'année du premier voyage de Cartier :
Jette année est donc la 3e du cyclo solaire et la 15e du cyele lunaire.
Le nombre 15, reste de la seconde opération, s'appelle le nombre d'or.
2°, Ensuite, il faut chercher la lettre dominicale.
L'Eglise a emprunté des Romains l'usage de désigner les jours de la semaine par les premières lettres de l'alphabet: ces lettres se succèdent dans un ordre rigoureux et toujours le même pour les dates do chaque mois. Ainsi a correspond au 1 janvier, b au second, ete., jusqu'à g qui tombe le 7; puis la série recommenco avec le 8 janvier, avec le 15, le 22, le 29, etc., ete. Dans les années bissextiles, la lette f, qui tombe le 24 février, se répète le 25 et la suite des lettres est changée pour les trois jours suivants, mais février se termine toujours par e, et lo premier mars correspond toujours à 4. La lettre qui tombe le premier dimanche de janvier est la lettre dominicale, et elle détermine les lettres des autres jours de la semaine. Elle rétrograde d'un degré en passant d'une année à l’autre, puisqu'il ya un jour de plus que les 52 semaines; elle varie encore d'un autre degré, les années bissextiles, à partir du 25 février,
La table suivante donne la lettre dominicale pour chacune des 28 années du cycle solaire, à l'aide du nombre qui indique le rang de l’année dans le cycle,
1 gf 8 e | 15 e 22 a 2 e 9 de 16 b 23 g 3 d 10 b 17 ag 24 f t ce 11 a 18 f 25 ed 5 ba 12 g 19 e 26 c 6 g 15 fe | 20 d 27 b 7 f 14 d 21 cb 28 ou o a
La lettre dominicale de 1534 sera 4 placée à côté de 3, On comprend que les années suivantes 1585, 36, etc., devront avoir €, b, «, ete., pour lettres dominicales, parce que le rang de chaque année augmente successivement de l'unité,
16 8°, Entin, la lettre dominicale et le nombre d'or sont les éléments | ——| immédiats qui, combinés dans la table ci-contre,' donnent la date de Pâques 5 d 28 Mars, | de l'année proposée. Pour cela, on cherche dans la première colonne le DE jé 48 nombre d'or fourni par le second calcul, à l'aide du cycle lunaire, passant 13 f 24 à la seconde colonne, on descend jusqu'à la roncontre do la lettre domini- | | ——————| cale, déterminée à l’aide de la table précédente ; sur la même ligne hori- ’ ; 2 g 25 4 \] Re LE 26 zontale, en face de la lettre, se trouve la date cherchée, En 1534, le nom- PAL)
bre d'or, où le rang de l'année dans le cycle lunaire, est 15; la lettre dominicale 4 : elle correspond au 5 avril, date de Pâques.
, 28 : Et k F :
18 d on | Il peut arriver que la lettre dominicale soit sur la même ligne que le Le [e PA: | ï : à ‘ A4 4 7 é 3 nombre d'or : dans ce cas, il faut la laisser de côté, et descendre dans la | f 3 | colonne jusqu'à ce qu'on la trouve une seconde fois, Ainsi en 1536, le jusq D | & LS Avril. nombre d'or est 17, et la lettre dominicale a ; mais, comme elle est vis-à-vis { 4 | a 2 dr , à : :
b : 17, on ne s'y arrête pas, et l'on va chercher la prochaine rencontre, qui | | 12 c 4 correspond au 16 avril, date de Pâques, 4 1 | d 5 | Pour résumer cette note, tout en restant dans l'époque cartiérienne, 4 | 9 | f ' soit proposé de trouver la date de Pâques en 1542. 4 | | g 8 1°. Le rang de l'année dans le cicle solaire (1517+9 —55X28+11 4 17 |.& 1] est 11 # 4 : 4 6 | b 10 2°. La lettre dominicale qui y correspond dans la table est «a. É : 1] | 154241 J 14 | d 12 | 3°. Le nombre d'or est 4, ( © 19 -=S1X 1944) =
Date de Pâques, 9 avril.
Norre C.