‹ Jacques Cartier: questions de droit public, de législation et d'usages maritimes [microforme]Chapitre 4 sur 5 · L'ABBÉ HOSPICE VERREAU · texte numérisé non relu

L'ABBÉ HOSPICE VERREAU

Une autre question de droit international se présente à l'esprit de celui qui étudie les essais de colonisation de François EL De quel droit venait-il s'emparer du sol occupé par des nations réputées barbares, il est vrai, mais qui n'étaient pas sans une certaine civilisation ?

Ni l'on examine la question au point de vue des sauvages, ln discusion ne saurait être bien longue.

Quoique ces peuples eussent un territoire, ce territoire n'avait point de bornes précises et fixes. On peut dire que chez eux, c'était le droit du plus fort qui dominait. De méme qu'ils attaquaient souvent leurs voisins sans provocation, ils reconnaissaient qu'ils pouvaient être attaqués à leur tour, au moment où ils y pensaient le moins. La terre appartenait à celui quisavait la garder, Ils n'auraient en, sous ce rapport, aucun reproche à faire aux Français. Cependant nous verrons plus loin que François If a voulu respecter la propriété, même chez ceux qui n'en reconnassaient pas.

Mais il faut avouer qu'à cette époque, personne — pas plus les Espagnols que les Portusais, pas plus François 1% que Henri VIT d'Angleterre — n'admettait chez ces malheureux peuples le droit à l'autonomie et à l'indépendance : leur état de barbarie justifiait ceux qui voulaient les amener à la civilisation, même par la force des armes.

Telle était l'opinion soutenue par les écrivains les plus autorisés, entre autres par Vittoria, opinion dont on trouve des reflets dans les écrits de Grotius: les souverains, ne dépendant de personne, avaient le droit d'empêcher la violation du droit de la nature et des gens, et par là, ils étaient jastifiables d'employer la force des armes pour soumettre à leur puissance les peuples qui se rendaient coupables de cette double faute.

Cependant de tous les princes qui songèrent à étendre leurs domaines par des découvertes ot des conquétes dans le nouveau monde, François Fest celui qui semble avoir montré le plus de respect pour les indigenes et de modération dans ses projets. Les lettres patentes accordées à Cartier ou à Roberval, en sont la moilleure preuve, et cette preuve ressort encore plus éclatante quand on compare ces lettres à la commission donnée aux Cabot par Henri VIL

Le roi d'Angleterre ne parait avoir eu d'autre motif que de s'agrandir. Du premier coup, 11 concède à ses pilotes le droit d'arborer ses bannières dans chaque ville, cité ou camp qu'ils pourront découvrir, habités par des payens ou des infidèles ; il les constitue les vassaux de sa couronne, avec obligation de payer le cinquième des prolits réalisés.

Nous ne trouvons rien d'aussi radical dans les commissions de Cartier qui nous sont parvenues. François [ne parait songer d'abord qu'à faire découvrir et explorer les terres inconnues jusque-là. C’est au moins ce qui ressort de la complainte et doléance de Cartier devant la cour de Saint-Malo.

Puis, quand il a quelque connaissance du pays et des hommes qui les habitent, frappé des bonnes qualités de ceux-ci, il songe à les civiliser. Mais qu'on mette de côté, si l’on

nore d'Autriche, veuve de D. Manoel. IT parait que cette reine, aussi digne que pieuse, fut estimée et respectée de son nouvel époux, sur qui elle exerçait une certaine influence politique, Elle n’a peut-être pas été étrangère à la persistance que François Ier mit dans ses projets de découvertes. Cependant, la plupart des historiens français semblent ignorer son existence dans leur pays, et Isambert va méme jusqu’à dire que le mariage ne fut pas conclu.

(Recueil général des ancicunes lois françaises, Paris, 1823, t 12, p. 254, note.)

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