‹ Jacques Cartier, sa vie et ses voyages [microforme]Chapitre 8 sur 41 · CHAPITRE I AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE I AVANT-PROPOS

Remarques préliminaires.—Premiers voyages en Amérique. —Comptes-rendus scandinaves.—Biarne.—Leif Eriksen. —Helluland.—Markland.—Vinland.—"Traditions basques. — Les Cabots. —-Gaspar Corte-Real.—Jean Denys.—Thomas Aubert.—Le baron de Léry.—Conquêtes des Espagnols.— Réveil de l'esprit français pour les découvertes maritimes. — Verrazzano.—Doutes sur l'authenticité de sa lettre.— Jacques Cartier.

ANS son admirable étude sur lord Clive, Macaulay

s'étonne que, tandis que l’histoire des conquêtes {0 des Espagnols en Amérique est familière au plus grand nombre des lecteurs, on soit si peu renseigné en Angleterre, même parmi la classe instruite, sur les pro: diges de valeur qu'ont accomplis les Anglais dans la conquête de l'Inde ; et c’est avec raison, suivant nous, qu'il attribue cette étrange anomalie à la disparité entre les historiens de ces deux grands évènements. Il est impossible de lire les ouvrages de Prescott, sans s'attacher vivement à son récit des conquêtes de Cortez ou de Pizarre. Au contraire, les historiens des victoires anglaises dans l'Orient pêchent par une lourdeur de style qui ne peut que dégouter le lecteur ordinaire. Lord Macaulay lui-même a certainement contribué à faire naître le goût pour l'étude des affaires d’orient, mais si l'éminent historien vivait encore, nous pourrions lui signaler un contraste bien plus

frappant que celui que lui suggérait l'ignorance, parmi la classe moyenne, en Angleterre, des événements et des peuples de l'Inde. Nous voulons parler ici du peu de renseignements que les Canadiens et surtout les Canadiens anglais possèdent sur la période de notre histoire qui précède l'épopée de Wolfe et de Montcalm.

Le Canadien qui sait à peine comment et par qui le pays qu’il habite a été racheté de la barbaie et du paganisme, est bien moins excusable que ne l'était l’ouvrier anglais, au temps de Lord Macaulay, qui aurait trouvé difficile de dire le nom du vainqueur à la bataille de Buxar, ou si le Surajah Dowlah régnait sur l'Oude ou sur le Travancore. Car il ne faut pas oublier qu'avant l’ère de la vapeur et de l'électricité, l’Inde était considérée comme un pays qu'habitait, aux extrémités du globe, une race étrange, dont on connaissait peu de chose et que l’on comprenait encore moins. Bien plus, des mois s’écoulaient avant que le peuple anglais apprit le résultat des batailles livrées dans l’Hindoustan, les noms des royaumes perdus ou conquis; et pour le public en général le récit d'événements qui datent de six mois est rarement de nature à provoquer beaucoup d'intérêt. Ilest donc facile de s'expliquer comment le public anglais n’attacha qu'une importance bien secondaire aux affaires de l’orient lointain jusqu'à ce que les indicibles horreurs de la révolte des Sepoys vinrent le tirer de son apathie.

Mais comment expliquer l'indifférence de la grande majorité des Canadiens pour les origines de l’histoire de leur pays? Car nous avons réellement une histoire, une épopée remplie d’actions d'éclat, de brillants faits d'armes et de dévouements héroïques qui se sont accomplis, non pas à des milliers de lieues au delà des mers, mais sur le sol même

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que nous foulons aux pieds. A peine peut-il s'écouler un jour sans que les citoyens de Québec ou de Montréal jettent les yeux sur des monuments ou des sites rendus à jamais mémorables par la piété ou le dévouement de leurs ancêtres : sites auxquels se rattache, pour eux, la mémoire de morts illustres, mais qui sont dénués d'intérêt pour les touristes de passage chez lesquels ils ne réveillent aucun souvenir et pour lesquels ils sont sans histoire.

Grâce au dévouement infatigable d’un certain nombre de nos hommes de lettres, cet état de choses s’est bien amélioré depuis quelques années ; cependant, malgré les efforts de Mr LeMoine et de quelques autres écrivains pour populariser le récit de la fondation de la colonie française en Canada, (sans mentionner Frs Parkman qui a le talent tout spécial d’orner la narration de faits historiques du charme d’un style très poétique,) nous croyons pouvoir dire que sur cent personnes prises au hasard, en Canada, il pourrait à peine s’en trouver une seule en état de donner, sur-le-champ, le nom du général anglais qui disputa à Champlain la possession de Québec, de nommer le fondateur de Montréal, de dire ce qu’il faut entendre par la conspiration de Pontiac, ou quel fut celui qui le premier annonça l'Evangile sur les bords du lac Huron?

L'histoire de la découverte et de l’occupation du Canada par les Français est, comme nous l’avons dit, très mouvementée. Les conquêtes des Espagnols en Amérique peuvent fournir de plus brillants faits d'armes, mais l:s annales de la Nouvelle-France ne sont point assombries par ces horribles récits où la cruauté et l’avarice ont terni à jamais la gloire des armes de l'Espagne. Les Conguis/adores Espagnols du 16e siécle (à quelques exceptions près) étaient

dévorés par la soif de l'or; toutes leurs actions furent subordonnées à cette misérable pasion. Et pour arriver à leur but, il ne leur en coûta rien de sacrifier ce qu’il y a de plus cher à l'homme d'honneur ; aussi l’histoire de leur passage dans le Nouveau-Monde n'est que trop souvent caractérisée par la perfidie et l'intrigue.

La conduite des Pionniers de la France dans le Nouveau- Monde fut bien différente. Sans compter la passion des aventures ét la noble ambition d'étendre au loin la domination du Roi, dont tous les explorateurs à cette époque étaient animés, il y eût toujours chez eux un ardent désir de porter la connaissance de la foi chrétienne jusque dans les profondeurs inexplorées des forêts de l’ouest. Ils avaient à cœur de communiquer la grâce des sacrements aux sauvages grossiers qu’ils rencontraient et de remplacer les abominations du paganisme par les cérémonies sublimes de la religion catholique.

La persévérance inébranlable, la parfaite abnégation, le courage et le dévouement héroïques dont ont fait preuve les missionnaires jésuites au Canada, dans la prédication de l'évangile aux Sauvages, s'imposent à l'admiration de ceux qui étudient l’histoire de leurs travaux ; et tant que vivra la nation canadienne, les noms de Isaac Jogues, de Charles Garnier, de Jean de Brébeuf, de Gabriel Lalemant et de leurs compagnons seront véuérés, surtout parmi ceux qui professent la foi pour laquelle ces illustres serviteurs de Dieu, après de nombreuses années de misères et d'épreuves, sans aucun espoir des récompenses d’ici-bas, se dévouèrent à la mort la plus cruelle.

Mais tout en rendant justice à ces hommes de dévouement, personnifications de l'esprit évangélique dans sa

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