ACTE DEUXIEME
LOUISE
Heureusement vous souriez, parrain, sans quoi je croirais que vous vous moquez un peu de moi.
CERNOL.
Que veux-tu! J’ai beau faire : quand je le regarde et que je songe à ce dont il s'agit, je ne puis m’empêcher de rire... Estu comme moi, Albert ? Est-ce que tu parviens, toi, à te mettre dans la tête que ce bambin qui me grimpait aux jambes, soit devenu une demoiselle? Te l’imagines-tu sans sa poupée et sans cette formidable tartine, qu’elle posait gravement, du côté des confitures! sur tous les meubles du salon?... Cependant, mon ami, il faut en prendre son parti, car voilà ce grave personnage qui est sur le point de m’être demandé en mariage.
ALBERT, Irès-Tiyement.
Louise ?
CERNOL.
Pourquoi pas ?
LOUISE
Qpelle idée !
^ CERNOL.
Eh ! eh ! l’idée n’est pas déjà si sotte ! et je tiens que celui qui croirait y risquer une folie, aurait mieux à faire, ensuite, que de s’en repentir !
LOUISE, finement.
Ne jurons de rien !
Laisse-moi donc tranquille : tu es la meilleure âme du monde !
i2 JACQUES CERNOL
LOUISE
Ce n'est pas à moi de vous contredire là-dessus, mon parrain. D’ailleurs, avant que d’en savoir exactement le fin mot, nous avons le temps de nous préparer.
CERNOL.
Le temps? pas du tout : toute affaire cessante, au contraire, car il est probable qu’aujourd’hui ce sera chose faite.
LOUISE
Aujourd’hui... (Riani.) Mais alors, parrain, il y a péril en la demeure.
CERNOL.
Péril, pour qui ?
LOUISE
Ah ! pas pour moi, certainement.
CERNOL.
Parce que ?
LOUISE
Je ne tiens pas à me marier.
CERNOL.
Oui, oui !... on sait ce que parler veut dire et je parie qu’en nommant la personne qui...
LOUISE
Gardez-vous-en bien, mon parrain. Il n’y a nulle arrièrepensée de ma part, je vous répète que je ne tiens pas à me marier.