‹ Jacques Cernol comedie en trois actesChapitre 35 sur 51 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

vent... U y avait une jeune fille près de vous, vousaurez éteint son insouciante gaieté, en lui donnant le spectacle des plus laides choses... Moi, enfin, moi qui ne vous ai rien fait, vous m’aurez mis delà honte plein le cœur. Et quand l’intrigue est découverte, quand vous vous rendez compte peut-être du mal que vous avez fait à des innocents, il ne vous viendra, pour y remédier, s’il est possible, il ne vous viendra que la vulgaire pensée du suicide?

AMÉLIE, accablée.

Ah!

ALBERT, amer.

C’est logique! Pour vous qui, en somme, n’êtes peut-être qu’une dupe de plus d’un idéalisme faux, écœurant et stupide, il y a dans cette mort une sorte de poésie lamentable qui, à vos yeux, vous vaudrait le piédestal du martyre et vous donnerait le ban8l courage de vous tuer!... Eh bien, après? ceux que vous avez déshonorés le seront-ils moins? Ceux qui pleurent seront-ils consolés?

AMÉLIE

Mais que voulez-vous que je fasse, moil Je vous dis que je suis aveuglée par la douleur.

ALBERT

Attendez jusqu’à ce soir.

AMÉLIE

Ce soir, monsieur! qu’allez-vous faire?

ALBERT

Ah! rien de bien merveilleux, rien d’héroïque. Je vais aller trouver votre... Je vais aller trouverM.de Bliac. L’un des deux tuera l'autre, et si c’est moi qui succombe...

AMÉLIE, cachant son visage dans ses mains.

Ah! c’est horrible!...

ALBERT

Quand vous verrez un crêpe au chapeau de mon père, peutêtre comprendrez-vous enfin...

AMÉLIE, éperdue.

Nonl ahî non, pas cela. Je ne veux pas avoir votre mort à me reprocher. Faites de moi ce que vous voudrez; mais pas cela! j’aime mieux tout avouer, -qu’on me chasse plutôt. .. Ah! monsieur, s’il vous reste de la pitié, laissez-tnoi disparaître à jamais, laissez-moi partir.

ALBERT, furieux.

Partir! malheureuse!

AMÉLIE, vivement.

Ah! seule!... seule!...

Et où pourriez-vous aller?

AMÉLIE

J’irai me cloîtrer dans une cellule, d’où je ne sortirai plus.

ALBERT

Et que pensera mon père ?

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