ACTE TROISIÈME
Père...
ALBERT
CERNOL.
Ce n’est pas à ton père qu’il faut répondre ; c’est au défenseur de celle que tu insultes. Que t’a-t-on fait, pour que tu en viennes là? Qu’as-tu contre elle enfin? Depuis huit jours il n’y a pas d’indignités dont tu ne l’aies abreuvée. Tu crois donc que je ne vois rien? Que s'est-il passé hier encore, pour qu’elle se soit enfermée chez elle? Tu la détestes donc? Pourquoi?
ALBERT
Mais...
CERNOL, l’interrompant mement.
Mais aie donc la loyauté et la franchise de la haine ; avoue donc qu’elle te gêne et (jue tu as entrepris de la réduire à m’abandonner! Sont-ce tes oncles qui t’ont donné ce digne conseil ?
ALBERT
Mes oncles?
Avant toi, ils se sont appliqués avec persévérance à éloigner de moi tout ce qui m’est cher, femme, amis : tout leur portait ombrage !... Mais je l’en préviens, tu n’y réussiras pas mieux. Je suis ici, chez moi, je suis le maître; il faut qu’on s’accommode de la présence de ma femme et je veux que mon fils ait pour elle de la soumission et du respect... ou bien...
ALBERT, comme si Ccrool lai fournissait le pretexlo qu’il cherchait.
Tu as raison, père, il vaut mieux que je parte...
CERNOL, hors de lui.
Oh! c’est odieux! Ainsi lu préfères me quitter?
ALBERT, troublé.
Père, j’ai tort, je le reconnais, je t’en demande pardon. Mais je ne suis pas maitre de moi. Le passé m’influence; je ne parviens pas à raisonner, à oublier... j’y retomberais! Père, je t’en supplie... Plains moi, plutôt. Pour ton repos, pour le mien... laisse-moi m’en aller.
CERNOL, arec éclat.
Eh bien 1 va donc, puisque tu ne m’as jamais aimé!
ALBERT
Ah!...
CERNOL*
Non! tu ne m’as jamais aimé. Et je ne crois même pas à ces beaux sentiments qui, sous l’apparence d'un culte des souvenirs, dissimulent mal des préoccupations personnelles, égoïstes, avilissantes.
ALBERT, suppliant.
Je t’en prie !
CERNOL.
Nont va-t’en, puisque tu le veux, mais je dégonflerai mon cœur, car je ne suis pas dupe, entends-tu? Tu m’as menii, en prétextant le désir do voyager, pour me quitter jadis, et