ACTE TROISIÈME
la mémoire de ta mère n’y était pour rien. Ce qui t’a indisposé, c’est le fait de mon mariage. Tu ne pouvais avoir aucune aversion contre celle que j’épousais; tu ne la connaissais pas. Ce qui te blessait, c’était que je pusse espérer du bonheur en dehors de toi, et cette basse jalousie t’a inspiré la conduite d’un ingrat. Il ne te manque qu’une chose : c’est de t’être ligué avec tes oncles pour le battre en brèche, ce bonheur qui ne vaut rien, à vos yeux, parce qu’il ne dépend pas de vous. (Antre ton.) Mais vous ne voyez donc pas que vous êtes ineptes, tous, vous ne comprenez donc pas qu’en voulant le détruire, vos indignités me le rendent plus cher, et m’attachent à mesure davantage à celle contre qui vous vous êtes acharnés au point d’insinuer des soupçons dont le moindre inconvénient est d’être entachés de lâcheté.
ALBERT, rivement.
Moi I j’aurais... Ah! tu me méconnais trop à la fin, et...
CERNOL, haut.
Je vous défends de me parler sur ce ton !
ALBERT, très-respeetneux et très-calme.
Je jure sur l’honneur que jamais un mot...
CERNOL, l’intérrompant.
Eh bien, alors, qu’as-tu ? que veux-tu ? Srmt-ce tes intérêts que tu crois compromis?
ALBERT
Mes intérêts? ah I...
CERNOL.
Qui sait!...
ALBERT, accablé.
Ah I non, c’est tropl...
(il tombe assis et fond en larmes.)
CERNOL, troublé, autre toD.
Albert!... voyons?... C’est le chagrin qui m’emporte, vois-tu.
ALBERT, & lui-même et sanglotant- '
Mes intérêts!...
Je t'ai dit ça... je ne le pense pas. Albert ?...
ALBERT, se levant et se jetant au cou de Cernol-
Pérel...
CERNOL, tris-doux, après l’avoir embrassé.
C’est bien triste aussi de voir ceux qu’on aime le plus au monde ne pas s’aimer entre eux. Elle n’est pas ce que te crois... Mon Dieu ! je comprends que, les préjugés aidant, ce titre de belle-mère t’ait laissé des préventions. Ce que je te demande, moi, c’est de l'étudier, de la bien connaître avant que de fixer ton opinion. Loin de moi l’idée de t’influencer, à plus forte raison, de te contraindre ; mais si tu savais comme elle a du cœur; si tu voyais les attentions qu'elle a pour ton père, tu en serais touché. Et comme elle est dévouée... digne surtout! Et, entre nous, sais-tu bien, qu’en raison de la différence d’âge elle y a quelque mérite. Mais voilà ! tu te mets des idées en tête ; tu t’imagines peut-être que je te la préfère. Non, non, mon enfant... toi... toi, tu es mon fils; ce n’est pas la même chose, seulement, dam! elle est femme, elle est jeune... Et je ne suis pas aveuglé, va. Oh ! non. Je sais bien qu’elle a certains côtés de caractère... Mais tu es un homme, toi, tu es le plus raisonnable... Voyons, voyons, Albert, il ne faut pas rester là-dessus, hein?
ALBERT, abattu.
O Seigneur 1