CHARLES VII Y FAIT SA RENTREE
talent que les choses se passeraient comme à l'ordinaire. Les charretiers et fournisseurs, qui la suivaient, comptaient de leur côté sur les bénéfices d'une prise d'assaut. « On « pillera Paris, disaient-ils, et quaud nous aurons vendu « nostre victuaille à ces vilains, nous chargerons nos char- « reltes du pillage, et remporterons or et argent et mesna- * « ges, dont nous serons riches toutes nos vies. » Ces espérances furent heureusement trompées. A peine entré dans la ville, le connétable y fit crier à son de trompe « que nul « ne fust si hardy, sur peine d'estre pendu par la gorge, (I de soi loger en l'ostel de bourgeois, ne de mesnaiger, « outre sa voulenté, ne de reprocher, ne de faire quelque « desplaisir, ou piller personne de quelque estât, s'il n'es- (( toit natif d'Angleterre ou souldoyer. » Cette recommandation, que nul dans l'armée n'osa enfreindre, car on connaissait la justice expéditive du connétable, le rendit, pour peu de temps, il est vrai, l'idole des Parisiens « qui le pri- {( rent en si grant amour que, avant qu'il fust lendemain, « n'y avoit celuy qui n'eust mis son corps et sa chevance « pour destruire les Anglois^ »
L'année suivante, après divers avantages remportés sur les Anglais, après le siège et l'enlèvement de la forteresse de Montereau, où il avait risqué sa vie comme l'eût fait le plus brave de ses capitaines, Charles VII résolut de visiter Paris. Il en était sorti en 1418, dans cette nuit fatale où la ville ayant été surprise par les Bourguignons, environ quatre mille Armagnacs y avaient été massacrés. Depuis cette époque, il n'y était pas revenu. Les Parisiens lui firent une réception des plus brillantes. L'Université, le Clergé, les magistrats de la ville allèrent le recevoir à la
1 Journal d'un bourgeois de Vai. «îdilion Pelilol, p. 47 i;