A PARTIR DE
« gneurs, gentilshommes et gens d'église, que, plusieurs « villes et pays qui, longtemps auparavant, avoient esté « comme non habitez, fureut remis sus et repeuplez assez (( abondamment ; et nonobstant qu'iceux eussent grande <( peine et endurassent grand travail en ce faisant si se « tenoient-ils pour bien heureux, quand Dieu leur faisoit « cette grâce qu'ils demeuroient paisibles en leurs lieux, <( ce qu'ils n'avoient pu faire la plus grande partie de leur « vie^. )i
D'autres historiens apprécièrent de la même manière les réformes militaires de Charles VIL L'un d'eux, narrateur impartial, sans contredit, à cause de son attachement pour la maison de Bourgogne, raconte que le roi de France « fit « cesser les tyrannies et exactions des gens d'armes aussi « admirablement que par miracle ; qu'il fit d'une infi- « nité de meurtriers et larrons, sur le tour d'une main,
1 Mathieu de Coucy, Histoire de Charles VII, daus Godefroy, p. 646. — Un poêle du temps a célébré, à sa manière, la révolution opérée par Charles VII dans l'organisation de l'armée. Il est utile de consulter, sur les effets produits par ces réformes, ceux qui les avaient vues s'accomplir, ou qui, venus immédiatement après, avaient pu en apprécier les bienfaits.
• L'an mil quatre cent trente-neuf, Le feu roi si fist les gens d'armes Vestir et abiller de neuf, Car lors estoient en povres termes.
« Les ungs avoient tiabitz usez Allant par pièces et lambeaulx; Et les autres tous dessirez Aïans bon besoing de nouveaulx.
i Si les monta et artilla Le feu roi selon son désir, Et grandement les rabilla, Car en cela prenoit pUisir. •
(Martial d'Auvergne, les Vigilles de Charles VII, année 1439.)
iÔG OPPOSITION CONTRE LES ARMÉES PERMANENTES.
« gens résolus et d'une vie honneste; mist bois et fo- « retz, passages assurez, toutes voies segures, toutes « villes paisibles, toutes nacions de son réaulrae tran- « quilles^. ... »
Ou croira sans peine que ces réformes rencontrèrent des opposants et firent de nombreux mécontents. Sans parler de cette multitude de routiers habitués depuis si longtemps à vivre de pillage, elles réduisirent considérablement l'importance des seigneurs et des barons dont les services devinrent, par le fait, beaucoup moins nécessaires à la royauté. Enfin, l'entretien des compagnies d'ordonnance et des francs-archers ayant nécessité l'augmentation -des tailles, bien des gens oublièrent les violences dont ils avaient tant souffert pour ne songer qu'à l'aggravation d'impôt, rendue indispensable par l'organisation de l'armée. Un prélat contemporain, l'évêque de Lisieux, se rendit l'organe de ces plaintes. A son avis, le système des armées permanentes était essentiellement favorable aux despotes et aux mauvais rois qui, toujours disposés à compter sur elles, peu soucieux de la justice, se croyaient dispensés de s'occuper du bonheur de leurs sujets, s'abandonnaient à tous leurs caprices et s'endormaient dans la débauche et la mollesse. Il ajoutait que les nombreuses armées étaient trèsonéreuses aux peuples, soit à cause des lourds impôts qu'il fallait lever pour les entretenir , soit par la charge des logements. Suivant lui, on aurait dû seulement désigner dans les paroisses, comme on l'avait pratiqué pour les francs-archers, le nombre des cavaliers ou de miliciens qu'on voulait avoir en réserve, les faire exercer une ou
• Georges Chaslellain, extrait publié par M. J. Quicherat, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. IV, p. 76.