SERMENTS EXIGÉS DES CAPITAINES
baïonnette qu'il portait au côté. Chaque compagnie formait donc un corps de six cents hommes, tous à cheval. Bientôt les CDmpagnies s'accrurent d'un grand nombre de volontaires qui sollicitèrent comme une faveur d'y être admis, dans l'espoir de devenir hommes d'armes à leur tour. L'effet de cette organisation avait été en quelque sorte instantané. Au bout de quinze jours, disent les chroniqueurs, tous les soldats qui n'avaient pas été désignés pour faire partie des compagnies étaient rentrés dans leurs foyers, et les routes étaient devenues plus sûres qu'elles ne l'avaient été depuis plus d'un siècle. En même temps, et à partir de ce jour, l'importance personnelle des grands vassaux de la couronne décrut sensiblement. La chevalerie, c'est-à-dire cette classe de seigneurs et de barons si longtemps toutepuissante à cause des services, chèrement payés d'ailleurs, qu'elle rendait au pouvoir royal, cessa bientôt d'exister^. Avant de prendre possession de leurs compagnies, les capitaines avaient dû prêter un serment significatif qui peint la situation : « Je promets et jure à Dieu et à Nostre- « Dame que je garderai justice et ne souffrirai aucune pil- « lerie et pugnirai tous ceux de ma charge que trouveray « avoir failli, sans y espargner personne, et sans aucune « fiction, et ferai faire réparation des plaintes qui viendront « à ma connoissance à mon pouvoir, avec la pugnition des « susdits; et promets faire faire à mon lieutenant sembla- « ble serment que dessus^. » Les capitaines des compagnies et leurs lieutenants étaient donc en quelque sorte des prévôts, des justiciers, institués par la royauté pour protéger la société, notamment les laboureurs et les commer-
* Le P. Daniel, Histoire de la milice française, t. I, p. 215. » Ibidem, t, I, p. 227.
LES FRANCS ARCHERS. i03
çants, contre les dévastations des routiers, écorcheurs et retondeurs. L'autorité militaire, enfin disciplinée, était appelée à retirer la France du chaos où la guerre et ses suites l'avaient plongée.
La cavalerie organisée, Charles VII s'occupa des milices. Antérieurement à ce prince, et si l'on en excepte quelques troupes d'arbalétriers et d'archers, pour la plupart Génois, l'infanterie française n'était, a-t-on dit, composée que de (( marauds et bellistres, mal armez , mal complexionnez, « fainéans, pilleurs et mangeurs dépeuples^. » Une ordonnance de 1448 institua la milice des francs-archers. « En <( chacune paroisse de nostre royaume y aura un archer (( qui sera et se tiendra continuellement en habillement (( suffisant et convenable de salade, dague, espée, arc, « trousse, jaque ou huque, brigandine^, et seront appelez « les francs-arcbers, lesquels seront choisis par nos eslus « en chacune élection, les plus droits et aisez pour le fait « et exercice de l'arc qui se pourront trouver en chacune « paroisse sans avoir égard ne faveur à la richesse. » Le roi promettait quatre francs par mois aux francs-archers pour
' Brantôme, Discours des colonels, cité dansle P. Daniel, 1. 1, p. 237.
* Voici, d'après le P. Daniel, t. I, p. 240 et suiv., la définition de quelques-uns des objets qui composaient l'iiabillement du franc-archer. — La salade était une espèce de casque léger sans crête, avec ou sans visière. Le jaque ou huque était une sorte de justaucorps, renflé de coton, el qui descendait au moins jusqu'aux genoux. La brigandine était un corselet fait de lames de fer, garni de velours à l'intérieur; la trousse, un carquois pouvant renfermer au moins dix-huit traits. Enfin, parmi les francs-archers, il y en avait qui portaient le nom de guisarmiers, à cause de la guisarme, espèce de hallebarde garnie par un bout d'un fer large et pointu. On lit dans le romande Rou :
Et vous avez lances aiguës Et guisarmes bien émolluës.
Louis XI remplaça la dague et l'épée de ses milices par la guisa me^
104 SÉCURITÉ DES ftOUTËS
tout le temps qu'ils le serviraient. En même temps, il les tenait quittes des tailles, du guet, ainsi que de l'entretien des gens de guerre. Le nombre des paroisses étant évalué à seize mille, Charles VII disposait donc, indépendamment des neuf ou dix mille hommes des compagnies d'ordonnance, de seize mille francs-archers qui, au premier signal, devaient se rendre au poste indiqué. Relativement assez considérable, cette armée suffisait pour parer à un péril urgent et permettait, au besoin, d'attendre de nouvelles recrues. Knfinles compagnies d'ordonnance, ne se composant que de neuf à dix mille hommes, ne devaient pas être, en réalité, onéreuses aux populations^, puisque des villes assez importantes, telles que Troyes, Châlons, Reims, Laon, n'avaient pas plus de vingt à trente gens d'armes à entretenir. Le plan de Charles VII réussit au delà de toutes les espérances. Un historien contemporain raconte qu'au bout de deux mois la sécurité fut plus grande dans tout le royaume qu'elle n'avait été depuis trente ans. « Si sembla, « dit-il, à plusieurs marchands, laboureurs et populaires « qui de longtemps avoient esté en grandes tribulations « et excessives afflictions, par le moyen des guerres, que c( Dieu, nostre créateur, les eut pourveus de sa grâce et (( miséricorde. Ensuite de quoy, de plusieurs endroits du « royaume, commencèrent les marchands de divers lieux « à traverser de pays à autre, à exercer leurs marchan- « dises et à faire leur négoce de commerce. Pareillement, « les laboureurs et autres gens du plat pays, qui avoient (( esté de longtemps en grande désolation , s'efforçoient (( de tout leur pouvoir à labourer et réédifier leurs mai- « sons et habitations, et avec cela à desfricher et e&- <( sarter leurs terres , vignes et jardinages très diligem- (t ment, et tant en cela continuèrent, avec l'ayde des sei-