‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 15 sur 359 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

Gaguin laissa, dit-on, la réputation d'un homme des plus habiles et d'une prudence consommée. Employé successivement sous les trois rois Louis XI, Charles VIII et Louis XII, qui lui confièrent plusieurs ambassades importantes, il était, en outre, supérieur de l'ordre des Matburins, et mourut plein de jours et comblé d'honneurs. Mais on ne peut tout avoir, et le soin avec lequel il évita de se prononcer sur la moralité des événements qu'il avait à raconter, justifie de tous points la qualification qui lui a été donnée d'historien courtisan.

Les poètes contemporains se sont peu occupés de Jacques Cœur ^ L'un d'eux, Martial d'Auvergne, qui a com-

Paris, 1528, lib. X, folio 247. Voici le passage sur Jacques Cœur: « Jacobus Cvrrus, Caroli argeiitnrius, ctim Turcis commercium habens, delaiiis est qitia per omnis yeneris arma, contra ecclexiasiicam prohibiiioiiem, ad illos importasse! , opificesque et fabros ejttsmodi artis ud eos dituiùsset. Christiatuim insuper, e Turcorum servituie forte eîapsum domino suo caplivum remisisset, et infjentein, per linguum (Jccitananij pecunium exegisset. Eus ob res, in carccrem , Caroli irnperio, conjectus est ^ deinde, grandi eere mule tutus, in exilinm deportatus. Pœnas quœque falsx delationis luit fœmina insignis cui Mauritaniensis [de Mortagne) nomen ernt. »

1 Georges Cliaslelain, dont j'ai cité plus haut un extrait, revient ainsi qu'il suit sur Jacques Cœur dans un autre ouvrage intitulé : Recollectioii des merveilles advenues en noslre temps. (Voir, sur cet ouvrage, la noiice de l'édition de ses Mémoires dans le Panthéon littéraire, p. 46.)

« Puis ay veu par mistère, Monter un argentier.

Le plus bault de la terre, Marchand et financier.

Que depuis par fortune Veis mourir en exil, Apres bonté mainte une Faite au Roy par icil. •

Enfin, le fameux Villon, qui était né en 1431, a consacré à Jacquet. Cœur cette belle slro|ilie de son Grand Testament :

« De pauvreté me guerraentant,

j PREFACE. xa

posé, SOUS ce titre : les Vigilks de Charles VII ^, un panégyrique de la vie de ce roi en quinze à vingt mille vers, ne mentionne même pas la disgrâce et le procès du célèbre i argentier, dont il vante d'ailleurs, dans plusieurs endroits, : la magnificence. Il faut chercher dans des allusions la penj sée de l'auteur à ce sujet; mais elle est, ce semble, assez transparente pour qu'on ne puisse s'y méprendre '.

Souventes fois me dit le cœur :

Homme ne te douteuse tant

Et ne demaine tel douleur,

Se tu n'as tant que Jacques Cueur,

Myeux vault vivre soubs gros bureaux,

Pauvre, qu'avoir esté seigneur,

Et pourrir soubs riches tombeaux. »

1 La première édition de ce poëme, qui fut longtemps des plus populaires, parut en 149'2.

* Indépendamment de la vie de Charles Vil, qu'il raconte dans les plus grands détails, Martial d'Auvergne fait chanter tour à tour, dans des leçons ou chœurs qui coupent le récit, les louanges du feu roi par tous les corps d'étals: cler^ré, gens d'armes, écoliers, laboureurs marciiands, elc, etc. Voici ce qu'on lit dans la Qualiiesme leçon chantée par Marcluiudise :

« Et s' aucuns d'euli (les marchands) Sont enrichez, est-ce pourtant à dire

Qu'on les doit prendre, Soit tort ou droit, leurs bieus piller ou vendre, LesconDsquer et donner sans mespreudre?.... Las! quels dangier de faulx accusateurs, Meschans garçous et mauvais amputeurs*, ■.. . Qui vont dire mensonges aux seigneurs,

Pour de ff aire Mains bons marchans, leur argent subtraire, Sans les oyr en justice, ne faire Droit ou raison; et puis leur adversaire

Eslre au proucès, En prenant juges de leur bende et acè». 0 quel abus et quel horrible excez I »

* Âmputeur, amputer. • Accuser un homme et une temme de débauche et de prostitution. • {Glossaire français, de Carpentier.)

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