XXII PRÉFACE
Les poètes faisant défaut, revenons aux historiens. Un secrétaire de Louis XII , Nicole Gilles , né au quinzième siècle et mort en 1503, se montra moins circonspect que le diplomate Robert Gaguin et que Martial d'Auvergne. Dans un livre intitulé : les Chroniques et Annales de France jusqu'au roy Charles huictiesme, le secrétaire de Louis XII parle comme il suit du procès de Jacques Cœur ;
» En l'an 1452 ', Jacques Cueur, argentier de France, fut faict prisonnier par le commandement du Roy, pour certains cas touchant la foy catholique et crime de lèze-majesté. Il estoit accusé d'avoir administré aux Sarrazins armes et avoir envoyé armeu-, riers pour en faire en la forme des chrestiens; Item d'avoir rendu auxdits Sarrazins un chreslien prisonnier, qui estoit eschappé de leurs prisons, et oultre on dit qu'il avoit mal usé des deniers du Roy. Toutefois, aulcuns disoient qu'on lui imposoit ledict cas par envie, et pour avoir ses biens et sa finance. Pareillement fut arrestée et emprisonnée la damoiseile de Morlaigne, pour ce qu'elle avoit incoulpé Jacques Cueur d'aucunes choses dont il estoit innocent *. »
Un autre écrivain de la môme époque, Claude de Seysscl, ambassadeur et maître des requêtes sous Louis XII, publia une vie abrégée de ce prince où le caractère de quelquesuns des rois ses prédécesseurs est apprécié avec indépendance, mais sans hostilité. Claude de Seyssel ne pouvait, en parlant de Charles VII, oublier Jacques Cœur. Le jugement qu'il en porte mérite d'être reproduit. On croit, en voyant la modération de son langage, entendre l'opinion des hommes sages et sensés du temps.
• On a vu plus liant, à l'occasion de Jean Charlier, que cette indication est erronée.
* Les Chroniques rt Annales, etc. Paris, édition de 157 3, 1 vol. infolio, p. 385.