J16 AMBASSADE DE JEAN DE VILLAGE
but d'épargner à l'avenir de semblables avanies à la France, il décida Charles VII à envoyer au Soudan d'Egypte un ambassadeur muni de quelques présents, et obtint que cette mission fût confiée à son neveu, Jean de Village. Ln chroniqueur contemporain a reproduit la lettre suivante, que celui-ci, à son retour, remit au roi de la part du soudan : « Ton ambassadeur, homme d'honneur, gentilhomme, (( lequel tu nommes Jehan Villaige, est venu à la mienne (( Porte-Saincte et m'a présenté tes lettres avec le présent « que tu m'as mandé, et je l'ay receu, et ce que tu m'as f( escript que tu veulx de moy je l'ay faict. Et sy ay faict « une paix à tous tes marchands pour tous mes pays et (( ports de la marine, ainsy que ton ambassadeur m'a sceu « demander... Et sy mande à tous les seigneurs de mes « terres, et par spécial au seigneur d'Alexandrie, qu'il « fasse bonne compaignie à tous les marchands de ta terre, (( et sur tous les aultres ayant liberté en mon pays, et qu'il « leur soit faict honneur et plaisir; et quand sera venu le « consul de ton pays, il sera à la faveur des autres consaux « bien haut... Sy te mande par ledit ambassadeur un pré- « sent, c'est à sçavoir du baume fin de nostre saincte vigne, « un bel liépart, trois escuelles de porcelaine de Sinan, deux « grands plats ouvrés de porcelaine, deux bouquets de por- « celaine, unlavoir-ès-mains et un garde-à-manger de por- « celaine ouvré; une jatte de fin gingembre vert, une jatte de « noyaulx d'amandes^, une jatte de poivre vert, des aman- « des et cinquante livres de nostre fin bamouguet''; un
* L'envoi de ces noyaux d'amandes semble indiquer que l'amandier n'était pas encore connu en France. Ce serait donc au facteur de Jacques Cœur, à Jean de Village, que l'on devrait l'importation de cet arbre, dont les produits sont une source de richesse pour plusieurs de nos départements méridionaux.
' D'après M. Depping, Histoire du commerce du Levant , f, II ,