CHAPELLE SÉPULCRALE
demanda au chapitre l'emplacemeDt de l'ancienne pour y élever une chapelle destinée aux sépultures de sa famille^. Le chapitre de Bourges fit droit à cette demande, et une délibération fut prise à cet effet le lundi 14 juillet 1447. Aussitôt, les travaux de la nouvelle chapelle commencèrent. Trois ans après, ils étaient achevés et pouvaient soutenir la comparaison avec ceux de la sacristie. On remarqua principalement la richesse des nervures de la voûte qui se réunissaient à une clef pendante formée d'ogives et terminée par un cul-de-lampe figurant un ange; au sommet des ogives étaient des disques renfermant les attributs des évangélistes. Dans quatre autres disques étaient des anges musiciens. Une fleur de lis et deux cœurs ornaient ia partie supérieure de la croisée, divisée en quatre panneaux. Dans le panneau inférieur de la verrière, Jacques Cœur avait fait représenter saint Jacques, son patron, en costume de pèlerin, tenant, de la main gauche, un livre ouvert, et de la droite, un bourdon^.
En même temps qu'il achetait cette prodigieuse quantité de terres, de châteaux, de seigneuries, de raines, de maisons, et qu'il faisait construire à Bourges cette sacristie, magnifique joyau d'un des plus beaux monuments de l'ar-
1 « In eodem Capitula venit dominus Argentarius et snpplicavit Dou minos ut sibi velint concedere et dare antiqmim veslibuhnn dicte ec- II clesie pro edificando unam capellam et in eadem facere et coustruere (I sepulturam pro se et sua po^ttritale ; et Domini capitulantes, consi y devantes bénéficia quod{s\e) ipsefacit in ecclesia predicta conslruendo « iinum vestibvhim et librariam et alia bona qnod [sic] faciet iu eadem « ecclesia, concesserunt sibi petitionem suam. >■> — Reg. Capit. Lundi 14 juillet (447. — Cité par M. Raynal, p. 63, note.
- La cathédrale de Bourges, etc., p. 91. — M. Ravnal, loc. cil.j p. 63. — Seul de sa famille, Nicolas Cœur, évêque de Luyon et frère de Jacques Cœur, fut enseveli, en 14 50, dans la nouvelle chapelle que celui-ci avait fait construire pour lui et sa postérité.
i62 ALLIANCES.
chitcoture gothique, et la somptueuse demeure à laquelle les contemporains ne trouvaient rien à comparer en I ranre, Jacques Cœur ne négligeait aucune occasion d'établir sa famille dans des postes importants et de fortifier sa puissance personnelle par des alliances considérables. Son frère , Nicolas , était chanoine de la sainte-chapelle à Bourges; en 1441, il le fit nommer évêaue de Luçon. Jacques Cœur avait aussi une nièce et une sœur; l'une nommée Perrette , fut mariée à Jean de Village, qu'il avait associé à son commerce et qui était chargé de la direction de ses affaires à Marseille^; l'autre avait épousé Jean Bochetel, secrétaire du roi, dont la famille a, plu?? tard, fourni des secrétaires d'État et des ambassadeurs ^ Enfin, Jacques Cœur avait eu de Macée de Léodepart, sa femme, une fille du nom de Perrette, et quatre fils. En 1447, il maria la première à Jacquelin Trousseau, fils d'Artheau Trousseau, vicomte de Bourges, seigneur deMarville et de Saint-Palais, à qui elle apporta en dot. dit son contrat de mariage, « pour « tout droict de succession de père et de mère, de frère et « de sœur, tant qu'il y auroit hoirs masles descendans de « masles, » dix mille livres en monnaie courante*. Deux fils de Jacques Cœur, Henri et Jean, avaient embrassé les ordres sacrés*. Henri devint doyen de l'église de Limoges,
* BibL imp. Fonds Saint-Germain. n°/»72. Procès de Jacques Cœur, p. 930.
* Histoire de Charles Vil, dans Godefroy, p. 865.
3 Bibl. imp., Mss, n» 672, p. 1125 à 1139 : TraicU de mariage de Perrette Cueur, fille de Jacques Cueur, avec Jacquelin Trousseau. Voir aux pièces justificatives, n° 4.-
* a Jean Cœur avait étudié es arts à l'Université de Paris. — En « 1443-1444, il détermina comme bachelier, sous maître Jean Béguin. « Sa bourse était de 10 sous parisis. — En 14 45, au mois d'avril, il « fut inscrit au nombre des licenciés ès-arts, et prit rang parmi (et w incipientes, c'est-à-dire qu'il commença à régenter en l'Université.
JEAN C(£m, Al.CHbVEijUE DE lîOL'RGtS. i(3j
et plus tard chanoine en l'église métropolitaine de la saintectiapelle de Bourges. Au mois d'août 1446, Jean fut nommé, par le chapitre de Bourges, archevêque de cette ville, eu remplacement de Henri d'Avaugour, qui. atteint de la lèpre, avait abdiqué pour se retirer au monastère de Noirlac, où il mourut quelques mois après ^. Jean Cœur n'avait alors que vingt-cinq ans, et son élection, bien que fortement appuyée par Charles VII, ne fut pas approuvée immédiatement par le saint-siége. Plusieurs lettres furent écrites sans succès à Eugène IV pour le décider à confirmer cette nomination. Le pape temporisait, soit à cause de la jeunesse de Jean Cœur, soit, peut-être, dans l'espoir d'obtenir de meilleures conditions dans l'arrangement des affaires de l'Eglise. Une nouvelle lettre du chancelier de France, Guillaume Juvénal des Ursins, vint le supplier, au nom du roi, d'accorder l'investiture au fils de son argentier. On le prévenait en outre qu'il trouverait la France d'autant mieux disposée à son égard ^. Enfin, après quatre ans d'attente, les difficultés furent levées. Le jeune archevêque de Bourges, en même temps métropolitain, patriarche et primat des Aquitaines, fit son entrée solennelle dans cette ville au mois de septembre 1450. Il n'avait pas plus de vingt-neuf ans. Rien
« Sa bourse étail alors de 17 sous parisis. « (Registre n" 1, folios 9 et 25. — Voir VHistoire de l'instruclion publique, p. 356, par M. Vallet de Viriville.
1 Gntlia Chrisliana, t. II, p. 88.
2 Spicilegium, etc., de dom Luc d'Achery, t. III, p. 766. — La lettre n'est ni datée, ni signée ; mais elle est attribuée à Guillaume Juvénal des Ursins; en voici un extrait : » Saïutitaii igiutr Yesirx bea-
lissimm humilius suppHco, itt dictum magi.'itrum Joumiem ad ipsum • archiepiscopatutn prspficere dignetur, preces domhii mei régis exau- (1 riiendo ; sicque rem prasdiclc domino et suo consilio Vestra Sanclitas ■' forint gratissimam, et ipsum dominum ad ejusdem negolia reperjet
« FARATISSIHDU. »