OPÉRATIONS FINANCIÈRES
« drfi en recevant ladite /)er/e^ » Quatre ans plus tard, le 10 août 1452, Marie d'Anjou se plaignait à Jean Pasquier de son retard à lui bailler soixante escus d'or neuf qu'elle lui avait demandés pour la fin du mois de juillet précédent. Marie d'Anjou ajoutait qu'elle le prioit « de ne plus diffé- (t rer, lui promettant de bonne foi et en parole de reine, de (I les lui rendre dans le mois de septembre suivant, quand « Micbel Guillart seroit de retour du pays de Languedoc, « où elle l'avoit envoyé pour le fait de ses tinaoces^. »
De nombreux reçus établissent que Jacques Cœur vendait, sur avance, aux plus grands seigneurs de la cour, au comte du Maine, à l'amiral de Bueil, à Duuois, à Gaspard Bureau, et à une foule d'autres, les armes, les harnais, les soieries, les velours et autres étoffes dont ils avaient besoin '. « Jacques Cuer, dit un document ofliciel contem- « porain, qui, pour lors, estoit conseiller et argentier audit (c seigneur le Roy, et avoit grant autorité devers lui, four- (t nissoit son argenterie de toutes denrées*... ;> On voit
1 Inventaire des papiers^ etc., pièces justificatives, n" 2. 1
* Catalogue di-s lettres autographes du Cabinet de M. le baron de L. L. ^ Paris, Charon, 1846.
3 Inventaire des papiers, etc., pièces justificatives, n» 2. — Un membre correspondant du Comité des travaux historiques, M. Marciiegay, a communiqué au Comité, en 186?, la copie d'un reçu de Jacques Cœur, faisant connaître une particularité curieuse. L'amiral Prégent de Coëtivy avait fait pris-onnier un Anglais, auquel il consentit à rendre la liberté, nioxennant une somme de 1,500 écus garantis par Jacques Cœur. Sur ces entrefaites, Coëtivy fut tué d'un coup de canon au siège ue Cherbourg. Quand la rançon fut payt^e, Jacques Cœur la retint.*dit le reçu, m pour cetlaine grosse somme en quoy mondit seigneur l'au i»»\ral m'est tenu. » Prégent de Coëtivy se proposait sans doute de payer les lourniiures que lui faisait l'argentier avec la rançon du prisonnier anglais. La mort, qui survint, l'empêcha de s'acquitter en entier.
* Actes judi aires concernant la vente des biens de Jacques Cœur,
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f:nfin que )e 2 février 1448, il avait remboursé à Pierre ])vùzé dix mille écus reçus pour son compte du trésorier de Bretagne *. Il est donc avéré que tous les grands mouvements de fonds et la plupart des opérations de banque du temps s'effectuaient par l'entremise du tout-puissant argentier.
Mais ce n'était rien de vendre à crédit aux courtisans et à leurs femmes, et de prêter sur gages à la reine elle-même. Jacques Cœur avait, comme on l'a vu, acheté d'immenses propriétés territoriales à des rejetons ruinés de familles jadis riches, à des personnages considérables encore par ieur nom ou par leur position à ia cour, et qui, tout en
Voir dans Buclion, à la suite des Mémoires de Du Clercq, p. 634. — Le reçu suivant de la première femme de Louis XI, celle spirituelle Marguerite d'Ecosse, célèbre par la délicatesse de son esprit, et par le dégoût que lui donna de la \ie une calomnie dont elle lut l'objet, prouve en outre que Jacques Cœur avait un comptoir en Lorraine, et qu'il était le premier banquier de la cour.
«Nous, Marguerite, Daulnhine de Viennois, confessons avoir reyeu t de maistre Eslienne Pelit. secrétaire de monseigneur le Roy et Rece- 1 veur général de ses finances de Languedoc et de Guyenne, deux mille « livres tournois â nous données par mondit seif^neur et à nous fait « bailler par les mains de Jacques Cuer, son argentier, nous estans • nagueres à Nancy en Lorraine, pour avoir des draps de soye et mar- « très pour faire robes pour uoslre personne. Donné soubz notre scel « et signé de nostre main le '20^ de juillet 144 5. Margi'Erite. n
(Bibl. imp., Mss. Histoire de Louis XI, par Legrand, t. VI, pièces justificatives.) — C'est Marguerite d'Ecosse qui, ayant aperçu le poète Alain Chartier, dont la laideur était extrême, endormi au pied d'un arbre, aurait, dit-on, déposé discrètement un baiser sur sa bouche, à cause de son éloquence. Accusée par un des serviteurs du Dauphin d'avoir été vue découverte dans son lit, pendant que quelques cavaliers étaient près d'elle, Marguerite éprouva un si proforid cliagrin de cette calomnie et de l'indifiV'rence avec laquelle le Dauuhiii liiecueillit, qu'elle mourut de chagrin à vingt ans, en prononçant ces mots ; fi de la vie' gu'on ne m'en parle plus,
* Inventaire des papiers, etc., pièces juslificalives, n" 2.