TOMBEAU DL DL'C JEAN
branche si importante de l'art une impulsion féconde. Si la forme de leurs draperies fut raide et tourmentée, du moins les passions humaines, la vie, animèrent dès lors la pierre ou le marbre des mausolées. Vers les premiers temps da son règne, Charles VIT avait fait exécuter à Bourges le tombeau de son oncle le duc Jean de Berri, œuvre capitale offrant de belles parties. Couché, de grandeur naturelle, le duc Jean a les mains croisées sur la poitrine. Le visage, les mains surtout, excitent l'admiration. Le soubassement du tombeau se composait d'une suite de niches renfermant des statuettes en albâtre couronnées de dais et de pinacles du style le plus flamboyant. Neuf de ces statuettes, réprésentant des moines, ont été conservées ^ A l'imitation des peintres verriers, d'autres artistes figurèrent, sur les tombeaux, des personnages agenouillés et dans l'attitude de la prière. Telles étaient les statues de Juvénal des L'rsins et de sa femme. L'élégante chapelle de l'hôtel de Cluny et le porche de Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris nous reportent au quinzième siècle. A Dijon, Jean de la Huerta , tailleur (Timaiyes^ du pays d'Aragon, fit, moyennant 4,000 livres, le mausolée de Jean sans Peur, une des plus riches et des plus remarquables productions de la sculpture du moyen âge ^. Dans la même ville, Claux Sluter, Claux de Vausonne et Jacques de la Barre sculptèrent les six figures célèbres du Puits de Moïse et le tombeau de Phi-
* MM. de Girardot et Durand ; La cathédrale de Bourges, p. 64 et suiv. — La statue du duc Jean porte dans la main gauche une banderole déroulée, sur laquelle ou lit ces deux vers :
Quid sublime genus, quid opes, quid rjloria prxstent 1 Prospice-f mox aderant h.rc mihi, nunc abeunt.
» M. Dnsommerard, loc. cit., p. 101.
ORFEVRERIE. 183
lippe le Hardi*. Guillaume VIenton exécuta, avec habileté, aux frais de Philippe le Bon, le tombeau de la duchesse de Bedford, dont le musée du Louvre possède aujourd'hui la statue ^. Quelques statues de l'abbaye de Solesme datent de la même époque et sont empreintes d'un beau caractère. Les bas-reliefs de la maison de Jacques Cœur qui représentent des personnages, manquent de vigueur, et ressemblent plutôt à de vieux enfants qu'à des hommes. Quant à la sculpture sur bois, les stalles des églises, les bahuts, les magnifiques armoires de l'époque et la grande porte ellemême de l'hôtel de l'argentier, prouvent le degré de supériorité qu'elle avait atteint.
L'orfèvrerie et les arts qui s'y rattachent ne brillaient pas d'un moins vif éclat. L'inventaire de la vente de ses biens constate qu'il laissa des hanaps, des aiguières, des plats et des salières d'or et de vermeil, garnis de rubis, de pierres précieuses, et un grand nombre d'autres pièces. Le rôle des orfèvres au moyen âge exigeait les aptitudes les plus variées. Les plus habiles se montraient tour à tour sculpteurs , peintres ou ciseleurs consommés. On sait aujourd'hui, par les comptes de l'argenterie des rois de France et des princes du sang, les inventaires des églises et les contrats de mariage , quelles merveilles furent courageusement brisées et fondues dans les temps de détresse de la monarchie'. Charles V lui-même, malgré la simplicité de ses goûts et son penchant pour l'économie,
' M. Félix Bourquelot, Histoire de la sculpture et des arts plastiques en France, dans Patria, col^ 2206 et suiv.
' M. le comte de Laborde, Les ducs de Bourgogne, 1. 11, Preuves,
p. VIII.
' M. le comte de Laborde , Notice des émavs exposes au Louvre , p. n, 81 et 104.