MÉLODIES POPULAIRES
lalions en parlant de ces airs vulgaires qui les ravissaient, obtint le plus grand succès, particulièrement en France, où l'on suppose qu'il a pris naissance. Longtemps, les deux musiques furent en lutte. On pratiqua même, pendant de longues années, une singulière fusion des deux genres. Les compositeurs accouplaient deux mélodies différentes, mais d'un mouvement analogue, l'une sur des paroles latines , choisies parmi les antiennes ou autres chants ecclésiastiques, l'autre sur des paroles profanes. Trois airs différents étaient quelquefois ainsi réunis. Ces morceaux, qui furent à la mode jusqu'à la fin du quatorzième siècle, portaient le nom de motets ^ Pour détourner les fidèles des chansons profanes, les poètes chrétiens firent des hymnes auxquelles, plus d'une fois, ils adaptèrent des mélodies populaires. Destinées d'abord aux assemblées privées, ces mélodies ne furent admises dans les cérémonies du culte que lorsque le clergé eut obtenu des fidèles qu'ils s'abstiendraient d'accompagner les chants, comme c'était l'habitude, de sifflements, de hennissements, de bêlements, et autres incongruités du même genre ^.
Un compositeur français resté célèbre, Adam de La Haie, résume le progrès musical qui s'accomplit au treizième siècle. Tour à tour trouvère, musicien et moine, Adam de La Haie avait fait, outre trois pièces de théâtre ou jeux avec musique ^ , les paroles et la musique de
* M. E. de Coussemaker, loc. cit. , p. 55 et suiv., et pi. XXVII.
• • Histrioneas voces, garrulasalpinax,sivemontanas, tonitruantes ve. « sibilantes, hinuientes vehit vocalis asina, mwjientes seu balanies quan « pecora, sive fxmineas, omninmque vncum falsitatem, jactatitiam seu « novitatem detestemur et prohibeumus id choris nostris, quia plus redo- (I leiitvanitatem et stultitiam quam religioncm. » L'abbé Gerbert, Scrip' tores ecclesiastici de musica sacra, cilé par M. de Coussemaker, p. 83.
8 Li jus Adam ou jen de la feuillée, li jus du pèlerin, le geus de Robin
AU TREIZIÈME SIÈCLE. l'Jb
trente-cinq chansons, dix-sept pastourelles, seize rondeaux à trois voix, et de huit motets à deux et à trois parties. Le rondeau suivant donnera une idée du talent poétique d'Adam de La Haie, et de ce qu'était de son temps la romance française *;
« Fines amourettes ai :
Dieus! si ne sai quant les verrai!
« Or manderai mamiette, Qui est coinle et joliette, Et s'est si saverouselte C'astenir ne m'en porrai.
« Fines amourettes ai :
Dieus I si ne sai quant les verrai!
« Et s'ele est de moi ençainte Tost devenra pâle et tainte; S'il en est escandèle et plainte Deshonnerée Tarai.
« Fines amourettes ai:
Dieus! si ne sai quant les verrai !
« Miex vaut que m'en astiengne.
Et pour li joli me tiengne, Et que de li me souviengne; Car s'onnour li garderai.
« Fines amourettes ai :
Dieus! si ne sai quant les verrai I »
et Marion (Voir le Théâtre français au moyen âge, par MM. Francisque Micliel elMonmerqué). On considt^re le jeu de Robin et Marion comme le premier essai dopéra-comiqne tenté en France.
1 Les chansons, rondeaux et molcts d'Adam de La Haie ont été conservés. Voir, à ce sujet, l'ouvrage de M. de Coussemaker, qui a fait, sur les origines de la musique, des recherches pleines d'érudition et , d'intérêt. ,: .