MUSIQUE INSTRUMENTALE
La musique purement instrumentale ne jouissait pas, au surplus, d'une moindre faveur que les chansons, les pastourelles, les rondeaux et les motets. La salle à manger de la maison de Jacques Cœur avait une tribune pour les musiciens; il en était de même dans tous les palais royaux et dans les châteaux des grands barons et des seigneurs. Au quatorzième siècle,* Charles V avait une musique particulière pour ses appartements et ses repas. « Et à « l'exemple de David, dit un historien contemporain, « instrumens bas, pour resjoyr les esperis, si doul cément « jouez comme la musique peut mesurer son, le Roy Charles « oyoit volontiers à la tin de ses mangiers ^. » Au siècle suivant, on composa des messes entières à plusieurs parties, sur des mélodies profanes dont les paroles étaient parfois très-libres. Il n'est pas certain, d'ailleurs, que le texte de ces paroles fût chanté, et la mélodie profane était peut-être seule exécutée par l'orgue ou par tout autre instrument d'accompagnement^. Ainsi, la musique vulgaire envahissait de plus en plus, en le dénaturant, le domaine de la musique religieuse. Vers la même époque, les chanteurs anglais jouirent pendant quelque temps d'une grande vogue. On les appela sur le continent pour les fêtes qui se donnaient à la cour de Bourgogne, et les Français s'étudièrent à les imiter. Un poëte du temps a constaté ce fait ;
« Tu as bien les Anglois ouï Jouer à la court de Bourgogne, N'as pas certainemeDt oui
1 Christine de Pisau, Le livre des faits et bonnes mœurs du sage Roy Charles V, chap. XVI.
* M. d« Goussetnaker, lac. cit., p. 67.