‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 234 sur 359 · CHANSONS A BOIRE · texte numérisé non relu

CHANSONS A BOIRE

En disant : « Se dieux me doint joye, Ces bestes vont à court souvent; S'ont ce mot retenu sans joye :

Sa, de l'argent; sa, de l'argent*. »

Il y a dans ce dernier vers et dans la manière dont Eustache Deschamps le ramène, quelque chose de farouche et d'impitoyable qui devait faire frissonner les malheureux à chaque instant menacés de voir la fiction du poëte devenir une réalité.

Mais le caractère d'une nation apparaît, même dans les plus grandes crises. Vers l'époque où la muse populaire d'Eustache Deschamps gémissait sur la patrie envahie, sur les brigandages des compagnies franches, sur l'insatiable avidité des seigneurs, un ouvrier normand, Olivier Basselin, trouvait, en chantant les douceurs de la bouteille, les cadres les plus poétiques, les rhythmes les plus sonores, les plus éclatants.

« Beau nez, dont les rubis ont cousté mainte pippe

De vin blanc et clairet, Et du quel la couleur richement parlicipe

Du rouge et violet ;

« Gros nez! qui te regarde à travers un grant verre

Te juge encore plus beau :

Tu ne ressembles point au nez de quelque herre

Qui ne boit que de l'eau.

« Ayant le doz au feu et le ventre à la table, Estant parmi les pots et le vin délectable,

* Citée par M. Geruifiz , Cours de littérature, p. 91. — M. Prosper Taibé a publié, il y a quelques années, un choix des poésies d'Eas» tache Deschamps.

D'OLIVIER BASSELIN. 2JS

Ainsi comme un poulet, Je ne me laisserai mourir de la pépie, Quant en devrai avoir la face cramoisie Et le nez violet.

« Le cliquetis que j'ame est celui des bouteilles! Les pippes, les bereaux pleins de liqueurs vermeilles, Ce sont mes gros canons qui battent sans faillir, La soif, qui est le fort que je veuil assaillir.

« Je trouve, quant à moy, que les gens sont bien bestes, Qui ne se font plus tost au vin rompre les testes Qu'aux coups de coutelas, en cherchant du renom. Que leur cbault, estant mort, que l'on en parle on non?

« 11 vaut bien mieux cacher son nez dans un grant verre,

Il est mieux assuré qu'en ung casque de guerre ;

Pour cornette ou guidon suivre plustot on doibt

Les branches d'hierre ou d'if qui montrent où l'on boit '. t

La première moitié du quinzième siècle vit fleurir Charles d'Orléans, qui mérita de compter au nombre des poètes les plus renommés. Il éclipsa Christine de Pisan et Alain Chartier. Ses poésies ne brillent ni par la vigueur de la pensée, ni par l'éclat de la forme, mais elles ont une grâce maniérée qui ne manque pas de ebarme. Les rondeaux suivants , choisis parmi les meilleurs dans le grand nombre de ceux qu'il a composés, donnent une juste idée de cette poésie de cour, dont le défaut principal consiste dans l'absence d'originalité et d'inspiration.

« Tiegne soy d'amer qui pourra, • Plus ne m'en pourroye tenir;

* M. Geruzer, toc. cit., p. 93.

2i« RONDEAUX

Amoureux me faut devenir,

Je ne scay qu'il m'en adviendra.

Combien que j'ay oy de piéça

Qu'en amour? faut maints maulx souffrir,

Tiegne soy d'amer qui pourra,

Plus ne m'en pourroye tenir.

« Mon cœur devant hier accointa Beauté qui tant la scet chérir Que d'elle ne veut départir.

C'est fait, il est sien et sera.

Tiegne soy d'amer qui pourra, Plus ne m'en pourroye tenir.

« Allez-vous en, allez, allez, Soussy et mérancolie; Me cuidez-vous toute la vie Gouverner comme fait avez?

Je vous promets que non ferez; Raison aura sur vous maistrie .

Allez-vous en, allez, allez....

« Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareiller son logis Et ont fait tendre ses tapis De fleurs et verdure tissus.

« En estendant tapis velus De vert herbe par le paîs, Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareiller son logis.

« Cueurs d'ennuis piéça morfondus.

Dieu mercy, sont sains et jolis.

Allez-vous en. prenez païs, Yver, vous ne demourrez plus; Les fourriers d'Esté sont venu*.

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