ORATEURS CHRÉTIENS
étaient dépourvus de goût et d'instruction ; les autres faisaient leur principale étude de la scolastique. Jean Petit, Jacques Le Grant, Olivier Maillard, Menot, Messuyer, furent les principaux orateurs chrétiens du quinzième siècle. Agressifs, violents, se complaisant dans les images les plus bizarres, faisant du vice des descriptions dangereuses pour la jeunesse et les âmes pures, citant l'Ecriture à contre-sens et sans discernement, mêlés aux passions politiques et les excitant au lieu de les calmer, tels étaient la plupart des prédicateurs en France, vers les dernières limites du moyen âge ; tels on les vit encore vers la fin du siècle suivant ^.
Cependant, une invention destinée à renouveler la face du monde venait de se produire. En 1423, un peu plus tôt peut-être, une estampe représentant saint Christophe avait été gravée sur bois ^. On suppose que la gravure des cartes
* De Guasco, ibid.,i). 158 et suiv. — L'abbé de Guasco, qni était chanoine de la cathédrale de Tournay, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, et qui paraît avoir fait de ce sujet, où il était particulièrement compétent, une étude approfondie, ajoute : « Il nous reste fort peu de sermons entiers de ce temps-ià (règnes de Charles VI et de Charles Vil), et on a lieu de croire qu'il n'en faut pas regretter la perte. Je trouve dans Échard que deux prédicateurs dominicains, tous deux Provençaux, prêchoient en provençal. L'un est Fr. Griédon, dont les sermons roulent sur les épîtres dominicales; l'autre est un anonyme, dont on a, à Saint-Victor, un discours dans le même langage sur saint Jean-Baptiste, divisé en trois points : La doctrina de veritat, la flor de virginitat, la gronl amor et cari tôt. »
En ce qui concerne le cordelier Jean Petit, on sait que c'est lui qui entreprit de prouver, dans un discours apologétique, « par douze rai- « sons, en l'honneur des douze apôtres, » que le duc de Bourgogne avait bien fait d'assassiner le duc d'Orléans.
* « La plus ancienne épreuve connue d'une estampe gravée sur bois, avec date, est un saint Christophe, sans marque et sans nom, portant une inscription latine et l'année Millesimo ccccxx" tertio. Cette pièce est si grossièrement gravée, elle est d'un dessin si défectueux, qu'il est naturel de penser qu'elle doit être un des premiers essais de la gravure