‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 244 sur 359 · L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST

fondée à Dieppe, où l'art de fabriquer les boussoles était déjà pratiqué avec un succès qu'attestaient les préférences de tous les autres ports français ^.

Tel était donc, en France, vers la fin du moyen âge, l'état des arts , des lettres et des connaissances géographiques. L'architecture ogivale était, on l'a vu, dans une voie de décadence marquée ; toutefois , bien qu'à son déclin, elle construisait des églises, des châteaux et des maisons que les générations actuelles admirent. Cette architecture avait eu , au surplus , trois cents ans de splendeur pendant lesquels elle avait couvert la France et l'Allemagne d'oeuvres impérissables. La peinture française ne s'était pas encore révélée par quelqu'une de ces œuvres sur lesquelles se fixe l'attention des hommes; mais la peinture flamande et la peinture italienne avaient déjà pris leur essor, et elles s'élevaient, presque sans tâtonnement, à l'idéal de l'art. Au commencement du quinzième siècle , un livre , reflet fidèle des misères et des douleurs de ces temps malheureux, V Imitation de Jésus-Christ ^ avait été donné au monde pour lui apprendre à souffrir , à espérer. Un peu plus tard, trois grands écrivains , célèbres à divers titres , Antoine de La Salle, Villon et Commines éclairèrent leur âge d'un sillon lumineux. Enfin , l'invention de la gravure , de l'imprimerie , et , vers la même époque , la découverte

* M. d'Avezac, loc. cit., p. 221 et suiv. — M. Vitet constate en outre, 1° que les cartes les plus anciennes que possède aujourd'hui le dépôt de la marine ont été tracées par des Dieppois ; 2" que l'existence d'une chaire d'hydrographie à Dieppe, vers le milieu du quinzième siècle, est incontestable; 3° qu'en confirmant celte chaire en 1669, Colbert reconnut que la villp de Dieppe en avait joui de temps immémoriftl.

JACQUES CœUR EN 1451. 227

du cap Vert, des Canaries, des Açores , de Madère, de la Guinée, prélude d'autres découvertes plus importantes , enflammaient les imaginations et ouvraient de tous côtés aux esprits clairvoyants des horizons nouveaux.

Au moment où nous nous sommes arrêtés, c'est-à-dire en 1451, Jacques Cœur, à peine âgé de cinquante ans, semblait arrivé au plus haut degré de fortune que l'ambition puisse rêver. Nommé plusieurs fois ambassadeur, favorisé (il le croyait du moins) de toute la confiance du roi à qui il prêtait de l'argent pour reconquérir son royaume, possesseur de nombreux châteaux et de terres immenses, absorbant à lui seul presque tout le commerce intérieur et extérieur, rivalisant, par son trafic dans la Méditerranée, avec les Génois et les Catalans, une seule gloire semblait lui manquer, c'était d'avoir, comme les Dieppois et les Portugais, découvert dans l'Océan quelque terre nouvelle et agrandi la domination de la France. Qui sait si cet esprit infatigable et toujours à la recherche des vastes entreprises ne méditait pas quelque expédition dans les mers lointaines? Qui peut dire les églises et les châteaux qu'il aurait encore fait construire, les talents de toute sorte qu'il aurait fécondés?

Mais, ni ces projets, ni ces espérances ne devaient se réaliser. Des bruits, des dénonciations de mauvais augure auraient dû avertir Jacques Cœur que les jours de sa prospérité touchaient à leur terme. Peu à peu ses ennemis avaient circonvenu l'ingrat Charles VII , et les choses en étaient arrivées à ce point, qu'on ne cherchait plus qu'un prétexte, quelque absurde qu'il fût, pour le perdre. Ce prétexte, cela va sans dire, ne fut pas difiBcile à trouver.

22S INGRATITUDE UKS COURS.

Environ dix-huit mois auparavant, Agnès Sorel, a son lit de mort, avait désigné trois exécuteurs testamentaires, au nombre desquels tigurait Jacques Cœur.

Il fut accusé, on n'a jamais su sur quels indices, d'avoir empoisonné Agnès Sorel.

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