LES NAVIGATEURS DIEPPOIS ET PORTUGAIS
voyage de six mois, ils reviarent bq France avec un chargement considérable de poivre et d'ivoire. « La quantité <( d'yvoire qu'ils apportèrent de ces costes, dit un voya- « geur du dix-septième siècle, donna cœur aux Dieppois « d'y travailler, qui, depuis ce temps, ont si bien réussi « qu'aujourd'huy ils se peuvent vanter d'estre les meilleurs ('. tourneurs du monde, en fait d'yvoire ^. » De nouveaux voyages suivirent. Le plus célèbre fut celui du baron normand Jean de Béthencourt, seigneur de Grainvillela-Taincturière. Parti de Dieppe, au mois d'avril 1402, il s'empara successivement, non sans avoir soutenu des luttes très-vives avec les naturels, des diverses lies formant le groupe des Canaries, dont il fut déclaré roi. Vingt-trois ans après son premier départ pour les terres qu'il avait conquises, il revint en Europe, visita Rome, Florence, Paris, tomba malade dans son château de Grainville, et y mourut. Cependant, le bruit de ces entreprises s'était partout répandu. Dès 1419, les Portugais commencèrent cette série de découvertes qui devaient étendre leur nom et leur domination dans toutes les mers. Sous la féconde influence de l'Tnfant don Henrique, les expéditions maritimes de ce pays se succèdent sans interruption . La découverte de Porto-Santo eut lieu en 1419, celle de Madère un an après. Reconnues une première fois dans le courant du quatorzième siècle, les Açores furent retrouvées par des marins portugais, vers 1431*. A peu près vers la même époque, une école, longtemps célèbre, d'hydrographie et de cosmographie, fut
1 Villaud de Bellefond, cité par M. Vitet, Histoire de Dieppe, II* parlie, 2e édit., p. 200.
* M. d'Avezac, Conqueste des Canaries. Notice des découvertes faites nu moyen ârje dans l'océan Atlantique, antérieurement aux grandes explorations portugaises du quinzième siècle, p. 30 et suiv.