‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 263 sur 359 · DE LA FAVORITE · texte numérisé non relu

DE LA FAVORITE

que la dite défunte alla de vie à trespas, ung obit solennel à diacre et soubs-diacre, avec vigile de mort le jour précédent \ » L'église collégiale de Loches, à laquelle Agnès Sorel avait autrefois donné une croix d'or, une petite statue de la Madeleine en argent doré, divers joyaux et de magnifiques tapisseries, obtint en outre, par testament, deux mille écus d'or affectés à l'acquisition de plusieurs terres voisines de Fromenteau, ainsi qu'à la construction des stalles du chœur. D'autres églises, au nombre desquelles figuraient la collégiale de Saint-Martin de Léré dans le diocèse de Bourges et l'abbaye de Saint-Martin de Tours, eurent également part aux libéralités d'Agnès Sorel ^. Son frère, André Soreau, âgé de seize ans, n'eut que cinq cents écus, peur son avancement. Or, l'ensemble des sommes qu'elle laissa, dit l'historiographe de Charles VII, « tant « pour aumosnes, que pour payer ses serviteurs, fut estimé « à soixante mille escus. » Elle désigna, en même temps, ses exécuteurs testamentaires. C'étaient, après le roi, Jacques Cœur, Etienne Thevalier, et Robert Poitevin, un des médecins de Charles VII.

Les derniers moments d'Agnès Sorel furent pleins de regrets et d'angoisses. Voyant sa fin approcher, elle dit aux personnes qui l'entouraient , que c'estoit peu de chose , et orde et vile de nost7'e fragilité. Ses souffrances augmentant, elle demanda à son confesseur de l'absoudre de toute peine, en "\ertu d'une indulgence spéciale qu'elle avait à Loches ; le > ;onfesseur la crut sur parole et fit ce qu'elle désirait. « Puis, après qu'elle eut fait un fort haut

* Archives de Jumièges, lettres des exécuteurs testamentaires, citées par M. Vallet de Viriville. uhi supra, p. 3'?2.

- Obiluaire et pièces diverses, cilés par M. Vallet de Viriville, p. 325 el 326.

2o0 MAUSOLÉE DE JUMIÈGES.

cry, en appelant Dieu, et invoquant la benoiste vierge Marie, son âme se sépara de son corps, le lundy neuviesme jour de février, l'an mil quatre cent quarante neuf, environ sur les six heures après midi^, » Son cœur et ses entrailles furent déposés à l'abbaye de Jumièges, dans la chapelh même de la Vierge, où on lui éleva un mausolée en marbre noir, haut d'environ trois pieds, surmonté d'une statue en marbre blanc. Elle y était représentée à genoux, tenant entre les mains un cœur qu'elle offrait à la Vierge, pour la supplier de la réconcilier avec Dieu. Au pied du tombeau était un autre cœur également en marbre blanc. Ce mausolée, détruit dans les guerres religieuses du seizième siècle, portait l'épitaphe suivante :

(( (Ct gît ^giùd Ôurrlle, noble bamot^rllr, «n «on otoont (( bame ie tloqiterreièrf , br ûtaulté , b'Jedoubun tt br « t)frnon-«ur-JSftHf ; piteuse entre toutes gens, qui be « ses biens bonnoit largement aur églises et aut pauvres; (( qui trespûssa le ncuoirine jour be féorier be l'an be « grâce 1449. prie; JPieu pour elle. »

Deux épitaphes latines, où elle était qualifiée de duchesse, et comparée à une colombe, furent gravées plus tard sur le mausolée de Jumièges. Les religieux y célébraient ses vertus en termes qui, s'ils témoignent hautement de leur reconnaissance pour ses bienfaits, s'accordent assez

1 Jean Cliartier, dans Godefroy, p. 192. — Cette date correspond au 9 février 1450, nouveau style. On voil dans une autre pièce [Lettre» des exécuteurs testamentaires^ citées plus liaut) qu'Agnès Sorel était morte le 1 0 février. Bien que cette date ait un certain caraclère d'authenticité, c'est l'autre qui a prévalu.

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