REPENTIR ET DERNIÈRES VOLONTÉS
Tel était le crédit d'Agnès Sorel vers l'année 1449. Jamais, sans doute, il n'avait été plus grand. Si l'on en peut juger par le portrait allégorique qui fut fait d'elle vers cette époque et qui la représente le sein gauche entièrement découvert, les yeux baissés, d'abondants cheveux ondoyant sur des épaules un peu fortes, sa beauté devait être dans tout l'éclat de sa maturité. Trois filles qu'elle avait de Charles Vil lui étaient autant de garanties de la stabilité de son ascendant. De nouveau enceinte, elle vint, au mois de janvier 1449, à son château d'Anneville, près de Jumièges, pour y faire ses couches et se rapprocher du roi qui disputait courageusement la Normandie aux Anglais, assistant à tous les sièges, dirigeant lui-même les opérations. L'accouchement terminé, une maladie grave se déclara. Bientôt le danger devint imminent. « Alors, dit l'historiographe de la cour qui tenait ces détails du confesseur d'Agnès Sorel et auquel on doit toute confiance sur ce point, elle eut une fort belle contrition et repentance de ses péchez, luy souvenant de Marie-Madeleine, qui fut grande pécheresse au péché de la chair. » Elle avait, avant de tomber malade, écrit sur ses heures des vers de saint Bernard; elle les demanda pour les réciter, invoqua Dieu, la Vierge, et reçut les sacrements \ Elle s'occupa ensuite de dicter ses dernières volontés. Elle laissa à l'abbaye de Jumièges, d'après un acte authentique contemporain, « 800 saluz d'or de 60 au marc, pour convertir et employer à l'achapt de 60 livres tournois de rente, à la condition par les religieux de dire et célébrer perpétuellement et à toujours, c'est à sçavoir : par chacun jour, une messe basse de requiem^ et, par chacun an, au jour
* Jean Chartier, dans Godefroy, p. 192.