MONNAIES EXPORTÉES
portés au Soudan par Jean de Village, neveu et principal associé de Jacques Cœur, lors de l'ambassade dont on a vu plus haut les détails.
L'exportation des monnaies et des objets d'or et d'argent était alors, de même que celle des armes dans les pays a^^c lesquels on était en guerre, formellement défendue. Or, de nombreux témoins à charge déposèrent que Jacques Cœur et ses commis avaient transporté dans le Levant des quantités considérables de monnaies françaises, de la vaisselle et d'autres objets. D'après l'un des témoins, Jacques Cœur possédait sept galères qui devaient porter, à chaque voyage, de seize à vingt mille ducats. Il ajoutait que « sans grand argent, on ne faisoit rien de marchandise au pays de Levant. » Un autre témoin déclara que, dans un voyage qu'il fit en 4445, sur la galère Saint-Denis appartenant à Jacques Cœur, il remarqua qu'elle transportait de seize à vingt mille ducats en argent monnoyé. A Rhodes, on s'arrêta. « Là, dit-il, cet argent fut fondu et mis en platines signées d'une fleur de lys; et estoit de plus basse loy, de huit pour cent, dont les Sarrasins, auxquels le dit argent fut délivré
vaient rien fait d'illicite, mais le pape condamna ces décisions comme entachf'es d'hérésie. Un accommodement iniervint après de longues négociations, et le pape Benoît XII défendit seulement le commerce avec les infidèles, sans une autorisation du Sainl-Siége. A partir de ce moment, la vente des autorisations devint pour les papes une source de revenus. D'abord individuelles ef spéciales, les autonsalions circulèrent plus tard comme des lettres de chani:e, et les armateurs se les passèrent les uns aux autres, par endosspment.
En ce qui concerne le grief fait sur ce point à Jacques Cœur, il est à remarquer: 1° qu'il avait obtenu de plusieurs papes des lict-ncei pour trafiquer avec le Levant; 2° que, pendant le procès, le pape Nicolas V intervint formellement en sa faveur ; 3° enfin, que, par la suite, un autre pape l'accueillit avec les plus grands honneurs et le mit à la tête d'une expédition contre les infidèles.
ESCLAVE CHRÉTIEN RENVOYÉ A SON MAITRE. ?fi3
en Alexandrie, furent mal contens, et disoient qu'ils n'avoient point accoutumé veoir telles tromperies ^. »
L'embarquement forcé d'un certain nombre d'individus à bord d'une des galères de Jacques Cœur fut constaté par huit témoins. L'un d'eux rapporta qu'un jour plusieurs sergents de Montpellier et divers agents de Jacques Cœur « prirent coquins, ruffians, taverniers et autres méchantes gens, et les firent mener sur la galère Suint-Jacques qui alloit partir. » Parmi eux se trouvait un pèlerin allemand « honneste homme et de bonne conver^;ation, » dit le viguier de Montpellier. Cet Allemand demanda avec instance, à être débarqué, mais Jacques Cœur ne voulut pas y consentir. Un témoin, qui se plaignait lui-même d'avoir été embarqué de force sur la galère Saint- Jacques^ dit qu'il « vit ledit Allemand saulter en la mer et se noyer, combien que toute diligence fut faite de le recouvrer. Et, paravant qu'il se jetta, ploroit et disoit qu'on luy faisoit tort *. »
Au sujet de l'esclave chrétien qui avait été ramené de Montpellier à Alexandrie sur une galère, par l'ordre de Jacques Cœur, le patron de cette galère déposa qu'il était à Alexandrie lorsqu'un esclave de vingt-quatre à vingt-cinq ans vint le trouver et se jeta à ses pieds en disant : Pater noster^ Ave Maria. Interrogé s'il voulait être bon chrétien, cet esclave aurait répondu que c'était son désir et qu'il s'était sauvé de chez son maître dans ce but. La galèn- 5a?n^-/>en/s allait mettre à la voile; elle transporta l'esclave à Montpellier. A peine instruit du fait, Jacques Cœur envoya chercher le capitaine de la galère et lui reprocha vivement d'avoir dérobé cet esclave; il le prévint en outre
' Procès, etc., p. 439.
» Ibid., elc, p. 439 à 442.