‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 277 sur 359 · COURT DÉLAI PÙLR LA DÉFENSE · texte numérisé non relu

COURT DÉLAI PÙLR LA DÉFENSE

l'invitèrent à faire connaître ceux de ses gens avec lesquels il serait aise de s'aboucher. En même temps, ils lui en désignèrent deux, Jean Thierry et Pierre Jobert, qu'il pourrait entretenir, s'il le désirait. Jacques Cœur fit observer ([ue ni Jean Thierry ni Pierre Jobert ne se connaissaient en matière de finance, et il demanda, sauf le bon plaisir du roi, à se concerter avec l'évéque d'Agde, « n'y ayant homme au monde qui mieux le conseillast des dittes choses. » Cette permission lui fut refusée, ainsi que celle de voir Guillaume de Varye, son principal agent, et l'archevêque de Bourges, son fils. Force lui fut donc de s'entendre pour sa défense avec les hommes qu'on lui proposait. On lui permit, à la vérité, d'écrire à deux de ses facteurs, à son fils l'archevêque et à l'évéque d'Agde, à la condition qu'une copie de ses lettres serait déposée entre les mains des commissaires. Enfin, deux mois lui furent accordés pour préparer sa défense ^.

Un si court délai était évidemment insuffisant, car il fallait que Jean Thierry et Pierre Jobert allassent en Languedoc pour y rechercher diverses pièces que Jacques Cœur avait à produire pour sa justification , et dont la plupart ne furent pas retrouvées, bien qu'elles existassent réellement. Ils avaient aussi demandé à entendre quelques témoins, ce qui leur fut refusé. Les deux mois expirés, on s'aperçut que l'instruction de l'affaire n'était pas encore complète. Sur ces entrefaites, Jacques Cœur fut transféré à Tours et enfermé au château de la ville ; c'était la quatrième fois qu'il changeait de prison. Le 13 janvier i 453, Charles VII nomma une nouvelle commission pour l'interroger et termi-

' Procès, etc., p. 453 à 526. — Interrogatoires faits à Jacques Cuer, et ses réponses au comte de Dammartin,

ANIMOSITÉ DES JUGES. Jti

ner le procès. Ceux qui faisaient partie des commissions précédentes avaient sans doute, dans Tintervalle, été appelés à des emplois qui les éloignaient de la cour. Toutefois, l'un d'eux, l'âme et le directeur du procès, Otto Gastellani, figura jusqu'à la fin parmi les commissaires.

De son côté, Jacques Cœur persistait à décliner la compétence de ses juges et à revendiquer, en se fondant sur sa qualité de clerc, la juridiction ecclésiastique. Il contestait également la véracité des témoins, dont la plupart furent plus tard traités par ses enfants de « paillards perdus, infâmes et corrompus^ » Enfin, il était évident et Jacques Cœur savait mieux que personne, que les commissaires auxquels on l'avait livré lui étaient très-hostiles. La passion fut même, sous ce rapport, poussée si loin, qu'il y en avait, dans le nombre, avec lesquels il plaidait, au moment où ils étaient chargés de le juger ^.

Dans cette situation, ce qu'il avait de mieux à faire c'était de gagner du temps, et il n'y épargnait rien. Peut-être espérait-il que le pape, qui était intervenu en sa faveur auprès de Charles VII, serait plus écouté que les évêques de Poitiers et l'archevêque de Tours qui avaient, mais en vain, évoqué l'affaire dès le commencement. Seul, en effet, un tribunal ecclésiastique aurait pu, au milieu de toutes ces passions et de toutes ces cupidités conjurées, se montrer juste et indépendant. Mais l'intercession du pape n'eut pas plus de succès que les protestations des évêques; l'affaire était d'ailleurs trop engagée pour qu'on eût l'idée de l'arrêter. Au lieu de cela, on décida que le procès serait activé par tous les moyens. Jacques Cœur ayant, dans un

' 1 Procès, p. 641.

* Mémoires de Bonamy, cités plus haut.

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