RÉCLAMATION DE L'ÉVÊQUE DE POITIERS
saient les avocats, ne peut qu'il n'y ait eu des fautes au jugement *. » Quoi qu'il en soit, la sentence allait être exécutée. Le 4 juin, les commissaires et le chancelier de France 86 transportèrent à Poitiers pour la signifier à Jacques Cœur. Des délégués de l'évéque de Poitiers s'étant rendus auprès d'eux, au prétoire du palais, leur montrèrent les lettres de tonsure de Jacques Cœur et le réclamèrent de nouveau comme clerc solu. Leur réquisition étant restée sans réponse, ils revinrent le lendemain, mais on leur refusa l'entrée du prétoire, bien que tout le monde y pénétrât librement. Ils furent alors conduits dans la grande salle du palais, où ils restèrent seuls. Deux des commissaires, accompagnés du greffier du Grand Conseil, vinrent, un moment après, leur demander quel était le but de leur démarche. L'un des délégués répondit que la veille ils avaient réclamé, au nom de leur évèque, la personne de Jacques Cœur comme clerc solu et justiciable, à ce titre, de la juridiction ecclésiastique, et « pour ce qu'ils avoient entendu dire que les commissaires estoient assemblez pour besoignerau faictde son procès, ils estoient illec venus cuidant entrer au prétoire pour faire derechef et rafraischir leurréquisitoire.» — (' Vous n'entrerez point au Conseil et ne parlerez point àMesseigneurs du Conseil, dit un des commissaires, sans donner aucune explication. » — u Notre réquisitoire est juste, raisonnable et bien fondé, reprit l'un des délégués de l'évéque de Poitiers; vous devez la personne de Jacques Cœur à l'Église dont il est subject pour estre puny et corrigé selon l'exigence des cas, crimes et méfaicts par luy commis ; et au cas que mes dits sieurs du Conseil
• Bonamy, l»' Mémoire, Voir, pièce n" 11 , la consullation des avocats.
278 AMENDE liû.XÛRABLE DE JACQUES CŒUR
vouldroient procéder contre le dict Jacques Cuer et le coiitraiudre à faire amende bonorable ou autre exécution, de quoy pourroit estre infamé, nous en appelions au Roy, nostre souverain seigneur, bien conseillé, ou autres à qui. il appartiendra. » Le délégué demanda en même temps que le Conseil voulût bien surseoir à procéder contre Jacques Cœur j usqu'à ce qu'on eût des nouvelles du roi à qui l'évêque de Poitiers avait écrit ^.
Protestations et suppliques eurent le même sort. L'arrêt de condamnation reçut son exécution séance tenante, et Jacques Cœur subit la peine infamante que sa famille désirait surtout lui épargner. C'était le 5 juin 1453. Les commissaires qui avaient prononcé le sentence étaient rassemblés dans là salle du prétoire de Poitiers. On ouvrit les portes au putjiic accouru en foule. Le procureur général du roi ordonna qu on amenât Jacques Cœur. Il était nue teste, sans chaperouy ni ceinture^. On lui mit entre les mains une torche de cire pesant dix livres et on le fit mettre à genoux. Dans cette posture, il confessa, aux termes de l'arrêt . « Qu'il avoit mauvaisement, induement et contre raison, envoyé et faict présenter harnois et armes au soldan, ennemy de la foy chrestienne et du Roy, faict rendre aux Sarrazins un esclave chrestien, faict mener et transporter aux dicts Sarrazins grande quantité d'argent blanc, et aussy transporté et faict transporter grande quantité de billon d'or et d'argent hors ce royaume contre les ordonnances
* Procès de Jacques Cœur, etc., p. 563 à 593; pièce intitulée : Révision du procès demandée par Jean Cuer, archevêque de Bourges, prétendant son p'ere eslre clerc.
» Voir, dans les OEuvres d'Eslienne Pasquier, Amsterdam, in-folio, liv. m, p. 69, une lettre sur l'iniquité du procès de Jacques Cctur, et des observations au sujet de la disposition concernant la ceinture.