‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 281 sur 359 · EN FAVEUR DE JACQUES CCEUR · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE JACQUES CCEUR

de Jacques Cuer, son père, s'efForçoient de pourchasser plusieurs griefs, dommages, intérests, troubles et empescliemens à sa déiivrauce, dont et desquels griefs par lui dits et exposés, il a appelle et appelle où il pourra et devra, et de ce requiert instrument ou lettres testimoniales pour lui servir et valoir ce que pourra et devers qui il pourra^. » L'arrêt fut prononcé au nom du roi, à Lusignan, le 29 mai 1453, par Guillaume Juvénal des Ursins, chancelier de France. Tous les griefs articulés dans le procès y sont longuement énumérés, et reconnus fondés, à l'exception de l'accusation d'empoisonnement. L'arrêt déclare Jacques Cœur convaincu d'avoir fabriqué des monnaies fausses, c'est-à-dire d'un poids ou d'un titre inlérieurs au poids et au titre fixés par les ordonnances, d'avoir transporté de grandes quantités d'armes chez les Sarrasins et mécréants, et appauvri de la sorte le royaume de vingt mille marcs d'argent; d'avoir fait ramener à Alexandrie un jeune esclave qui s'était réfugié sur la galère Saint-Denis et s'était jeté aux genoux du patron en criant : Pater noster, ave Maria, disant qu'il voulait être chrétien ; d'avoir fait embarquer de force sur ses galères des hommes qu'il prétendait être des rufians et coquins; d'avoir reçu deux mille écus des seigneurs de Canillac et de La Fayette à l'occasion du mariage de la fille du roi avec le comte de Clermont; en dernier lieu, d'avoir commis, principalement en Languedoc, un grand nombre d'exactions, tant au préjudice du roi que de ses sujets. Ces divers crimes emportaient, d'après l'arrêt, la peine capitale; mais attendu que le pape avait rescript et faict requeste en faveur de Jacques Cœur, et, d'un autre côté, eu égard aux ser-

* Bonamy, !•' Mémoire.

27fi PEINES PRONONCÉES.

vices qu'il en avait reçus, Ciiarles VII lui laissait la vie sauve et le condamnait à faire amende honorable devant la personne du procureur général, nue teste, sans chaperon ni ceinture, à genoux, tenant en ses mains une torche ardente de dix livres, à racheter l'esclave qu'il avait renvoyé dans le Levant, ou tout au moins à faire ramener un autre esclave à Montpellier, et à rembourser aux seigneurs de Canillac et de La Fayette les deux mille écus qu'il en avait reçus. EnGn, Jacques Cœur devait payer au roi cent mille écus à titre de restitution, et trois cent mille écus à titre d'amende^, et tenir prison jusqu'à pleine satisfaction. « Et au surplus, disait l'arrêt en terminant, avons déclaré et déclarons tous les biens du dict Jacques Cueur confisquez envers nous, et l'avons banny et bannissons perpétuellement de ce royaume, réservé sur ce nostre bon plaisir ^. »

Le coup était porté. Après vingt-deux mois de prison et cinq changements de cachot, au caprice des juges, dont la plupart furent même remplacés pendant l'instruction de l'affaire, celle-ci avaitle résultat que l'on pouvait prévoir dès le début. Dans une consultation que les enfants de Jacques Cœur demandèrent par la suite aux plus célèbres avocats de Paris, ceux-ci constatèrent que le procès avait été fait de place en place, de château en château, sans confrontation de témoins, et que l'arrêt avait été rendu par des commissaires qui n'assistaient pas au commencement, a Ainsi, di-

* On a vu, d'après les indications de la notice sur la valeur des anciennes monnaies, que cette somme représenterait environ vingt-quatre millions de notre monnaie actuelle. — En racontant la mort de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Olivier de la Marche fait observer qu'il mourut le plus riche prince de «on temps, car il laissa quatre cent mille escus d'or comptons, et deux millions d'or en meubles seulement. (Collection Miciiaud et Ponjoulat, t. 111, p. 612.)

* Voir l'arrêt in extenso, aux pièces justificalivea, pièce n" 7.

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