LES CORDELIERS DE BEAUCAIRE
avait aussi joué un grand rôle dans le procès, eut, vraisemblablement au même prix que le comte de Dammartin, la terre et la seigneurie de la Motte, celles de Boissi, la moitié de celles de Roanne et de Saint-Aon, qui lui avaient été adjugées pour dix mille écus. La nouvelle maîtresse en titre du roi, Antoinette de Maignelais, devenue dame de Villequier, eut dans le Berri, pour huit mille écus d'or, la terre de Menetou-Salon, dont le payement ne dut pas lui être non plus très-onéreux. Enfin, les terres et seigneuries de Lavau, de Villebon et de Beauplessis, furent vendues, ou plutôt données à des courtisans en faveur, la première pour vingt livres tournois de rente, les deux dernières ensemble pour une rente de dix-sept livres tournois seulement^. D'autres terres et maisons restaient d'ailleurs encore à adjuger. Cependant, près de trois années s'étaient passées depuis que Jacques Cœur avait été condamné au bannissement perpétuel, indépendamment des quatre cent mille écus d'amende et de la confiscation de ses biens, et Charles VII, aggravant la sentence , le retenait toujours prisonnier. Aucun document ne fait connaître ce qu'il était devenu depuis le jour où il avait fait amende honorable à Poitiers. Etait-il resté enfermé dans le château de cette ville? avait-il été de nouveau transféré à Lusignan ou dans une autre prison? Rien ne l'indique. Quelle que fût cette prison, il parvint à se sauver et se dirigea vers la Provence. Arrivé à Beaucaire, il fut reconnu et se réfugia dans un couvent de Cordeliers, auquel Charles VIÎ le réclama. Heureuscriient, le couvent était lieu d'asile, et les Cordeliers tirent prévaloir leurs prérogatives *. Surveillé de près, il
* 1" Mémoire de Bonamy. — M. Raynal, loc. cit., p. 89.
* Fapon, hUtohe générale de Provence, t. III, p. 373, note, « Jacques CfEur ayant été reconnu à Beaucaire, lorsqu'il cherchait à sortir