CRI DE DÉTRESSE
ne tarda pas à intéresser à son sort un frère cordelier, qui consentit à porter à Jean de Village, alors à Marseille, une lettre dans laquelle il le suppliait d'avoir pitié de lui et de le tirer de cette franchise, ce qui serait lui sauver la vie. la lettre que Jacques Cœur écrivit dans cette extrémité a, par un rare bonheur, été conservée^. Les détails qu'elle contient donneront une idée des dangers dont il était entouré et de l'acharnement de ses ennemis.
« Jehan, mon bon nepveu, chier fils, pour tant qu'avès à moy affinité d'amour, et que vous est à cuer ma vie, à vous et à toute diligence me recommande, et pour Dieu, chier fils, ne tardiez plus de me venyr tirer hors de ceste franchise, estant que, dedans cinq jours, ils m'en tireront eus-mesmes pour me mectre à mort ou me occiront dedans, debvans jà estre parvenus à tèle fin se n'eust esté ce bon frère Hugault, bon frère; et jà ont tasché à m'occir en violence, m'estant sailli sus emmi la nuit ung despéchié d'Otto ^, et m'eust de faict occis se u'eust esté un maillet de pion que m'avait baillé le dit bon frère, duquel me suys mys en deffense; et aiant esté au couvent grant murmure de ce, se sont entremis de poison duquel m'a esté secrète-
du royaume, se réfugia dans une église....» Papon paraît s'appuyer sur une pièce contemporaine qui esl loin d'êlre aussi explicite sur ce point ; 5a version semble néanmoins fort probable.
' J'ai tenu entre les mains, non sans un vif intérêt, cette précieuse lettre. Elle faisait partie de la belle collection d'autographes du baron de Trémont, qui l'avait payée deu\ cent dix francs. Mise en vente depuis, elle a été adjugée à deux cent un francs. Son authenticité paraît incontestable. La lettre ne porte ni date ni indication de lieu. Dans le coin supérieur de gauche se trouve un signe convenu, sans doute, entre Jean de Village et Jacques Cœur. Elle est signée des deux initiales J. C. et du paraphe de Jacques Cœur. EnOn, la suscrip* tion porte ces trois initiales J. D. V. [Jean de Village).
* Otto Castellani. Voir ci-dessus, chapitre précédent, p. 259.