‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 305 sur 359 · LE PARTI ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE PARTI ANGLAIS

Cœur, immédiatement après son arrestation , consolidèrent ces heureux résultats. Le 23 juin, la ville de Bordeaux avait capitulé, mais sous diverses réserves, notamment à la condition qu'aucun nouvel impôt, taille, gabelle ou autre, ne pourrait être établi dans le pays. La Gascogne entretenait depuis longtemps des relations commerciales très-avantageuses avec l'Angleterre, à laquelle elle vendait une grande partie de ses vins. Par suite, elle s'était habituée à la domination anglaise. Il y avait, dans tous les cas, soit à Bordeaux, soit dans la province, un parti anglais considérable, dont les éléments existaient encore au dixseptième siècle ^. Il eût donc été à désirer, sous tous les rapports, que les engagements pris avec les habitants eussent été tenus; malheureusement, il ne put en être ainsi.

L'œuvre de Charles VII, la plus grande qui puisse échoir à un chef de nation, était de chasser l'étranger du territoire, quelques sacrifices qu'il dût en coûter. Cette œuvre, il l'accomplit, quoi qu'on en ait dit, honorablement. Retranchons de son règne les dix premières années que remplirent des faiblesses funestes ; on doit reconnaître que, pendant près de vingt ans, il eut devant les yeux la noble tâche qu'il s'était imposée; mais elle comportait de dures nécessités , en particulier, celle de frapper sans cesse le royaume de nouvelles contributions au-dessus de ses forces. Lorsque, en 1450, il avait voulu complet ter la conquête de. la Normandie, il s'était attribué les droits qui se levaient au profit de toutes les villes du royaume. La plupart d'entre elles réclamèrent, sous pré-» texte que ces droits n'étaient pas rentrés ou qu'ils avaient

i Voir, dans mon histoire de Colbert, chapitre XVIII, page 3G5, une lettre de l'intendantj du 2 4 avril 1676.

30k IMPOTS EXCESSIFS.

été dépensés. Mettant au-dessus de tout la délivrance de la France, Charles VII décréta un emprunt forcé sur les gens les plus aisés des villes. «Considéré, disent les lettres adressées aux maires et consuls, l'inconvénient qui pourroit advenir à nous et à tout noslre royaume se, par faute d'argent, convenoit, que Dieu ne veuille! nostre dite armée rompre ou désemparer, vous mandons expressément que, incontinent vues les présentes lettres, cueillez et levez par emprunt, sur les plus puissans et aisez d'iceluy pays que verrez le povoir mieux promptement prester, et ce par prise de corps et de biens et par toutes les manières accoutumées ^.. » Un des impôts que Charles VII fut obligé d'augmenter et qui pesait le plus sur les populations, était celui sur la vente du vin au détail. « Iceluy roy Charles, dit un chroniqueurdu temps, remit sus et fîstcourir lequatriesme, en son royaulme, des vins vendus à détail, qui moult grevoit au dict royaulme. Cestuy quatriesme feust venu décent à quatre; car quand, anciennement, il feust mis sus, on meit au centiesme et du centiesme au cinquantiesme, puis auvingtiesme, puis au huictiesme et puis au quatriesme. Toutes ces choses et subsides couroient en France, sans les gabelles de sel qui y couroient, et quelques impositions et autres débites, dont le peuple estait mungié^,.. » Pendant la première année qui suivit leur soumission, les habitants de Bordeaux et de la Gascogne n'avaient pas vu augmenter leurs impositions. Cette époque expirée, le gouvernement jugea sans doute que le moment était venu de soumettre la province à la règle commune. Il est aisé de se figurer l'émotion que l'impôt du quart de la valeur sur

1 Bibl. imp.Mss.; Portefeuille fonlanicu, 121-122. * Mémoires de Jacques Du Clercq, p. 175. — On verra, un peu plus loin, que ce chroniqueur n'était nullement hostile à Charles VJl.

DOLEANCES DES BORDELAIS. 305

les vins dut causer parmi ces populations. Un historien contemporain en a fait la description dans un récit où revivent toutes les passions du temps,

<t Après la rentrée volontaire de l'Aquitaine sous la domination de la France, les peuples demeurèrent, pendant un an, ainsi qu'on le leur avoit promis, exempts des tailles, collectes et autres exactions, qui, malheureusement, opprimoient le reste du royaume depuis bien des années. Mais les tyrans spoliateurs des autres parties de la France, envieux de la félicité et de la liberté de ces nouveaux sujets, levèrent bientôt sur eux des tributs, des collectes et des tailles, dont l'imposition se coloroit des prétextes les plus spécieux... — Ils disoient, entre autres, que Charles n'avoit d'autre but que d'assurer le repos de l'Aquitaine, et que l'impôt ne devait paraître ni lourd ni fâchevx, puisqiiilétoit dépensé par les troupes mêmes chez ceux qui le payaient, et qu'il rentrait, pour ainsi dire, dans la boui'se d'où il éloit sorti. Il falloit d'ailleurs s'opposer par tous les moyens aux manœuvres de l'Angleterre. En effet, c'étoit de l'Aquitaine qu'elle tiroit les vins dont elle étoit dépourvue ; c'étoit en Aquitaine que, pour les draps et les marchandises dont leur royaume abonde, les Anglois trouvoient un débouché sûr, avec la facilité de les faire passer de là en Espagne et dans les autres pays circonvoisins , au grand avantage de leur nation, plutôt que des Bordelois et des habitants de la Provence...

« C'étoit par ces discours et ces prétextes ordinaires aux gens de finance, quand ils veulent étouffer les plaintes et les murmures des provinces de la France dont ils dévorent la substance, qu'on cherchoit à faire supporter aux Bordelois et aux Gascons le fardeau des impositions. Ces peuples résistoient toujours. Ils envoyèrent au Roi une députati.on. —

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