AU BON PLAISIR DU ROI
Charles VII ne serait jamais parvenu à chasser les Anglais de la Normandie et de la Guienne), dénote, à coup sûr, une grande habileté. Reste à savoir si elle ne fut pas fatale à ses successeurs, et si l'abus qu'ils en firent n'est pas la cause principale de la révolution formidable à laquelle nos pères ont assisté.
Malheureusement pour Charles VII, les historiens se sont habitués à le juger, non sur rensemble, mais d'après les commencements de son règne, où il laissait assassiner ses favoris sous ses yeux^ où Jeanne Darc fut prise, vendue, condamnée et brûlée, sans qu'il ait rien tenté en faveur de l'héroïne qui lui avait rendu une partie de son royaume. La fortune de la France permit qu'il devint meilleur en régnant^. Très-défiant de lui-même, il était timide à l'excès. Un de ses conseillers lui reprochait un jour de « se tenir caché en châteaux, méchantes places et manières de petites chambrettes, sans se montrer et ouïr les plaintes de son pauvre peuple ^ » Ces faiblesses des premiers temps disparurent, il est vrai, avec les années. Dans la suite, Charles VII se montra à ses peuples, à ses armées, aux ennemis de la France ; mais les défauts de caractère res-
porle... Et ils luy oifrent, c'est à scavoir, Messieurs de l'Église, prière* et oraisons, et tout ce qu'ils pourront faire touchant le service divin; et en après, tous les autres ensemble, tant MM. du sang, MM. les nobles, MM. d'Église, et gens des cités et bonnes villes, offrent pour eux et pour tous les autres absens et habitans de ce royaume, leurs corps, leurs biens, et tout ce qu'ils pourront liner (trouver) d'argent, et de le servir et obéir envers tous et contre tous, sans nul excepter, jusqu'à la mort inclusivement.... » {Recueil général, etc., t. VIII, p. 731.)
* M. Quicherat, Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, p. 24.
* Épiire de Jean Jouvenelle des Ursins à Charles VIL Bibl. imp., Mss. Fonds Saint-Germain, n" 352, folio 74, citée par M, Quicherat.