‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 34 sur 359 · DES ANCIENNES MONNAIES. XLV · texte numérisé non relu

DES ANCIENNES MONNAIES. XLV

demy, c'esl-à-dire huict fois davantage. Qu'inféré-je donc de ceci? c'est que les quatre millions du roy Charles revenoient à trente-deux millions, et vaUoient huict fois plus que ne font quatre millions d'à présent, et que le roy ne faictpas plus avec les trente-deux millions qu'il tire que faisait ce roy-là avec S07i million équivalent à quatre millions en force de monnaye *. »

Dans des observations publiées en 17oo sur l'Histoire de France du père Daniel , le père GrifFel calcula que les 400,000 écus d'amende auxquels Jacques Cœur avait été condamné équivalaient à 4,228,360 livres au milieu du dix-huitième siècle. Or, le marc d'argent, qui valait environ 8 livres l'année de la condamnation de Jacques Cœur, était, en 1755. de 54 livres. D'autre part, l'écu représentait, vers 1453, environ 28 sous; 400,000 écus faisaient donc 560,000 livres qui, en ayant égard à la seule différence de la valeur du marc d'argent aux deux époques, auraient égalé, en poids, 3,780,000 livres. Le père Griffet n'indique pas, d'ailleurs, d'après quelles données il a fait ses calculs, dont les résultats sont, on le verra mieux encore plus loin, de beaucoup au-dessous de la réalité.

Trois années après, en 1758, le docteur Quesnay signalait, dans son Tableau économique, la différence de l'argent à deux époques données. Ayant à se rendre compte du loyer réel des terres, il constatait, au sujet d'une terre située en Bourgogne, qu'à la fin du quinzième siècle, le marc d'argent, qui valait 12 livres, payait 12 setiers de blé. c Or, ajoutait Quesnay, celte quantité de blé vaudrait aujourd'hui, sur le pied de 18 livres le setier, 216 livres au lieu de 12 ; le sou d'alors était donc à celui d'aujourd'hui comme un est à dix-huit *. »

Cette évaluation, tout incomplète qu'elle était, fut comme un trait de lumière, car l'appréciation, cependant plus exacte, de Scipion de Gramont avait, à ce qu'il paraît, été totalement perdue de vue. C'est de ce moment, en effet, c'est-à-dire de la publication du Tableau économique, que date une série, non interrompue depuis, de recherches ayant pour objet d'établir, à un point

1 Le denier royal, traicté curieux de Vor et de l'argent, par Scipion de Gramont, sieur de Sainct-Germain, secrétaire ordinaire de la chambre du Roy. Paris, 1620, in-12 de 299 pages.

' OEuvres de F, Quesnay ; édition Guillaumin, les Physiocraies, 1" partie, p. 121 , noie.

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