DES ANCIENNES MONNAIES. LVII
trinsèque des monnaies de même nom était, à cette époque, vingt-cinq fois plus grande qu'aujourd'hui, c'est-à-dire qu'une livre d'alors vaut intrinsèquement 23 livres actuelles, 1 sou 25 sous, 1 denier 23 deniers, et nous venons de voir que, dans le commerce, une monnaie ancienne avait autant de valeur que cent monnaies modernes de la même espèce : donc il faut multiplier par 4 la valeur intrinsèque pour obtenir la valeur extrinsèque ou commerciale ; donc le pouvoir de l'argent sesl abaissé de 4 à 1 . »
Les économistes italiens ont envisagé la question de la valeur relative des monnaies au même point de vue que Quesnay, Smith, Germain Garnier, Jean-Baptiste Say, et ils ont vu dans le prix du blé le véritable, l'unique moyen de se rendre compte de la différence du pouvoir de l'argent à deux époques données. « Le blé, a dit l'un d'eux, est l'unique objet dont le prix n'a pas subi de variation depuis plusieurs siècles. En effet, bien qu'il y ait, d'une année à l'autre, une différence dans les prix, cependant, si l'on en réunit un certain nombre, on tiouvera qu'il n'y a pas eu de variation depuis un long cours de temps *. » D'après un économiste italien contemporain, M. Louis Cibrario, la mesure commune pour comparer la valeur des anciennes monnaies avec la valeur de celles en usage est le blé qui satisfait au premier, au constant, à l'universel besoin des hommes, et qui s'équilibre sans cesse avec le nombre et les conditions des populations. M. Cibrario croit, d'ailleurs, contrairement à une opinion généralement admise, que la valeur des choses a peu varié depuis le moyen âge, et qu'on se procure aujourd'hui, avec une quantité d'argent égale, les mêmes services qu'il y a quatre siècles. Suivant lui, les calculs antérieurs ont été faits d'après des bases erronées. « On verra, dit-il, par les tableaux que je donne, que la somme strictement nécessaire pour la vie, comme, par exemple, pour la nourriture des prisonniers, des villageois, et pour l'achat de divers objets de première nécessité, était, à très-peu de chose près, au quatorzième siècle ce qu'elle est aujourd'hui *. »
* Pagnini, Del prexzio délie cose, cité par M. Louis Cibrario dans son livre Delta economia politica del medio evo. 1 voK in-8, Turin,
' Délia economia, etc., cap. VII, p. 469 et 479. — M. Cibrario est, je crois, seul de cette opinion ; je dois ajouter qu'il se borne à énoncer,