‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 50 sur 359 · DES ANCIENNES MONNAIES. LXV · texte numérisé non relu

DES ANCIENNES MONNAIES. LXV

tion, il faudrait savoir si les prix qui nous ont été transmis s'appliquent à une année de disette ou d'abondance, à l'été ou à l'hiver, à Paris ou à la campagne, enfin à telle ou telle province. Faute de ces renseignements, et pour peu qu'on veuille raisonner du particulier au général, on est exposé à tomber dans les plus grandes erreurs. L'exemple suivant en donnera une idée.

On sait que Dupré de Saint-Maur a indiqué, dans son Essai sur les monnoies, le prix d'un grand nombre d'objets de consommation pendant cinq siècles entiers, du treizième au dix-huitième *. On voit, à l'année 1434, qu'un pourceau fut vendu 27 sous.

D'un autre côté, M. Léopold Delisle constate dans ses Études sur la classe agricole en Normandie, que, la même année, un pourceau fut vendu à la Haje-du-Puits, 2 s. 4 d.

En appliquant à ces deux prix la règle que nous venons de poser, on arrive à ce résultat:

D'après le prix donné par Dupré de Saint-Maur, un pourceau aurait été vendu en 1454 SI fr. 30 c.

D'après lé prix indiqué par M. Delisle 4 44

Suivant toutes les apparences, le renseignement fourni par Dupré de Saint-Maur serait applicable à la vente, effectuée à Paris, d'un pourceau beaucoup plus gros que celui dont le prix a été relevé dans un village de Normandie. Les deux indications peuvent donc être considérées comme parfaitement exactes ; cependant on voit à quelles conclusions elles peuvent mener.

Les prix relatifs des denrées au moyen âge et de nos jours ne peuvent donc guère, on le voit, servir de terme de comparaison. De même, en ce qui concerne le salaire des journaliers de la campagne, il serait utile de savoir si la nourriture leur était donnée en sus, ce qui arrivait fréquemment, sans que ce fût pourtant une réglé générale.

* Essai sur les monnoies, ou Réflexions sur le rapport entre l'argent et les denrées. Paris, 1746. — 11 semble que cet ouvrage devrait traiter la question de la valeur relative des monnaies; il n'en est pourtant rien. Dupré de Saint-Maur se borne à faire remarquer dans une note {prix de l'année i202) que, depuis cette époque, la plupart desclioses sont enchéiies de 1 à 40 environ. Ainsi, dil-il, «une livre d'élain commun est montée de 6 deniers à 20 sous ; une livre de cire, de 1 sou 2 deniers à 48 sous, etc., etc. ■

Lxviii VALEUR

Mais il est des objets dont le prix, indépendant des lieux et des saisons, devait être, à peu de chose près, le même dans toute la France; tels sont les objets d'art et de luxe, les épiceries, Id soie. La connaissance approximative du prix de ces objets, de même que celle des salaires de certains emplois, pouvant être de quelque utilité pour apprécier les exigences de la vie au quinzième siècle, comparées à celles du dix- neuvième siècle, oi trouvera ici quelques indications de prix ou de salaires avec l'é valuation de leur valeur à l'époque actuelle.

Valeur en monnaie du temps et en monnaie actuelle^ de gages et de salaires, pendant le quinzième siècle, d'après Leber *.

Vers 1408. — Gages, par an, du grand chambellan, du grand panetier, du grand maiire d'hôtel, chacun 2,000 livres, soit en monnaie actuelle. . . . 88,000 fr. Du confesseur et du médecin du roi, outre les vivres

pour cinq personnes, chacun 600 livres, soit. . . 26,400 »

De l'aumônier du roi, jiOO livres, soit 22,000 »

Du chirurgien du roi, outre les vivres pour trois

personnes, 300 livres, soit 13,200 »

D'un présidenldescompte.-du roi, I.OOOlivres, soit. 44,000 »

D'un maître des comptes du roi, 600 livres, soit. . 26,400 »

1413. — Du prévôt de Laon, 75 livres, soit. . . . 3,093 » Du garde de l'horloge à Vincennes, 31 livresSsous,

soit • i,28") »

Du peintre du roi, 136 livres, soit o,610 »

1423. SoLDEd'unhonmied'armesàchevaljlsou, soit. 2 20

— à pied, 8 deniers, soit i 47

— d'un archer, 6 deniers, soit 1 10

1472. Gages du chancelier de France, 4,000 livres,

soit 420,000 »

' Appréciation de la fortune privée, etc., p. 64 et suiv. — On remarquera que les prix d'évaluation de Leber varient avec les années. Celle variation vient de celle du marc d'argent.

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