‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 6 sur 359 · PREFACE. VU · texte numérisé non relu

PREFACE. VU

jugements que les principaux annalistes et historiens ont jusqu'à présent portés sur lui. On suivra ainsi, pas à pas, les variations de l'opinion à l'égard d'un Français illustre, et l'on aura sous les yeux tout ce qui est de nature à répandre quelque jour sur une question que l'on peut, je crois, juger aujourd'hui en dernier ressort.

Le premier en date des chroniqueurs contemporains est Jean Chartier, religieux de l'abbaye de Saint-Denis et historiographe de Charles VII. La condamnation de Jacques Cœur n'est, de la part du timide écrivain, l'objet d'aucune réflexion. Il enregistre les griefs et l'arrêt sans approuver, mais sans blâmer. C'est le même chroniqueur qui raconte, après s'être livré, dit-il, auprès des personnes les plus dignes de foi, à une sorte d'enquête au sujet des bruits qui couraient sur les relations de Charles VII et d'Agnès Sorel, que « oncques, on ne la vit toucher par le Roy au dessous du menton ^ » Or, il existe des lettres patentes par lesquelles trois filles naturelles de Charles VII et d'Agnès Sorel sont reconnues et dotées. On chercherait vainement un historiographe plus complaisant. Inutile d'ajouter que ce n'est pas dans l'extrait suivant de Jean Chartier qu'il faut s'attendre à trouver la cause véritable de la disgrâce de Jacques Cœur ^.

« L'an 1452', dit-il, fust pris etarresté prisonnier par le commandement et ordonnance du Roy, Jacques Cueur, son argentier et conseillier, pour aucuns cas touchant la Foy catholique, et aussi pour certain crime de lèze-majesté, comme autrement. Or, il est

1 Histoire du roy Charles VII, par Denis Godefroy. » Ibid., p. 259.

' Ce n'est pas en 1452, mais le 31 juillet 1451 qu'eut lieu cette arrestation.

viît PREFACE.

vray que ledit Jacques estoit cause et estoit accusé d'avoir baille, administré et délivré aux Sarrasins ennemis de la Foy chrestienne des armures de toutes sortes à l'usage de la guerre, et mesmement qu'il avoit envoyé plusieurs armures et ouvriers pour icelles faire et pour instruire et former les Sarrasins, pour les faire faire, ce qui estoit au grand préjudice et dommage de toute la chrestienté. Et fust encore arresté ledit Jacques Coeur pour ce que luy, plus meu et porté de sa volonté que de sa raison, par l'instigation de l'ennemy de nature, et par convoitise ou autrement, comme infidèle, a rendu, par sa puissance désordonnée, un chrestien qui estoit eschappé des mains des Sarrasins, où il avoit esté détenu prisoimier par long espace de temps, et souffert maint grant martyre, pour la Foy de Jésus-Christ nostre Rédempteur, et l'avoit envoyé de fait et de force audit pays des Sarrasins, en méprisant la loy de nostre Rédempteur. Il fut, de plus, arresté prisonnier, comme il se disoi't, pour avoir pris, extorqué et rapine induement, ainsi qu'on luy imputoit, plusieurs grandes finances et deniers royaux sur les pays du roy de France, tantes pays de Langue-doc et Langued'ouy, comme ailleurs. Parquoy plusieurs des habitants d'iceux lieux furent contraints de s'absenter, ce qui ne pouvoit estre qu'au grand dommage du Roy et de son Royaume. Il fut encore arresté pour ce que mesmement il estoit accusé d'avoir dérobé et pillé les finances du Roy, desquelles il avoit le gouvernement, et lesquelles passoient par ses mains de jour en jour *... »

Un autre chroniqueur contemporain, Mathieu de Coucy ^ entre dans de curieux détails sur le commerce de Jacques

• L'historiographe Jean Chartier dit de Jacques Cœur, dans un chapitre précédent, à propos de la conquête de Normandie, « qu'il inventoit les manières et trouvoit toul«ië le» subtilités à luy possibles aOn d'avoir finances et recouvrer argent de toutes parts, dont il a fallu sans nombre pour entretenir les armées et souldoyer les gens de guerre. » Voir Godefroy, p. S 17.

* Voir, dans Godefroy, Histoire de Charles Vil, p. 691. — Les Mémoires de Mathieu de Coucy ou d'Escoussy ont été réimprimés récemment dans la collection de la Société de l'iiistoire de France.

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