VI PREFACE
France n'a été, de son vivant, plus aimé et plus populaire que Charles VII.
Cette popularité étant admise et bien établie, on devait s'attendre à voir Jacques Cœur jugé par les contemporains avec la plus grande sévérité. Il n'en est pourtant rien, et non-seulement ceux-ci n'ont pas pour lui une parole de blâme, mais ils attribuent positivement la disgrâce dont il fut la victime à sa grande fortune et aux envieux qu'elle lui suscita. Une autre circonstance non moins digne d'être signalée, c'est le silence absolu de l'un d'eux, Gilles le Bouvier, dit Berry, premier héraut d'armes de Charles YII, sur cette disgrâce mémorable qui fut, il est aisé de s'en convaincre, un des événements importants de l'époque. Comment expliquer jusqu'à l'absence du nom même de Jacques Cœur dans sa chronique, cependant fort détaillée? Ce mutisme, évidemment volontaire, ne prouve-t-il pas que le héraut ne voulait pas donner raison au plus faible contre le plus fort? Le silence des historiens est parfois aussi la leçon des roir..
Le lecteur va d'ailleurs juger, par les extraits que je vais mettre sous ses yeux, en attendant d'entrer dans les détails, de la nature et de la grandeur des services que rendit Jacques Cœur, de sa prodigieuse faveur, de ses immenses richesses, et du retentissement de sa chute. Fidèle à mes habitudes, j'ai tenu, dans ce nouveau travail, à m'appuyer uniquement sur les documents officiels , authentiques , heureusement en assez grand nombre , qui sont parvenus jusqu'à nous, malgré les incendies, l'incurie des hommes, et quatre siècles complètement révolus. II m'a paru, en outre, qu'il serait tout à la fois intéressant et utile de réunir ici, aux extraits des mémoires des contemporains se rattachant directement à Jacques Cœur, les divers