DAMAS
enfin que les essences de roses et les confitures y étaient particulièrement renommées^.
De son côté, l'écuyer du duc de Bourgogne, qui vit Jacques Cœur à Damas, raconte que cette ville, bien qu'elle eût été saccagée et réduite en cendres au commencement du quinzième siècle par Tamerlan, comptait, trente ans après, plus de cent mille habitants^. Un entrepôt, sur les murs duquel des fleurs de lis étaient sculptées, et qui avait été fondé, suivant toutes les apparences, par un Français, recevait toutes les marchandises précieuses. Cependant, les chrétiens étaient à Damas l'objet d'une profonde aversion, et, chaque soir, on les enfermait dans leurs maisons'. Il en était de même à Alexandrie, sous prétexte que l'on craignait qu'ils ne profitassent de la nuit pour s'emparer du gouvernement. Indépendamment de cette ville. Rosette et Damiette sur la Méditerranée, Suez sur la Mer-Rouge, étaient les ports principaux de l'Egypte; mais déjà, vers 1430, Alexandrie perdait chaque jour de son ancienne prospérité, et tout le mouvement de la ville s'était retiré dans le quartier voisin du port, où les chrétiens avaient leurs établissements*. A Beyrouth, entrepôt des marchandises de Damas et des soies du Liban, la décadence était également sensible *. Jaffa, l'ancienne Joppé, était gran-
1 Viaggio di L. N. Frescobaldi in Egito e in Terra Santa ; Home, 1818; cité par Depping, Histoire du commerce entre le Levant et l'Europe, depuis les croisades jusqu'à la fondation des colonies de l'Amérique, t. Il, p, 299 et suiv. Notes.
* Bertrandon de la Brocquière, Ms., lac. cit. — Ce Voyageur dit que Damas renfermait cent mille hommes. N'aurait-il voulu parler que de la population mâle? ce n'est guère probable. D'après Balbi (Abrégé de géographie, 1833), il y aurait aujourd'hui à Damas 140,000 âmes.
' De la Brocquière, Ms., loc. citt
* Pardessus, loc. cit., p. xliv.
* De la Brocquière, loc. citt
El L'ILE DB CHYPRE EN 1341. 15
dément déchue de sa splendeur passée, et un voyageur la trouva, en 1422, bien déroquiée^. La plus riche et la plus florissante de toutes les villes de l'Orient était, notamment au quatorzième siècle, Famagouste, capitale de l'île de Chypre. Ni Venise ni Constantinople ne lui étaient comparables. Une foule de Grecs, d'Arméniens, d'Arabes, de Turcs, d'Ethiopiens, de Syriens, de Juifs, y coudoyaient sur ie port les marchands arrivés de la Vénélie, de l'Allemagne, de la Ligurie et des Deux-Siciles , 6u Languedoc, de la Flandre et de l'Aragon.
« Il y a dans ce pays de Chypre, écrivait en 1341 Rodolphe <Ie Saxe à l'évéque de Paderborn, les plus généreux et les plus riches seigneurs de la chrétienté. Une fortune de trois mille florins annuels n'est pas plus estimée ici qu'un revenu de trois marcs chez nous *. Mais les Chypriotes dissipent tous leurs biens dans les chasses, les tournois et les plaisirs. Le comte de JafFa, que j'ai connu, entretient plus de cinq cents chiens pour la chasse. Les marchands de Chypre ont aussi acquis d'immenses richesses; et cela n'est pas étonnant , car leur île est la dernière des chrétiens vers l'Orient; de sorte que tous les navires et toutes les marchandises, de quelque rivage qu'ils soient partis, sont obligés
1 Voyage du Sire de Lannoij en Egypte et en Syrie, cité par Depping, dans son Histoire du commerce entre le Levant et l'Europe, t. I, p. 89.
2 II est bien difficile de préciser la valeur dont parle ici Rodolphe de Saxe. D'après Du Gange, il y eut en France des florins de quatorze sols et des florins de quarante-un sols, sans compter ceux d'une valeur intermédiaire. Il y avait en outre les florins d'Italie dont les variétés étaient fort nombreuses et les florins d'Allemagne. Quelle était la valeur des florins de Saxe, en 1341 , date de la lettre citée? c'est ce que je ne saurais déterminer. Je dois ajouter néanmoins que, cent ans plus tard, Charles VII défendit la circulation de florins d'Allemagne, dits mailles au chat, qui avaient cours en France pour quinze sols six deniers {Ordonnances des rois de France, t. XIV). 11 est probable que les florins dont il s'agit dans la lettre de Rodolphe de Saxe avaient une valeur à peu près équivalente.