‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 67 sur 359 · FAMAGOUSTE · texte numérisé non relu

FAMAGOUSTE

de s'arrêter en Chypre. De plus, les pèlerins de tous les pays qui veulent aller oulre-naer doivent descendre d'abord en cette île. De sorte que l'on peut y savoir, à tous les instants de la journée, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, par les lettres ou les étrangers qui y viennent incessamment, les nouvelles et les bruits des contrées les plus éloignées. Aussi les Chypriotes ont-ils des écoles particulières pour apprendre tous les idiomes connus.

« Quant à la ville de Famagouste, c'est une des plus riches cités qui existent. Ses habitants vivent dans l'opulence. L'un d'eux, en mariant sa fille, lui donna, pour sa coiffure seule, des bijoux qui valaient plus que toutes les parures de la reine de France ensemble, au dire de chevaliers français venus avec nous en Chypre. Un marchand de Famagouste vendit un jour au sultan d'Egypte, pour le sceptre royal, une pomme d'or enrichie de quatre pierres précieuses, une escarboucle, une émeraude, un saphir et une perle. Ce joyau coûta soixante mille florins : quelque temps après la vente, le marchand voulut le racheter et en offrit cent mille florins : mais le sultan les refusa....

« Il y a dans telle boutique que ce soit de Famagouste plus de bois d'aloès que cinq chars n'en pourraient porter. Je ne dis rien des épiceries, elles sont aussi communes dans cette ville et s'y vendent en aussi grande quantité que le pain.

« Pour les pierres précieuses, les draps d'or et les autres objets de luxe, je ne sais que vous dire ; on ne me croirait pas dans notre pays de Saxe.

« Il y a aussi à Famagouste une infinité de' courtisanes ; elles s'y sont fait des fortunes considérables, et beaucoup d'entre elles possèdent plus de cent mille florins; mais je n'ose vous parler davantage des richesses de ces infortunées '. »

En échange de ses vins, du sucre en poudre, de l'indigo,

* Rodolphe de Saxe, De terra snncta et itinere Jherosolimiiano, in-4, quinzième siècle; sans lieu ni date. — Cité par M. de Mas Latrie, dans un travail intitulé : Des relations politiques et commerciales de l'Asie Mineure avec Vile de Chypre, sous le règne des princes de la maison de Lttsirjnan, publié par la Biblioilicqtte de l'École des Charles, t. I, 2* série, p. 310 et suiv.

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