DEVANT LE SÉNAT
de vaisseaux le recouvrement de ces marchandises entretient en activité, soit pour les porter en Lombardie, soit pour aller les chercher en Syrie, en Romanie, en Catalogne, en Flandre, en Chypre, en Sicile, sur tous les points du monde. Venise gagne deux et demi à trois pour cent sur le fret. Voyez combien de gens vivent de ce mouvement : courtiers, ouvriers, matelots, des milliers de familles, et enfin les marchands dont le bénéfice ne s'élève pas à moins de six cent mille ducats. Sachez que tous les ans, Vérone prend deux cents pièces d'étoffes d'or, d'argent et de soie; Vicence, cent vingt; Padoue, deux cents; Trévise, cent vingt; le Frioul, cinquante; Feltre et Bellune, douze; que vous fournissez à ces divers pays quatre cents charges de poivre, cent vingt fardes de cannelle, cent milliers de gingembre, cent milliers de sucre, et deux cents pains de cire par an. Florence vous envoie des marchandises pour la valeur de seize mille sequins, et trois cent cinquante mille en espèces pour lesquelles elle reçoit des laines d'Espagne et de France, des grains, des soies, de l'or et de l'argent filés, de la cire, du sucre et des bijoux. Enfin, le commerce de Venise met en circulation, tous les ans, dix millions de sequins. — Vous êtes les seuls, disait le doge en terminant, à qui la terre et la mer soient également ouvertes. Vous êtes le canal de toutes les richesses; vous approvisionnez le monde entier; tout l'univers s'intéresse à votre prospérité; tout l'or du monde arrive chez vous' . »
Pendant que Pise, dont les entreprises maritimes avaient, au treizième siècle, jeté un si vif éclat dans la Méditerranée, disparaissait de la scène commerciale, Florence, son heureuse rivale, après s'être longtemps bornée à la fabrication de la draperie, venait d'acquérir tout à coup une importance considérable par la cession que la république de Gênes lui avait faite, en 1421, du port de Livourne. Au commerce des laines, des draps et des soieries,
1 Daru, loc. cit., t. H et III, liv.. XIII et XIX ; Pardessus, Depping, Blanqui, loc. cit.; Villeneuve-Bargemont, Histoire de l'Économie politique, t. I, chap. VIII.