LE DOGE MOCENIGO
un parti qui, à l'instigation des Florentins, cherchait à l'entraîner dans une guerre à laquelle le doge Mocenigo était opposé. Dans plusieurs discours qui ont été conservés, Mocenigo déroula avec un juste orgueil, au sénat, le brillant tableau des affaires de la république, montrant par là ce que les citoyens auraient à souffrir de la guerre.
«Toutes les semaines, disait-il, il nous arrive de Milan dix-sept à dix huit mille ducats,- de Monza, mille; de Côme, trois mille; de Tortone et de Novarre, deux mille; dePavie, autant; de Crémone et de Parme, autant ; de Bergame, quinzecents. Tous les banquiers déclarent que le Milanais a tous les ans seize cent mille ducats à nous solder. Tortone et Novarre achètent par an six mille pièces de drap;Pavie, trois mille; Milan, quatre mille; Crémone, quarante mille ; Cône, douze mille ; Monza, six mille ; Brescia, cinq mille ; Bergame, dix mille; Parme, quatre mille; en tout, quatre-vingt-quatorze mille pièces. Ces villes nous envoient en outre de l'or fin pour quinze cent cinquante-huit mille sequins. Nous faisons avec la Lombardie un commerce de vingt-huit millions de ducats. Les Lombards achètent de nous, tous les ans, cinq mille milliers de coton, vingt mille quintaux de fil, quatre mille milliers de laine de Catalogne et autant de France, des étoffes d'or et de soie pour deux cent i cinquante mille ducats ; trois mille charges de poivre, quatre cents fardes de cannelle, deux cents milliers de gingembre, pour quatre-vingt-quinze mille ducats de sucre ; autres marchandises pour coudre et broder, trente mille ducats; quatre mille milliers de bois de teinture ; grains et plantes de teinture, cinquante mille ducats ; savon, deux cent cinquante mille ducats; esclaves, trente mille 1. Je ne compte pas le produit des sels. Considérez combien
' Les Vénitiens ne fournissaient pas des esclaves aux seuls Lombards; ils vendaient aussi aux musulmans des jeunes gens qu'ils allaient acheter en Circassie. L'Église avait beau protester; la voix de l'or était la plus forte. Enfin, les Vénitiens n'iiésitaient pas à augmenter la valeur de quelques esclaves par la mutilation. Au nombre des causes auxquelles le comte Daru attribue la décadence de Venise, il cite la corruption et l'amollissement que les esclaves engendrèrent dans cette ville. 11 y a des lois morales que les peuples n'outragent pas impunément.