‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 79 sur 359 · LES MÉDICIS · texte numérisé non relu

LES MÉDICIS

un conseil composé de huit protecteurs choisis parmi les hommes les plus expérimentés dans les affaires, l'office de Saint-Georges prospéra bientôt au point de pouvoir acheter successivement à la république les riches colonies de Famagouste, de Caffa et la Corse, ce diamant brut quia résisté au frottement de toutes les civilisations. Ainsi, pendant que la France se débattait depuis près d'un siècle contre la domination anglaise, faute de quelques millions pour solder les troupes nécessaires à sa délivrance, les républiques italiennes possédaient des institutions de crédit aussi perfectionnées que celles des temps modernes. A Gênes notamment, au quinzième siècle, des particuliers ou des communautés achetaient des actions de l'office Saint- Georges, dont les titres donnaient lieu aux mêmes spéculations que les marchandises. Enfin, des actions étaient aussi achetées pour servir de dot à des enfants ou pour fonder des services religieux ^

Suivant toutes les apparences , Jacques Cœur visita , soit en allant dans le Levant, soit à son retour, ces villes fameuses, Venise, Gênes, Livourne, dont l'industrie, l'activité et les richesses devaient paraître fabuleuses à nos modestes marchands. Florence surtout dut offrir un attrait particulier à la curiosité du marchand de Bourges. Il y avait là, en effet, un de ces hommes rares qui, pacifiquement, par leur travail et sans causer une seule larme, illustrent leur patrie en l'enrichissant et remplissent à jamais le monde du bruit de leur nom. Jean de Médicis devait, dit-on, sa fortune à d'heureuses spéculations sur les charbons. Né en 1389, Cosme, son fils, était, en 1432, chef d'un puissant

' M. de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous les princes de la maison de Lusignan, l. II. Documents, p. 36G et suiv.

At) QUINZIÈME SIÈCLE. 29

parti, et marchait, en flattant le peuple, à cette espèce de souveraineté qui est restée l'apanage de sa famille pendant plusieurs siècles. C'était, au dire de ses historiens, un homme habile et prudent, généreux, plein de fermeté et de franchise. Sa fortune, que la banque et le commerce vivifiaient, n'aurait jamais dépassé deux cent cinquante mille florins d'or^ Il dépensait la cinquième partie de ses revenus à encourager les lettres et les arts, l'étude de la philosophie platonicienne, à fonder des bibliothèques, à faire construire des palais magnifiques dont le luxe contrastait avec la noble simplicité de ses manières, à doter sa ville natale et plusieurs autres de temples, et Jérusalem d'un hospice. Pénétrés de reconnaissance, les concitoyens de Cosme de Médicis lui décernaient de son vivant le titre de Père d3 la patrie ".

Vers l'époque où Jacques Cœur accomplissait son voyage dans le Levant, les comtes de Provence étaient en hostilité avec les rois d'Aragon. Cet état de choses datait de loin. Aussi la prospérité de Marseille, loin de s'accroître, éprouvait des vicissitudes que trahissait l'élévation du taux de l'intérêt dont le chiffre ordinaire dépassait alors vingt pour cent. Or, cette élévation n'avait pas pour cause, comme cela a lieu quelquefois, l'abondance, mais l'incertitude des afl'aires*. A la vérité, Marseille était déjà ce qu'elle est

1 Le florin d'or, le plus généralement désigné à Florence, valait la huitième partie d'une once d'or, soit vingt-quatre sols du temps.

* Vie de Laurent de Médicis, traduite de l'anglais de Roscoë, par F. Thurot , t. 1, chap. I; — de Sismondi, Histoire des Républiques italiennes au moyen âge, t. IX, p. 3G0; — Delécluse, Florence et tes vicissitudes, t. I, p. 163 et suiv.

' L'intérêt de l'argent était aussi fort élevé aux treizième, quatorzième et quinzième siècles, dans les grandes villes commerçantes de l'Italie. On voit dans M. Cibrario {Délia Economia politica del medio

Page 1